‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 31 sur 88 · DE LA PARENTHÈSE · texte numérisé non relu

DE LA PARENTHÈSE

On sait que la parenthèse sert à renfermer soit une réflexion accessoire de la phrase principale dans laquelle on rouvre, soit un renseignement ou une observation connexes, soit un renvoi à une source, qui pourraient à la rigueur faire Tobjet d'une note, mais qu'il est souvent plus simple d'introduire sous cette forme dans le texte.

Un point capital, et qui embarrasse beaucoup les commençants , nous dirons même de plus exercés dans le métier, c'est de savoir placer la ponctuation de la phrase par rapport à la parenthèse. Nous résumons ici la règle qui régit ce détail, règle que nous avons toujours vu suivre par les bons correcteurs.

Il faut comprendre d'abord qu'une parenthèse, autrement dit l'expression renfermée entre parenthèses, peut affecter deux états : être dépendante ou indépendante, c'est-à-dire avoir un rapport intime et direct avec la phrase ou partie de phrase qui précède, ou n'avoir avec elle qu'un rapport très secondaire ou éloigné.

Le premier de ces états (iiareiithèse dépendante) exige que la ponctuation requise par le texte ne soit placée qu'après la parenthèse et que le premier mot de l'expression renfermée, si ce n'est pas un nom propre, ne prenne pas la majuscule :

Un exemplaire de cet oaTrage, le seul qu'on connût alors (il appartient à l'édition de 1501), aTait été mis à ma disposition. Nicomédie (Ismld) est en Asie-Mineure, sur la mer de Marmara.

Castagne (E.). Mémoire sur le camp des Césarines, près la yille de Saint-Céré (Lot}. In-S, 27 p.

Cet auteur est originaire ^«k Moulins (Allier).

J'ai tiouyé dans l'édition de 1511 une yariaifte qui sera indiquée en son lieu (ci-après, p. 497, note).

Le second (parenthèse indépendante) veut le maintien de la ponctuation du texte immédiatement à sa place, avant Touverture de la parenthèse*, alors le premier mot de la parenthèse prend la majuscule, et le dernier la ponctuation finale qui lui convient, à l'intérieur de la parenthèse :

Cartulaire de l'abbaye bénédictine de Notre-Dame et Saint- Jean- Baptiste de Chalais, au diocèse de Grenoble, publié par Ém. Pilot de Thorey. (Documents inédits.) In-8, 128 p.

Il fit présent au duc d'Orléans d'un autre couteau, turquois, oa pent-étre de celui-ci, en 1457. (V. de Laborde, Émaux du Louvre, II, 231.)

Ces deux types résument, comme on va le voir, tous les modes possibles de la parenthèse, (}ue celle-ci se présente au commencement, au milieu ou à la fin d'un alinéa.

Lorsqu'elle se présente au commencement, ou isolée^ elle ne peut être qu'indépendante :

(ifs. de Dublin.) Cum diabolus pnmus et sollicitus bumani gêner is, etc.

(FoL 1.) En aquest temps, corn lo diable emc e eoratjos edemch, etc.

(Tacite, Annales, liyre YI, i :) Cn. Domitins et Gamillas Scribonianas consulatum inierant, quum Gaesar...

' (Extrait da Bulletin de la Société nationale des Antiquaifes de France.)

(Livre blase, fol. 1%8 ▼*.)

Quand la parenthèse se trouve au milieu ou à la fin d^un alinéa^ elle peut être dépendante ou indépendante.

Elle est dépendante, si Texpression entre parenthèses émane de Tauteur même :

Gomment découvrir le nom de ce diable (car c'en était un assurément) ?

Il est un lieu (les Grecs le nomment Hespérie), Pays riche et peuplé d'une race aguerrie.

Elle est indépendante, si cette expression émane de réditeur :

Gomment dire que les Gaulois avaient pour ancêtre Galatès, fils d'Hercule? (Diodore, V, xxiv.)

Lors donc, messieurs, que nous trouvons que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possible, (On rit.) avant de nous en prendre au gouvernement, demandons-nous si nous avons fait noos-mémes tout ce que nous pouvions, tout ce que nous devions. (Applaudissements.)

La ponctuation requise par la phrase générale en dehors de la parenthèse ne dispense pas de faire figurer un point d'interrogation ou un point d'exclamation que peut exiger à Tintérieur l'expression renfermée :

Mais la reine... («h ! qui peut tromper l'œil dWe amante ?), Même avant le danger, elle est déjà tremblante.

Laocoon offrait un pompeux sacrifice.

Quand deux affreux serpents, sortis de Ténédos

(J'en tremble encor d'horreur 1), s'allongent sur les flots.

Dans les notes, où les parenthèses servent le plus souvent à renfermer Tindication d'une source, la paréo-* thèse est généralement dépendante lorsqu'elle se présente dans le cours ou à la fin d'une phrase explicative-, mais elle est indépendante lorsqu'elle suit une citation à laquelle elle se rapporte :

Cette pièce et les deox soiYantes sont reprodaites dans nne notice de M. March^y {BtdL hût. et num., 1853, p. 67).

Void nn extrait du testament dn roi René : c Item, plus, ledit seigneur laysse et donne à ladite dame son eqKmse les joyanlx qui s'ensuyrent, c'est asçavoir : le grant baUay, le dyament à la cesse, le grant collier... la coope et esgoière d'or garnie de pierres^ nne croix de dyamans. > (De QnatrdKurbes, Œuvres de René, l, 83.)

' On rencontre assurément des cas OÙ il est assez difficile de résoudre la question de savoir si la parenthèse est dépendante ou indépendante, parce qu'elle participe également à la fois des deux états. Comme, en cette occurrence, on ne saurait prétendre obtenir une solution sans appel, on comprend que le seul point essentiel est d'adopter indifféremment une des deux manières d'être et de traiter la parenthèse en conséquence.

Pour faciliter l'application de la règle, on ne saurait trop rappeler : Vqae le point d'abréviation, qui tient lieu de point final quand la phrase est complète, n'en tient plus lieu dans le cas contraire, et que, par conséquent il peut s^accommoder d'une parenthèse dépendante ou d'une parenthèse indépendante :

Voir, sur ces diverses résidences, les cbap. nr et suIt. (Bâtiments et domaines d'Anjou.) ou (d'Anjou).

Étude très intéressante sur l'histoire de l'art culinaire en Picardie, d'après des textes inédits, la composition des menus, les fêtes et réjouissances, etc. (Un yoI. in-8, 1878.) au (un toI. in-8, 1878).

2* que, le point d'interrogation ou le point d'exclamation n'impliquant pas toujours rachèvement de la phrase, on peut les assimiler au point d'abréviation, et traiter, à leur suite, la parenthèse suivant sa nature :

Cette question n'a-t-elle pas été déjà développée et explîq[uée suffisamment en maints endroits ? (V., entre autres, Courrier de Vcmgdas, 9" année, p. 98.)

A l'égard des parenthèses romaines ou italiques, s'il est facultatif d'employer les unes ou les autres pour renfermer des mots en italique ayant pour voisins des mots en romain, il est indispensable de les mettre italiques dans un texte en italique :

Lyon ponyait être cité comme un des plus grands marchés de l'Europe (cdéberrimum totius Europx emporium). Beaucoup de marchands étrangers Tenaient s'y fixer.

Cette pièce avait déjà été publiée dans l'une des premières éditions de Saint-Simon {Œuvres complettes (sic) de Saint-Simon. Strasbourg, 1791). <

Nous conseillons, pour le premier cas, d'adopter toujours les parenthèses romaines comme nous l'avons fait dans notre exemple, parce qu'on évitera ainsi l'inconvénient d'être forcé, quelquefois, de mettre en regard deux parenthèses différentes, ce qui, on peut le voir, produit un fâcheux effet :

L'auteur a signalé des extraits de ce livre (Romania, V, 245).

Un usage assez moderne fait servir les tirets, dans certains cas, à remplir les fonctions des parenthèses. La ponctuation doit se placer, pour chaque membre de phrase, comme si les tirets n'existaient pas :

Adiatomos, roi des Sôtiates, — c'est une peuplade celtique, — avait auprès de lui six cents hommes choisis.

Valerius fut surnommé Gorvinus, du nom de l'animal qui l'avait secondé en ce combat singulier, — car les Romains appellent les corbeaux corvi; — Valerius ne cessa dès lors de porter comme emblème un corbeau sur son casque.

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