‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 25 sur 88 · DES DIVISIONS · texte numérisé non relu

DES DIVISIONS

Il n'est pas un détail dans le travail de la composition qui offre autant de variétés d'application que la division. Elle est un puissant moyen d'action dans la confection de la ligne-, elle sWre à tout instant à l'esprit, même quand on peut se passer de son service ; elle est souvent une ressource précieuse; elle est, disons- le, un mal nécessaire.

Nous appelons particulièrement l'attention de nos •jeunes apprentis sur les règles qui* la concernent, et qui reposent éminemment sur le bon goût.

Nous avons dit plus haut que l'usage de la division doit toujours être subordonné à un espacement convenable et régulier ; nous pouvons ajouter que, malgré les nombreux cas de proscription de la division, on peut toujours, même dans les circonstances les plus ardues, accorder les exigences de Fane avec celles de l'autre. Ayons donc pour objet, en composant, non seulement d'observer les bonnes règles de Tespacement, mais en même temps de ne point enfreindre celles qui régissent l'emploi de la division.

On admets en principe, dans les bonnes maisons de ne pas tolérer plus de trois divisions de suite. Ce maximum offre une latitude suffisante, et, à moins de justification très étroite, il est toujours facile de ne pas le dépasser. On pourra même presque toujours l'éviter dans une justification moyenne. Un compositeur soucieux de bien faire n'hésitera pas à reprendre plusieurs lignes dans son composteur pour arriver à ce but.

Les tables à deux ou trois colonnes, ou les passages de

texte réduits à' une très petite justification par suite d'intercalation de bois gravés, qu*on appelle pour ce motif bois habillés, présentent, il est vrai, plus d'une difficulté à cet égard. On est forcé alors d'être moins rigoureux, et Ton s'ingéniera à blesser Toeil le moins possible, soit en adoptant un espacement plus serré ou plus large qu'on ne tolérerait pas dans une justification moyenne, soit en admettant quatre divisions de suite, soit encore en jetant une espace fine entre toutes les lettres des mots de la ligne. Toutefois, ce dernier moyen nous a toujours paru le plus vicieux, et nous donnons le conseil de ne l'employer qu'à la dernière extrémité.

Bien qu'il soit préférable de se servir de divisions de même épaisseur lorsqu'elles se suivent au nombre de deux ou trois, nous pensons que le coup d^œil ne peut que gagner à se départir de cette règle quand on est forcé d'en mettre quatre; l'une d'elles, étant choisie très fine, se dissimulera et semblera en diminuer le nombre.

Un usage ancien voulait que la première ligne d'un ouvrage ne fût pas terminée par une division. Cette règle est presque oubliée de nos jours, et nous ne voyons pas la nécessité de la faire revivre. La division à cet endroit ne fait pas plus mauvais effet qu^ailleurs, et, la plupart du temps, à moins de modifier le texte, on ne saurait l'éviter sans nuire à l'espacement.

Il y a deux façons de diviser les mots, nous pouvons dire deux écoles : l'une qui veut qu'on divise d'après l'étymologie ; l'autre, suivant l'épellation française. Elles ont toutes deux des partisans armés de bonnes raisons, et il nous serait peut-être difficile de fixer notre choix, si nous ne savions par expérience que l'une a sur l'autre

l'avantage d'assurer runifonnité de marche. Pour ce motif, nous n'hésitons pas à nous prononcer en faveur de Fécole qui divise suivant Tépellation française.

Nous reconnaissons que rien ne serait plus rationnel que de se laisser guider par Fétymologie, si cette méthode pouvait être suivie en toutes circonstances ; mais elle conduit si souvent au ridicule ! Ainsi, on divisera bien, d'après Fétymologie, cow- science, circon- scrire, in- struction, etc., mais, pour être logique, il faudra diviser chir- ur^ie, de^ scription, dés- ordre, met h" ode, mon- arque, pan- égyrique, pén- ultièmCypre- science, pseud- onyme, suh- ir, télé- scope, vin- aigre, etc., etc. Outre la forme prétentieuse de telles divisions, elles offrent, à la lecture, un grave défaut, car on sera amené à commencer la prononciation d'un mot ainsi divisé d'une façon tout à fait contjraire à ce qu'elle doit être ; à moins que l'on ne consente à ne pas étendre le même principe à certains mots qui présenteraient cet inconvénient. Alors nous retomberons dans l'exception, dans l'arbitraire ^ on n'aura pu faire œuvre de savant qu'à moitié. Mieux vaudra donc rester Français en écrivant le français.

S'il était besoin d'appuyer notre opinion par un fait qui plaide plus qu'aucun autre en sa faveur, nous rappellerions que, dans les écoles, lorsqu'il s'agit de faire épeler aux enfants des mots tels que instruction, manuscrit, on le fait toujours de cette façon : i, n, s, ins, t, r, u, c, truc, instruc, etc.; m, a, ma, n, u, s, nus, manus, c, r, i, t, crit, manuscrit ; et non de celle-ci : i, n, in, s, t, r, u, c, struc, instruc, etc.-, m, a, ma, n, u, nu, .manu, s, c, r, i, t, scrit, manuscrit. Ce mode d'épellation des mots û*ançais, qu'ils soient tirés du grec, du

latin ou de toute autre langue, découle du bon sens et doit être le vrai critérium en matière de division.

Gela dit pour le principe, voyons quels sont les cas d'interdiction que le bon goût a créés.

11 est défendu de rejeter une syllabe muette, fût-elle de quatre lettres, par exemple : emblée me, savan- tes, mar- bre, publi- qties, ils viiv- rent. Le rejet d'une syllabe muette de quatre lettres, le moins vicieux, ne doit se tolérer que dans les petites justifications, ou dans de moyennes pour éviter un défaut plus choquant. On devra toujours lui préférer une division de deux lettres de moyenne épaisseur, et diviser par exemple : pu- bliques, ilspa^ raissent, plutôt que : publi- ques, ils parais- sent.

Une division d'une lettre ne saurait jamais se souffrir, comme : «- mage, a- venir, é- mission ; non plus que si cette lettre initiale est précédée de l'article élidé ou de tout autre mot sujet à élision, comme : ré- légance, l'avènement, d'à- vance, d'é- porgne, qu'a- vant.

On n'admet une division de deux lettres que dans une petite justification, pourvu que ces deux lettres soient un peu épaisses. On ne divisera jamais : il- lettré, li- mace, fi- ligrane, La division de deux lettres moyennes, comme en- fantin, pa- villon, doit toujours être considérée comme un pis aller, pour obvier à un mauvais espacement ou pour éviter un plus grand défaut d'une autre nature.

11 faut non moins réprouver le rejet, au commencement d'une ligne, d'une syllabe de deux lettres, quoique non muette, comme : par- mi, rele- vé, confon- du. On doit, par suite, faire en sorte de ne jamais rejeter un mot de deux lettres qui ferait corps, à Taide du trait

88 PAlMIÈRE PARTIE : COMPOSITION.

d'union, avec le mot précédent, comme : prenez- le, goûtez- la, ceuoh ci, ceux- là.

Il n'est pas non plus permis de diviser un mot entre deux voyelles, par exemple : inqui- étude, lovr- ange, propri- étaire, situ- ation, thé- dire, quoique les deux voyelles se prononcent séparément. L'hoaorsJ)leM. Glaye avoue qu'il n'en découvre pas au juste la cause et qu'il est tenté de voir là un préjugé. Tel n^est point tout à foit notre avis. Nous croyons qu'il est peu de bons correcteurs à qui il ne répugnât de diviser ainsi, sans peut-être, il est vrai, se rendre bien compte du pourquoi. Mais nous pensons, comme eux, qu'il vaut mieux continuer à suivre en cela notre première impulsion. D'ailleurs, en cherchant un peu, ne trouverait-on pas la raison de ce £eiit dana l'union intime qui existe en français entre deux voyelles voisines n^appartenant pas à la même syllabe, union qui tend le plus souvent à les assembler dans la mênie émission de voix ?

Cette interdiction n'exi«te plus, toutefois, lorsque les deux parties de mot ainsi séparées forment en quelque sorte deux mots bien distincts, français l'un et l'autre isolément, comme : extra- ordinaire, anti- orléaniste, archi- épiscopat. Cette division sera non seulement Ifonne, mais elle vaudra mieux que celle-ci : extraordinaire, antior- léaniste, archié- piscopal.

L'a?, représentant es, el Vy, représentant deux i, appartiennent aussi bien à la syllabe qui précède qu'à cdle qui suit. Aussi ne peut-on couper un mot à la rencontre de ces deux lettres, par exemple : Alex- andre ou Aie- xandre, fix- er ou fi- xer, prévoy- ance ou jprévo- yance, roy- cHiste ou ro- yaliste.

Les noms composés suivants et leurs analogues,

réunis par Tapostrophe formant élision, peuvent être coupés à cet endroit, mais la division, que nous avons vu quelquefois supprimer, est indispensable : grand*chose, grand/' mère, à grand*' peine.

Lorsqu'on est forcé de diviser un mot où figure un t euphonique entre deux Iraits d'union, ee t doit toujours se rejeter au commencement de la ligne : ira- t-^il, présente" t-on, affirme' t-elle.

Si un nom composé de deux mots réunis par un trait d'union demande à être coupé, il faut faire en sorte de mettre à profit le trait d'union comme signe de division. Ainsi, mieux vaudra diviser : contre-' expertise que contre^x- pertise, feld- maréchal que feld-marécJial, morte-' saison que morte^sair- son, plm- value qfïà plus-va- lue.

Lorsque, dans l'intérieur d'un mot, se trouve une syllabe muette, il vaut beaucoup mieux diviser après cette syllabe qu'avant. Ainsi : courte- pointe^ événement, frôle- ment, particulière- ment, au lieu de cour- tepointe, évé- nement, frô- lement, particulièrement.

Considérée dans l'intérieur des lignes, la division, qui. prend alors le nom grammatical de trait d'union, ne présente qu'une particularité \ c'est lorsqu'un même mot en renferme deux, comme & est-à-dire, vis^-vis, auquel cas il âiut avoir soin de les mettre exactement de même épaisseur.

A cet ordre de coupures se rapportent les cas de sépa^ ration des mots d'une ligne à une autre. Voici les types principaux des interdictions créées par le bon goût yi il sera facile d'y rattacher tous les cas analogues :

M. I Thiers. Aimées 1842 et | 1843.

M. I le maréchal. 1«' | février 1815.

M"* I la baromie. 1" février | 1815.

Mgr I Dnpanloup. Pendant 25 | ans.

Napoléon | I". 12 | tableaux.

Henri I VIII. Le IIP | volume.

S. M. I I. J.- 1 B. Rousseau.

S. j A. R. J.-B. I Rousseau.

Page I 58 ou P. | 58. Un volume in- | 18.

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