‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 22 sur 88 · X. MOSSMANN · texte numérisé non relu

X. MOSSMANN

(ii suèttre.)

(Extrait de la Bévue historique, mai-juin 1879.)

Toutefois, lorsqu'il se présente plusieurs dates, signatures ou sources dans une même page, il est préférable d'adopter pour chacune d'elles un renfoncement moyen et égal, afin d'obtenir cet alignement agréable à l'œil que Ton doit rechercher dans la majeure partie des cas, lorsqu'il n'en doit pas résulter d'un autre côté un effet choquant.

En outré, si la signature est précédée ou suivie d'un qualificatif d'une certaine longueur exprimé en une seule ligne, on devra la ramener davantage à giiuche ; mais, comme ce qualificatif ne doit jamais faire ligne pleine, on pourra être forcé de l'énoncer eh deux lignes inégales,

et alors la signature reprendra sans inconvénient sa

place normale :

ite secrétaire général, Délayions.

les membres de la Commis^on cantonale d'examen, Emile Lboros et Gustare Dblair.

Edmond DumAND, avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation.

Charles Dbsprés^ ancien chef de diTÎsion adjoint au ministère de l'Instruction publique.

Si les signatures d*un article sont nombreuses, on les dispose en sommaire, en les renfonçant plus ou moins à gauche, suivant leur étendue, et en les alignant exceptionnellement à droite avec le texte.

DE l'espacement.

Nous l'avons dit en traitant de la partie manuelle de kl composition, Tespacement doit être régulier dans une même ligne. L'identité d'espacement ne saurait évidemment s'obtenir pour toutes les lignes, mais il est toujours ft possible de suivre une règle qui permette d'oïfrlr à l'œil un ensemble de composition très satisfaisant. Ce but doit être atteint tout en respectant le principe des bonnes divisions, et nous pouvons dire qu'il peut toujours Têtre. Si quelques typographes préfèrent, pour éviter une division permise, donner a^x pots un large espacement, nous savons que le plus grand nombre des connaisseurs considèrent avant tout la satisfaction du coup d^œil de premier jet. Ils aiment mieux, en ouvrant un livre à vingt pages différentes, n'être point choqués par la vue

de larges trouées de blanc, d'autant plus tranchantes et désagréables qu'à côté seront des lignes raisonnablement espacées qui en feront ressortir les vides. Ces irrégularités sont, en effet, beaucoup plus disgracieuses que Taspect même de trois divisions consécutives. Non que nous préconisions la division, mais, comme de deux défêiuts il faut éviter le plus grand, nous pensons que la première condition à remplir est de former des alinéas d'une compacité aussi régulière que possible, qui oflQrent l'apparence d'un échiquier bien conditionné.

Il s'est trouvé des typographes qui ont pris à tâche d'éviter la division dans le cours d'un ouvrage entier, sans, pour cela, se départir d'un bon espacement. Ce résultat peut toujours être obtenu dans les formats à grandes justifications, mais il est irréalisable dans les petits et moyens formats, à moins d'être libre de changer la structure de la phrase * . L'amateur le plus chatouilleux ne s'apercevra pas de cette absence totale de divisions, si on ne la lui fait pas remarquer. Il est dair que le même typographe, réduit à ne pas changer un seul mot du texte, ne fût-il que de quelques pages, ne pourra éviter des divisions permises qu'en forçant le serrage des mots ou en espaçant à cadratins, ce qui donnera ces blancs ridicules qu'on appelait jadis des colombiers. Or, si, d'un autre côté, nous remarquons que des œuvres nouvelles, à grandes justifications, et sorties de presses renommées, présententles divisions suivantes : exem^pleSy lan- gues^ d'à- nalyse, dé- daigné, s'é- nerver, etc., alors que la plus simple retouche à

1 . Le livre le plus curieux qui offre celte particularité est le Manuel typogror phigue de Brun, de format in-18.

respaoement eût sufQ pour les éviter, .nous sommes autorisé à plaider hautement la cause du juste milieu et la réprobation des excès dans les deux genres. Ce qui nous amène à formuler ce principe : qu'on doit toujours se rapprocher le plus possible de Fespacement moyen, en se gardant des mauvaises divisions, mais en faisant les divisions permises qui seraient nécessaires pour arriver à ce résultat.

L'espacement ordinaire des caractères corps Sept, Huit, Neuf et Dix doit être de trois points; celui des caractères corps Onze et au-dessus, d'au moins quatre points. On remarquera toutefois que, Tœil pouvant varier pour un même corps, Fespacement normal peut également varier. Ainsi, un type de Onze très serré demandera à être moins espacé qu'un type très large du même corps. Dans tous les cas, l'espace flne est insufQsante, à moins de très rares exceptions. De même, l'espacement à plus des trois quarts du cadratin ne saurait être toléré que pour espacer des mots en grandes capitales. En règle générale, il faut toujours se rapprocher de l'espace de trois ou de quatre points suivant l'œil et le corps, ne pas descendre à celle d'un point et éviter de franchir Fespacement équivalant à plus d'un demicadratin du corps.

On doit faire en sorte de ne pas offrir le contraste de deux lignes superposées dont l'une aurait l'espacement minimum et l'autre l'espacement maximum. Lorsque, par exception, on aura dû augmenter plus qu'il n'eût foUu l'espacement d'une ligne, on devra pallier cet inconvénient en espaçant d'une façon normale la ligne qui la précède et celle qui la suit, et surtout éviter de les serrer. L'inverse aura lieu pour les lignes dont on aurait été

forcé de trop restreindre l'espacement, c'est-à-dire que les lignes avoisinantes devront recevoir au maximum Tespacement ordinaire.

Un des plus grands écueils à éviter dans Fensemble d'une composition, c'est ce qu'on appelle vulgairement lézardes ou rues. Lorsque, dans un alinéa, Tœil aperçoit ces traînées de blanc longitudinales, droites (rues) ou sinueuses (lézardes), il ne saurait plus être flatté ni de la régularité de Fespacement, ni de l'observation des autres règles de composition. 11 faut absolument obvier à ce défaut, et presque toujours le remède est des plus simples. U suffit souvent d'un léger remaniement, en ramenant un mot ou une syllabe à la ligne supérieure, ou en les rejetant à la ligne inférieure.

Il est un autre genre d'écueil contre lequel il fout prémunir le compositeur : c'est la tendance assez fréquente de tirer à la ligne et de faire ce qu'on appelle la ligne à voleur, procédé peu délicat qui consiste à espacer trop fortement les dernières lignes d'un alinéa, pour arriver au rejet d'un mot ou d'une fin de mot qui aurait pu facilement entrer dans la ligne précédente, ce qui office au compositeur aux pièces l'avantage d'une ligne à cadrats. Il faut absolument faire remanier une telle composition.

On doit d'ailleurs s'astreindre à ne jamais finir un alinéa par une ligne uniquement composée d'un petit mot qui n'équivaudrait pas au moins à deux cadratins du corps. Il n'est pas bon non plus de le terminer par la fin d'un mot divisé. Si l'espacement le permet, on remaniera les dernières lignes pour obtenir un rejet convenable ; si cet espacement est sufQsamment large, il vaudra mieux casser la ligne a cadrats et terminer par une ligne pleine, ce qui est aussi un défaut, mais moins grave que le pre-

mier. Si Tun donne trop à la dernière ligne Tapparence d'une ligne de blanc, Tautre a l'inconvénient de ne pas rendre Falinéa assez sensible à rœil. 11 faut donc éviter ces deux extrêmes.

Lorsqu'on est forcé, pour un motif quelconque, de serrer la composition d'un alinéa, on emploie nécessairement un espacement moyen et plutôt inférieur -, cela s'appelle regagner ou aller au regagnage. Paire le contraire pour avoir le plus de lignes possible, c'est chasser. S'il s'agit d'obtenir pour un ouvrage entier l'un ou l'autre de ces deux résultats, il est mieux d'employer un caractère plus serré ou plus large, tout en conservant la même force de corps.

Ce que nous venons de dire a trait à l'espacement des mots entre eux. Il y a des règles particulières pour des cas accessoires que nous allons indiquer.

Le point ne prend pas d'espace entre lui et le mot qui le précède, quand même les lettres de ce mot seraient espacées, comme cela a lieu souvent dans les titres en grandes ou en petites capitales :

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