‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 60 sur 88 · DU GRAND TITRE ET DU FAUX TITRE · texte numérisé non relu

DU GRAND TITRE ET DU FAUX TITRE

A l'égard du grand titre, que l'on appelle aussi frontispice*, on ne saurait avoir la prétention de poser

1 . Le mot frontispice tend de moins en moins à désigner le gprand titre ordinaire. Il s'applique aujourd'hui plus spécialement à ce titre lorsque celuin^i est entouré ou accompagné de vignettes ou Garnements exécutés en taille-douce.

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des principes répondant catégoriquement 'à toutes les variétés possibles. Il âiut se borner à quelques règles fondamentales, sur la base desquelles on fera mouvoir à son gré l'inépuisable kaléidoscope du bon goût.

Disons tout d'abord que les frontispices les moins chargés sont les plus beaux. Un titre général, le nom de Fauteur suivi de ses qualités, un filet ou un fleuron, le nom et l'adresse de l'éditeur, l'indication du lieu et de l'année de l'impression, voilà l'indispensable. A quoi Ton peut encore ajouter, sans risquer d'être confus, un sous-titre, une courte épigraphe et, s'il y a lieu, l'énoncé de la tomaison.

Un auteur se trompe grandement quand il pense accroître l'importance de son œuvre en inscrivant sur la façade les détails de la distribution intérieure, des entrées, des issues, des couloirs et des bosquets qui l'agrémentent. Tout cela doit se laisser deviner. Quel est celui, d'ailleurs, qui se sentirait assez fort de lui-même pour être certain d'avoir bien tenu ses promesses et de ne point trouver le lecteur désenchanté après lecture faite? La clarté et la concision, voilà donc ce qu'il faut chercher avant tout pour constituer un grand titre.

La meilleure disposition consiste à faire trois lignes du titre général, quand cela est possible : la première plus courte que les deux autres et en caractères moyens, la seconde pleine et en initiales bien lisibles et d'une force proportionnée au format, la troisième de moyenne longueur et en caractères inférieurs aux deux premières. De cette façon, le mot principal et le plus saillant est à la seconde ligne et se place vers le milieu du premier tiers de la page. Les titres commençant par le, la, les sont souvent propres à cette disposition. Quand les mots

du, de la figurent dans le titre, on les dissimule en faisant une ligne spéciale en petites capitales, et Ton conserve ainsi Tharmonie des trois lignes principales. Mais on n'est pas toujours libre d'adopter cette forme. Quelquefois on sera forcé de composer le premier mot le plus gros, ou on se trouvera en présence d'un titre exigeant plus de trois lignes essentielles, comme celui du présent traité, ou d'un titre ne comportant que deux lignes ou même une seule. On fera toujours en sorte de placer autant que possible le mot dominant sur la ligne médiale du premier tiers de la page. Pour obtenir ce résultat, on fait parfois figurer le nom de l'auteur ou une mention quelconque en tête de la page, séparés par un filet de la ligne principale ; car ce qu'il faut le plus éviter dans cette partie du frontispice, c'est d'avoir la plus grosse et la plus longue ligne la première, quoique précédée d'un blanc, comme cela doit toujours se faire dans ce cas défavorable.

Il n'arrive pas toujours que le terme principal soit un substantif; l'idée dominante peut porter sur un qualificatif ou tout autre mot, auquel on conservera la priorité par la place et par la force du caractère.

Le nom de l'auteur se met en capitales d'œil moyen, et ses qualités se placent dessous en un sommaire coupé si elles forment plusieurs lignes * ; on peut les composer en petits caractères bas de casse, de même que l'épigraphe-, mais, à part ces deux cas, les initiales, les grandes et les petites capitales sont seules admises dans le grand titre ^.

1. Le sommaire ordinaire ou à lignes plates est exclu des frontispices.

2. Inutile (f ajouter «jue les caractères dits de fantaisie sont exclus du grand titre. « Est-il rien de moins harmonieux, disait récemment un typogn^aphe diâ-

tSO PREMIÈRE PARTIE : COMPOSITION.

Il faut éviter de faire des lignes égales et d'employer les mêmes caractères pour plusieurs lignes, dès lors qu'elles ne forment pas un ensemble, comme lorsqu'il s'agit d'un sommaire.

L'épigraphe se place généralement immédiatement avant le filet ou le fleuron, à droite ; on a vu plus haut, page 474, les meilleures dispositions qu'il convient de lui donner.

Toute cette partie supérieure du grand titre, qui occupe ordinairement un peu plus que la moitié de la page, se sépare de la partie inférieure par un blanc qui, dans les titres raisonnablement chargés, équivaut à peu près au tiers de la page. C'est au milieu de ce blanc, ou plutôt légèrement plus haut, que l'on place soit un fleuron représentant la marque de l'éditeur ou celle de l'imprimeur, soit une vignette en rapport avec le genre de l'ouvrage, soit un filet anglais, un filet orné ou un simple filet maigre.

On doit éviter aussi de donner à plusieurs lignes consécutives la forme en cul-de-lampe, qui est réprouvée aujourd'hui dans la généralité des titres; il faut en excepter toutefois la partie inférieure, du grand titre qu'on appelle le firme \ et qui comprend le nom et

tingaé, M. Ch. Verneuil, dans le journal V Imprimerie, que rensemble d'un grand titre mal compris, où le compositeur, croyant faire acte de génie, fait entrer un spécimen de chaque caractère de sa maison? Cela laisse souvent des traces nuisibles à la vente de Touvrage. »

i. Cest en vain que nous ayons cherché ce mot dans les plus anciens traités; il n'est imprimé nulle part, mais il n'en est pas moins admis dans le langage typographique ; nous . l'ayons entendu employer par d'excellents praticiens, et nous l'ayons adopté parce qu'il nous semble répondre à un besoin. Un vieux correcteur de nos amis, qui a fait honneur à la corporation des correcteurs parisiens et dont nous déplorons aujourd'hui la perte, M. L.-J. Drappeau, nous disait avoir entendu prononcer souvent ce mot par son père qui avait, en imprimerie.

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l'adresse de l'éditeur, ou ceux de Timprîmeur, et le millésime. Il est au contraire très convenable de terminer en pointe le bas de la page ; on le remarquera d'autant plus volontiers que c'est aujourd'hui le seul cas où cette forme en cône renversé soit employée avec avantage.

Les lignes du firme se subordonnent par la force de corps suivant leur importance relative. Le nom du lieu se compose en caractères plus apparents que le reste, mais proportionnellement au format ^ celui de l'éditeur, de quelques points plus petit, devra former la ligne la plus longue ; son adresse, au-dessous, en petites capitales d'œil inférieur*, puis le millésime, que l'on isole quelquefois des lignes précédentes par un tiret ; ce millésime s'exprime soit en chiffres arabes, soit en chiffres romains, et, dans ce dernier cas, on met une espace moyenne entre les différentes parties de l'expression. Exemple : m dcgc lxxx. LorsquMl y a deux éditeurs , on les compose parallèlement sur deux colonnes séparées par un filet maigre.

On peut augmenter légèrement la justification de la ligne principale d'im grand titre pour faire entrer des

une expérience demi-séculaire. « Cette expression, ajoutait-il, dérive probablement du verbe firmer (vieux langage), qui veut dire asstarer, confirmer. En effet, le nom et l'adresse de l'éditeur on de l'imprimeur, l'indication du millésime donnent comme un sceau à un livre ; c'est en quelque sorte son acte de baptême typog^raphique, si l'on peut s'exprimer ainsi. » L'explication est ingénieuse, mais qu'il nous soit permis d'en proposer une autre. Le mot firm en anglais est synonyme de raison sociale. Or, la raison sociale d'une imprimerie n'est autre que le nom collectif de la société qui la régit, et que l'on fait figurer au bas du grand titre. Un livre, par exemple, est imprimé sous la raison sociale (the firm) George E. Eyre and William Spottiswoode, ou encore : Spottiswoodb and C\ Nous retrouvons là notre firme. Il est vrai que le vieux français firmer et le verbe anglais to firm ont la même origine et à peu près la même signification. Notre hypothèse ne ferait donc que corroborer la première, mais en remontant à la source même de l'expression.

initiales dont le type conviendrait mieux que d'autres \ il faut néanmoins se garder de la faire trop large. Il est aussi permis, suivant le besoin, d'allonger ou de raccourcir la longueur de la page dans une juste mesure.

En résumé, dans toutes les opérations relatives à la confection d'un frontispice, n'oublions pas qu'il faut faire converger sur ce point toutes les forces vives du bon goût, parce que ce doit être la page la mieux réussie du volume. Quelle que soit la valeur intrinsèque de l'ouvrage, il &ut que le lecteur soit flatté par l'aspect extérieur ; il faut que le titre soit un miroir où se reflète une image séduisante ; voilà ce que l'ouvrier doit rechercher par-dessus tout, sans s'arrêter aux conséquences des mensonges possibles du miroir.

Depuis déjà longtemps, il est d'usage de supprimer toute ponctuation à la fin des lignes de titres composées en gros caractères; cet usage est motivé par ce fait que, cette ponctuation devant être la plupart du temps un point ou une virgule qui laissent un blanc à leur partie supérieure, il en résulte qu'une ligne placée au milieu dans ces conditions paraît être toujours plus à gauche qu'à droite ; de plus, la virgule dépasse par le bas l'alignement des initiales et produit ainsi un double mauvais effet. Ce motif nous paraît plaider suffisamment en faveur de la suppression *, mais, comme il est difficile de préciser la limite où cette suppression devra s'arrêter relativement à la force de corps ou d'œil des caractères, et que, par suite, il existe une assez grande divergence d'opinions à cet égard parmi les meilleurs typographes, voici la méthode que nous conseillons de suivre et qui est mise en pratique dans de bonnes maisons. Elle consiste à restreindre la suppression de la ponctuation^ dans les

labeurs, à la fia des lignes du grand titre, du Ëiux titre et du titre de départ. La ponctuation devra exister dans tous les autres titres.

Toutefois les petites lignes de sommaires et celles de répigraphe feront exception à la règle dans le frontispice, parce qu'il n'y a nul inconvénient pour le coup d'oeil à maintenir la ponctuation au bout de leurs lignes et qu'il y en aurait, au contraire, souvent à la supprimer.

Lorsque des titres intérieurs d'un labeur devront être suivis du point ou de la virgule, il faudra compenser, par l'addition d'ime espace moyenne en plus à gauche, l'inégalité apparente des blancs latéraux par suite de cette ponctuation.

Le faux titre ^ se place sur le recto du feuillet qui précède le grand titre, dont il ne doit reproduire que la partie essentielle, sans nom d'auteur, mais avec la tomaison. On lui donne, en plus petit, la forme et les proportions du grand titre, et l'ensemble se met un peu {dus haut que le milieu de la page. Les caractères doivent être de deux ou trois points inférieurs à ceux du titre de départ qui, nous l'avons dit, reproduisent également, moins la tomaison, le titre général. Les faux titres donnent à un volume un aspect élégant. On ne doit s'abstenir d'en mettre que dans les plaquettes ou les ouvrages de peu d'importance, si toutefois il ne reste pas un feuillet blanc à utiliser pour compléter le tirage.

Le verso du faux titre est occupé souvent soit par le nom et la marque de Timprimeur, soit par l'indication du chiffre de tirage sur chacune des sortes de papier employées.

1. Cest ce qa'on nommait jadis, et parfois encore aujourd'hui, la /aus«e/Mi^e.

On laisse toujours entièrement blanc le verso du grand titre, afin de maintenir ce dernier exempt de tout four lage et de toute transparence.

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