‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 77 sur 88 · EXEMPLES · texte numérisé non relu

EXEMPLES

Comme nous ne cherchons à être bref qu'autant que la clarté n'a point à en souffrir, nous croyons utile d'appuyer notre théorie sur quelques exemples qui pourront servir de types généraux.

Un homme d'armes, l'épée à la main et tenant un bouclier, s'ofifre aussitôt à ses regards.

La proposition répée à la main et tenant un bouclier, n'étant qu'accessoire, doit être isolée de la principale par deux virgules.

Là pointe, d'ailleurs un peu lourde, de l'artiste a représenté diverses portes avec une naïveté et un archaïsme voulus.

D'ailleurs un peu lourde j pouvant être supprimé sans nuire au sens, n'est qu'accessoire et doit figurer entre deux virgules.

Un des savants les plus autorisés^ M. Scherer, a dit que l'entreprise était téméraire.

Il faut mettre M, Scherer entre deux virgules, parce que ces mots ne sont qu'une apposition au sujet principal dont ils ne sont pas le complément rigoureqx. Ces cas se présentent souvent, et bien des personnes sont disposées à considérer l'expression mise en apposition comme représentant le sujet réel et, par suite, à supprimer la seconde virgule, comme si la proposition principale était dans l'exemple ci-dessus : M, Scherer a dit.,,, tandis qu'elle est incontestablement : Un des savants les plus autorisés a dit,.,

II pensait qu'il devait maintenant porter sur sa propre situation le môme jugement qu'il portait naguère sur le sort d'autrui.

Cette phrase ne renferme dans son ensemble qu'une proposition principale : le sujet il; le yerhe pensait ; le régime représenté par le reste de la phrase, qui ne forme qu'un même tout inséparable, quoique contenant deux verbes \ mais ces deux verbes ne sont que la conséquence de la construction de la période, et, d'ailleurs, leurs dépendances respectives restent soumises aux lois générales de la ponctuation, puisque, ainsi que nous le ferons comprendre lorsque nous traiterons les cas de ponctuation facultative, on pourrait, sans rien changer au caractère général de la phrase, faire figurer entre deux virgules le régime indirect de porter, et ponctuer ainsi : Il pensait qu'il devait maintenant ^porter, sur sa propre

situation, le même jugement qu'il portait naguère sur le sort d' autrui.

En tout cas, une virgule après pensait serait une faute, puisque ce qui suit est le régime direct ; une virgule après jugement serait également une faute, ce régime n'étant logiquement complet que par les mots qui le suivent.

Florent de Boucaut prit la parole et, après avoir exposé aux habitants les faits qui s'étaient passés, il leur dit...

La proposition principale est double : Florent de Boucaut prit la parole et il leur dit. Tout ce qui est en dehors doit donc être isolé. Virgules après e^ et après passés. Nous verrons plus loin qu'à la rigueur on pourrait, sans faire une faute, mettre une virgule après parole ; mais il n'en faudrait pas moins une après et. Ce serait donc mal ponctuer que de mettre : Florent de Boucaut prit la parole, et après avoir,..

Le maire donne avis que, dimanche prochain, à deux heures de l'après-midi, dans une salle de l'hôtel de ville, il sera, pardevant lui, assisté conformément à la loi, procédé à l'adjudication, au rabais et sur soumissions cachetées, des travaux de construction d'une maison d'école.

La phrase principale est : Le maire donne avis qu'il sera procédé à Vadjudication des travaux,,. Tout ce qui est en dehors doit être isolé entre deux virgules comme propositions accessoires. On pourrait supprimer les deux virgules après adjudications et cachetées; mais supprimer la première et laisser la seconde serait commettre une de ces fautes que Ton rencontre trop fréquemment.

On plaça des deux côtés de l'autel les six anges de bronze qui décorent aujourd'hui le sanctuaire.

Proposition principale unique et complète seulement dans son ensemble. Pas de virgule avant qui, sous peine d'avoir un sens absurde. Le régime indirect des deux côtés de l'autel est trop court pour avoir besoin d'être mis entre deux virgules.

Le manuscrit à peintures relatif à la fondation du prieuré de Saint-Martin-des-Ghamps, récemment signalé, est devenu la propriété de la Bibliothèque nationale.

Dans cet exemple, une virgule après peintures serait une faute, le sujet logique n'étant complet que par ce qui suit. Mais, les mots récemment signalé constituant une proposition accessoire qui peut disparaître sans laisser un. sens absurde, on les met entre deux virgules.

Notre savant confrère M. Jules Cousin prépare une publication très importante.

Notre excellent collaborateur M. Gardiner fait imprimer deux nouveaux volumes.

Ces deux cas sont semblables et leurs analogues se présentent souvent. Si Ton mettait entre deux virgules M. Jules Cousin et M. Gardiner, on aurait ce sens ridicule que nous n'avons qu'un savant confrère, qu'un excellent collaborateur.

H. Ébert conjecture que le Naso auteur d'une églogue publiée par M. Diimmler était Anglais.

Cet exemple peut être assimilé aux deux précédents. M. Ébert conjecture que le Naso était Anglais serait incompréhensible. Les mots auteur d'une églogue publiée par M, Diimmler font partie intégrante du sujet Naso,

Tibérius, voyant ce qui se passai t, lança toute sa cavalerie et ses gens de trait, et, sons ce choc, les Celtes, pliant de nouveau, se retirèrent vers leurs lignes de défense.

En décomposant cette phrase, nous avons : Tibérius lança toute sa cavalerie et ses gens de trait, et les Celtes se retirèrent,.. Il y a donc deux propositions accessoires quMl est indispensable de placer entre deux virgules. L'absence de virgule avant voyant et avant sous, tout en la maintenant après passait et choc, constitue une des fautes qu'ont le plus de tendance à commettre les personnes peu familiarisées avec les règles de la ponctuation. •

Utenhof, qui n'était pas du tout Holsteinois, voyait bien que l'aristocratie de cette nation résisterait, elle aussi, aux intérêts dynastiques du roi, mais que, le pays une fois germanisé, les nobles seraient aussi subjugués.

Le corps de la phrase générale est celui-ci : Utenhof voyait bien que V aristocratie de cette nation résisterait aux intérêts dynastiques du roi, mais que les nobles seraient amsi subjugués. Tout ce qui est en dehors n'est que propositions accessoires et doit être isolé par deux virgules.

On raconte que, Denys le jeune désirant connaître le génie , les mœurs et le gouyernement du peuple athénien, Platon ne crut pouvoir mieux répondre à son désir qu'en lui faisant parvenir un exemplaire des comédies d'Aristophane.

La décomposition de cette phrase nous donne : On raconte que Platon... Aussi, les virgules avant Denys et après athénien sont-elles de rigueur.

On passe au scrutin, et le candidat, ayant obtenu le nombre de suffrages exigé par le règlement, est proclamé membre de la Société.

On passe au scrutin, et, le candidat ayant obtenu le nombre de siiifrages exigé par le règlement, le Conseil le proclame membre de la Société.

Il faut remarquer la différence qui existe entre ces deux phrases. La première, décomposée, offre les deux propositions principales suivantes : On passe au scrutin, et le candidat est proclamé,,. Virgules indispensables après candidat et règlement, La seconde nous donne au contraire ceci : On passe au scrutin, et le Conseil.., Virgules obligatoires après et et règlement.

Une femme, ayant laissé ses deux jeunes enfants à la maison pendant qu'elle allait chercher de l'herbe, prouva son mobilier en feu à son retour.

Une femme ayant laissé ses deux jeunes enfants à 1^ maison pendant qu'elle allait chercher de l'herbe, ceux-ci enflammèrent des allumettes et mirent le feu aux meubles.

En décomposant chacune de ces deux phrases, il est facile de reconnaître que, dans la première, une femme est le sujet dé la propositidn principale, tandis que, dans la seconde, ces mêmes mots font partie de la proposition accessoire. En effet, dans le premier cas, on peut tourner par : Une femme, comme elle avait laissé..,, trouva,.., et, dans le second, par : Comme une femme avait laissé, . ,y ceux-ci enflammèrent. , ,

Des phrases de ce genre se rwicontrent fréquemment. L'écueil à éviter réside dans Fabsence ou l'emploi de la virgule avant le verbe exprimé au participe présent, qui, dans nos deux exemples, est ayant. Il s'agit de bien reconnaître si le substantif qui le précède est le sujet de la proposition principale, ou s'il n'est qu'une partie de la proposition accessoire dont le participe présent est la suite.

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