LA CONSCIENCE ET LES PIÈCES
Uapprenii se rattache à la conscience. L'apprentissage est le plus souvent de quatre ans. Or, pour qui se rend compte du chemin à parcourir^ il n'est que trop vrai que ce temps, bien employé, n'est que juste ce qu'il faut pour feire un bon ouvrier d'un sujet suffisamment préparé, c'est-à-dire possédant bien les éléments d'une bonne instruction primaire qu'il devra développer parla suite. Encore, pour arriver à ce résultat, esWl nécessaire de ne point outrepasser les droits traditionnels dont jouit sur les apprentis le personnel constitutif de l'imprimerie. Si le balayage, le nettoyage, les courses incombent à l'apprenti, il ne faut point oublier que ce n'est qu'à titre accessoire, et que l'élève est surtout fait pour apprendre. De son côté, celui-ci comprendra qu'il lui appartient plus qu'à tout autre, surtout pendant les premières années de son apprentissage, de remplir certaines fonctions qui, loin de sacrifier ses intérêts, contribuent à le rompre aux travaux les plus divers et à lui rendre familier le matériel sous toutes ses formes. Ainsi, désinterligner, lier la lettre pour Ja mettre à la conserve, trier les interlignes par longueurs et par épaisseurs, ranger les garnitures dans le lingotier, distribuer des affiches et des travaux de ville, classer les filets, les accolades, dépâtisser, c'est-à-dire composer des pâtés et les distribuer, tenir la copie au correcteur des premières typographiques, toutes ces fonctions et d'autres analogues constituent la série des occupations des nouveaux apprentis -, c'est en même temps un excellent moyen de les préparer à des travaux plus sérieux, dont la conscience leur fournira l'occasion d'apprendre les diverses branches dans les dernières années de l'apprentissage.
On ne saurait exiger d'un compositeur qu'il connaisse, même superficiellement, les langues étrangères dont il peut être appelé à composer des mots épars ou des phrases complètes. Certes, il sera toujours bon, si ses loisirs le lui permettent, qu'il acquière quelques notions de latin, d'anglais, d'italien et d'espagnol; mais l'expérience démontre que des jeunes gens intelligents, n'ayant jamais étudié ces langues, arrivent, par l'habitude et une attention soutenue, à les composer très passablement, même sur un manuscrit médiocre, tout comme ils feraient du vieux français. C'est là le point essentiel.
Or, la langue grecque n'est pas moins employée dans les labeurs que le latin ou les lances néo-latines ; mais, comme les caractères en sont différents, elle présente pour ce motif à la composition une plus grande difficulté, qui s'accroît encore par la multiplicité des lettres accentuées. Cependant, un compositeur de labeurs n'est vraiment complet qu'à la condition de savoir composer le grec. Que faut-il pour cela? Uniquement apprendre à le lire et connaître la casse. L'étude soigneuse des éléments que nous allons donner prouvera, à qui voudra s'y livrer, que ce résultat est beaucoup plus facile à obtenir qu'on ne croit généralement.
Une des causes principales qui rebutent le compositeur, c'est le nombre des accents et leurs combinaisons diverses avec les esprits et Vioia souscrit. Les règles qui en régissent l'emploi sont compliquées, et Ton voit même peu de bacheliers capables de les appliquer cor-
rectement. C'est dire qu'il faut en faire grâce au compositeur, dont le rôle consiste, d'ailleurs, à reproduire simplement et fidèlement la copie, laissant à Fauteur, avec la responsabilité de son texte, le soin d'indiquer les erreurs d'orthographe et d'accentuation. Donc, que nos apprentis ne se découragent pas : nous ne leur demandons que de la mémoire, certain que, munis du petit bagage que nous leur présentons, ils pourront toujours, non seulement se passer du concours d'autruî, mais même arriver à composer le grec d'une façon très satisfaisante, et tirer de leur savoir honneur et profit. Tel est le but qu'il &ut atteindre.