‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 30 sur 88 · DES GUILLEMETS · texte numérisé non relu

DES GUILLEMETS

Que Ton guillemette au long ou simplement à chaque alinéa, il y a deux façons de procéder : l'une qui consiste à tourner en dedans («) le premier guillemet seul, et^n dehors (») tous les suivants^ l'autre qui consiste à les tourner tous en dedans, à Texception du dernier seul. C'est celle que nous préférons.

Nous n'avons jamais bien compris le motif qui fait tourner les guillemets en dehors, c'est-à-dh*e! les pointes à gauche. Nous n'y voyons qu'un seul avantage, bien petit, qui est de montrer, au premier coup d'œil jeté sur une ligne ainsi guillemetée, qu'on se trouve à Fintérieur d'une citation, et qu'il faut remonter plus haut pour en voir le début. Mais un peu d'habitude fait vite reconnaître les inconvénients de cette méthode. Outre que Teffet des guillemets en dehors est vilain, il se rçncontre des cas où , dans un passage guillemeté au long , des interlocuteurs oU des citations dans la citation viendront réclamer à leur tour l'ouverture d'un guillemet ; si celui-ci tombe dans le milieu de la ligne, il n'y aura pas grand mal ; s'il tombe au commencement, il jurera avec ses voisins, et le lecteur sera tenté de se demander la vraie raison de ce changement. On peut arriver ainsi à un méli-mélo auquel le plus malin aurait peine à se reconnaître. Nous en avons vu plus d'un exemple dans nos lectures de correcteur. Nous avons vu, en outre, que messieurs les auteurs, s'y perdant encore plus que les

s^expriment de môme en petites capitales. Remarquons l'emploi du j\ substitué à ri floal dans les nombres exprimés en lettres bas de casse ; cettA substitution n*a jamais lieu avec les g^randes et les petites capitales.

hommes du métier, en venaient à considérer la chose comme très secondaire et ne s^en fï*appaient pas la tête. Tout cet enchevêtrement nous a depuis longtemps décidé à n'admettre qu'une façon de procéder, consistant à tourner tous les guillemets pointes en dedans, comme le guillemet initial, à l'exception du dernier que Ton tournera pointes en dehors. Ce mode coupe court à toutes les difficultés ^ il est à la fois logique et plus agréable à l'œil.

Voyons maintenant l'usage raisonné que font du guillemet les bons correcteurs :

i^ Toute citation dans un texte, composée dans le même caractère que ce texte, sera guillemetée seulement au commencement de tous les alinéas et à la fin du dernier -,

2° Toute citation dans une citation sera guillemetée à toutes les lignes \

3® Gonséquemment, une citation exprimée en carac* tères différents du texte n'a pas besoin d'être guillemetée ; on guillemettera seulement au commencement et à la fin une citation qui s'y trouverait intercalée, et, s'il en existait une troisième dans cette dernière, on la guillemetterait à toutes les lignes.

Voilà la meilleure ^'ègle, car elle permet de marquer, comme il convient, la gradation de citations successives qu'un texte peut renfermer :

Dans son Précis historique de l'invention de Vart Itthoffraphiqtte, Senefelder écrit, en parlant de M. Steiner :

c Cet homme de mérite et M. André d'Offenbach, qui prenait aussi beaucoup d'intérêt à cette découverte^ étaient presque les seuls qui raisonnassent avec justesse sur cet objet : f Toute sorte c de traits, disaient-ils, ou de points de quelque finesse on force

c qu'ils soient^ peuvent être reproduits par la pierre ; donc tels c ou tels dessins ressemblant à la gravure pourront aussi être c reproduits, i

Dans son Précis historique de Vinvention de l'art litho^ graphique, Senefelder écrit, en parlant de M. Steiner :

Cet homme de mérite et M. André d'Offenbacb , qui prenait aussi beaucoup d'intérêt à cette découverte, étaient presque les seuls qui raisonnassent avec justesse sur cet objet : c Toute sorte de traits, disaient-ils, ou de points de quelque finesse ou force qulls soient, peuvent être reproduits par la pierre ; donc tels ou tels dessins ressemblant à la gravure pourront aussi être reproduits. >

Gicéron, au second livre de TOrateur, dit : Neronianum vêtus in furace servo, nulli apud se plus fidei haberi, rUkU ei neque occlutum, neque obsignatum esse. J'ai rapporté' ce passage afin qu'on ne prenne point le Néron dont il est ici parlé pour Tempereur Néron.

Dans les dialogues, où Ton emploie le tiret pour indiquer le changement d'interlocuteurs, à l'intérieur de' Talinéa, il est inutile de fermer les guillemets avant le tiret et de les rouvrir après. Si l'on fait un alinéa à chaque interlocuteur, le guillemet devenant nécessaire, c'est avant le tiret qu'il faut le mettre, et jamais après :

f Eh bien, vous vous trompez, lui dis-je ; j'ai l'intime conviction que vous vous trompez.

f ~ Les plus rusés, reprit-il, sont ceux qui paraissent les plus simples... i

On ne guillemette pas une citation en vers introduite dans un texte guillemeté soit en entier, soit seulement au commencement des alinéas, lors même que les vers ne sont pas composés en caractères différents du texte :

Nous lisons dans le Courrier de Vaugelas :

c On emploie encore tête baissée dans le sens de : étourdiment, sans regarder derrière soi ; ainsi La Fontaine a dit :

Une chanTe-somis donna tète bûnée

Dans on nid de belette ; et sitAI fn'eOe y fnt, ^.

c Mais je ne erois pas que le sens soit id vne aOnsion à l'eUigation <m étaient les guerriers dn moyen âge portant casque à Tisière de pencher leur f chef i en avant pour éTiter d'être blessés aux yeux, i

Les expressions dit-il, reprit-il, ajouta-t-U, etc., se présentant dans le cours d'un passage guiDemeté, dont évidemment elles ne font pas partie intégrante, réclameraient logiquement la fermeture du guillemet avant elles et la réouverture après, comme dans ces phrases :

f Je comprends, i dit-il, f ce que vous voulez dire. >

f Je luy dis pour mon avis, i écrit Saint-Mauris, f qu'il ne devoit... i

Cette méthode est suivie par quelques correcteurs ^ mais nous préférons imiter le plus grand nombre d'entre eux, qui se dispensent de multiplier les guillemets dans ce cas. La clarté n'a rien à y perdre, et, si la raison est légèrement blessée, nous retrouvons, en compensation, dans ce système tous les avantages de la simplicité :

f Je comprends, dit-il, ce que vous voulez dire. >

f Je luy dis pour mon avis, écrit Saint-Mauris, qu'il ne devoit... >

Toutefois, lorsque les mêmes expressions se présentent à la fin du texte guillemeté, on les place en dehors du guillemet final :

c Je vois où vous voulez en venir, > ajouta-t-il.

c Pour qui me prends-tu ? lui demanda Caïus. — Pour un grand fou, i répondit Tariisan.

A regard du placement des guillemets par rapport à la ponctuation, nous trouvons deux systèmes en présence : Tun suivant lequel, en toutes circonstances, la

ponctuation doit figurer avant le guillemet «, Tautre qui admet des exceptions et la veut tantôt après, tantôt avant. Ce dernier système est préférable. En effet, il arrive souvent que Ton renferme entre deux guillemets un ou plusieurs mots, au lieu de les exprimer en italique, et la ponctuation qui suit appartient à la phrase générale. C'est ce cas que vise Texception du second système et qu'il s'agit de déterminer.

Or, on aurait tort de pousser les choses à Textrême et de s'imaginer que Ton peut faire rentrer dans cette catégorie des membres de phrase d'une certaine étendue, se présentant d'une façon indirecte dans la phrase principale, et presque toujours entremêlés de virgules et de points-virgules. Ce n'est pas pour ceux-là qu'est créée Pexception, car, par leur étendue seule, ils perdent le caractère d'assimilation à Titalique. Mais, chaque fois que nous avons affaire à un seul mot ou à un court membre de phrase, fragment du sujet ou des régimes, et qui semblent plutôt avoir été mis entre guillemets pour éviter l'emploi du caractère italique, alors nous devons les considérer isolément, c'est-à-dire abstraction faite de la ponctuation qui les suit, laquelle appartient au membre de phrase général, et, par conséquent, placer cette dernière en dehors du second guillemet. Quelques exemples feront mieux comprendre cette règle et les limites que le bon sens doit lui assigner.

Avec la ponctuation en dedans :

Le daaphin, profondément ému, était à genoux auprès de son père; le roi ouvrit les yeux : « Embrassez-moi, mon fils, > dit-il, et il le bénit. H reprit la croix et dit : « In manns tuas. Domine, commendo spiritum meum. > Puis il prononça plusieurs fois d'une voix faible : c Jésus I Jésus I » Ce furent ses dernières paroles.

tlO PREMIÈRE PARTIE : COMPOSITION.

Elle jura c qae le oontenn andit escript et es dèdantioiis et protestadoos par elle précédanment faictc» sont véritables ; qu'elle y parsiste^ yeult et entend perséyerer. >

Un rapport adressé au roi de France représente Charles-Quint comme f convoiteux de gloire... et simulant cest grant colère contre le duc de Clèves pour courrir sa peur dudict grand seigneur... 1

n prétait volontiers l'oreiUe aux agents impériaux, et, f si on Teust Yolu praticquer, on Teust gainé aisément i

ËYidemment, â représente c un son qui participe de l'a et de IV, semblable à celui de Va final des Espagnols. >

Avec la ponctuation en dehors :

Ces hommes sont, comme on le croyait, f hétérodoxes i.

f Scapulum i ne serait- il pas un diminutif de c scapus i ?

Cette confusion ne s'est pas faite, comme on l'a dit, c panni le peuple >; il n'y a jamais eu, à ce sujet, d' c opinion populaire >.

Le monarque anglais lui avait rappelé « qu'ils estoient toas deux mortels ».

Là, les dames, qui sont, Fane comtesse c d'Ariminimonte in Brettagna », les autres ses suivantes, se sont toutes laissé séduire par un ribaud, un « portière ».

Tallemant des Réaux dit du cardinal de Valençay qu'il était f aussi fier que brave », et il cite des exemples de sa fierté et de sa bravoure.

Dans les opérations, on emploie souvent le guillemet comme signe de nullité, pour tenir la place d'une quantité absente. On le tourne toujours pointes à gauche, et Ton en met deux s*il y a deux chiffres à remplacer. Toutefois, le guillemet ne tient jamais lieu du zéro qui doit toujours figurer à la gauche ou à la droite d'un chiffre :

21 fr. 50 2 hect. 51 ares 32 cent.

66 fr. 50 2 hect.61 ares 07 cent.

Le guillemet s'emploie aussi quelquefois pour représenter un ou plusieurs mots placés au-dessus, et que Ton évite ainsi de répéter. Mais il est beaucoup préférable de se servir du tiret pour cet usage. Le second des deux exemples suivants est donc le meilleur :

Note sur nn vitrail de Saint-Urbain de Troyes. » sur des objets en bronze découverts à Dodone. > sur quelques fragments d'inscriptions antiques.

Note sur des découvertes faites récemment en Suisse.

— sur une panoplie du Musée de Madrid.

— sur les fouilles de My cènes.*

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