DU POINT-VIRGULE, DU POINT ET DU DEUX-POINTS
L'office de la virgule, on vient de le voir, est de nuancer les rapports du sujet, du verbe et des régimes à Fintérîeur de la phrase ^ mais, le discours comprenant un certain nombre de phrases, la virgule n'est plus suffisante pour marquer les rapports plus ou moins éloignés qui existent entre elles ; on emploie à cet effet le point^virgule * et le point : le point-virgule , si la phrase qui suit a un rapport assez intime avec celle qui précède ; le point, si ce rapport est plus éloigné. L'alinéa marque une division encore plus tranchée. On a donc ainsi les éléments suffisants pour exprimer les liens plus ou moins étroits des diverses parties du discours.
Quoique la différence du point et du point-virgule soit, en principe, bien définie, on les confond souvent dans la pratique. L'application exacte du principe offre
i . Le pointrvirg^e s'appelait autrefois petit-qué, parce qu'on avait l'habitude, dans les éditions latines, de remplacer par ce sig^ne les deux dernières lettres du mot que. Ainsi on écrivait : nosq; vobisq; usq; au lieu de : nosque, vobisque, usqtie.
souvent, il est vrai, quelques difficultés, parce qu'il repose sur des rapports de sens pour ainsi dire hiérarchiques et qui varient à l'infini. D arrive, d'ailleurs, très fréquemment que les nuances se fondent au point de laisser le choix indifférent entre Pun et l'autre de ces deux signes de ponctuation.
11 est cependant quelques cas où le point-virgule est employé de préférence et presque généralement :
V Dans une énumération d^articles ou une suite de propositions qui font Tobjet d'alinéas distincts , comme nous le faisons ici même-,
2^ Dans des énumérations de même nature qu'on juge suffisant de faire figurer dans un seul alinéa ;
3^ Pour séparer les membres identiques d'une période un peu longue, dans les cas où la virgule n*établirait pas une division assez sensible, comme dans cet exemple :
Quand je me souviens qu'il n'arrivait point de vaisseau dans nos ports qui ne nous apprit la perte de vingt autres ; quand je songe qu'il n'y avait personne qui ne pleurât ou un parent massacré, ou un ami esclave, ou une famille ruinée; quand je me rappelle dans ma mémoire l'insolente hardiesse avec laquelle ils faisaient des descentes presque à la p<Mrtée de notre canoa; que les promenades même sur mer n'étaient pas sûres ; qu'on craignait toujours que, de derrière les rochers, il n'en sortît quelque pirate; quand je me représente les cachots d'Alger et
de Tunis remplis d'esclaves chrétiens mon imagination se
trouble et ma tête se prend de vertige.
Observons que, lorsque des énumérations semblables à celle qui précède figurent dans un seul alinéa, on ne doit pas mettre de majuscules aux premiers mots qui suivent 4^, 2^, 3^, etc., parce que l'ensemble ne forme qu'une seule et même phrase dont Pénumération constitue les compléments essentiels divisés en plusieurs
fragments. Mais, si rénumération se compose de propositions pleines, complètes par dles-mêmes, se distinguant parfaitement de là proposition qui en est la source, la majuscule devient nécessaire, comme dans Texemple suivant, où, de plus, le point d'interrogation supplée naturellement le point- virgule :
L'auteur se pose les trois questions suiTantes : 1* Quelle était la patrie primitive de ces Roumains ? 2* Quel chemin ont- ils pris pour venir ici? 3" A quelle époque a eu lieu leur arrivée?
On a VU plus haut, page 260, Tusage que l'on peut faire encore du point- virgule en le combinant avec la virgule, et aussi les cas où il est préférable de le remplacer p^r la virgule; de même, pages 77, 78 et 98, ce qui concerne les points de réticence et de suspension.
On emploie le deux-points *^ après une phrase annonçant avec précision une suite, comme une citation, un discours, une sentence, une explication, une conclusion, formant en quelque sorte le but , Tidée dominante du texte qui précède. Les nombreux exemples épars dans le présent traité nous dispensent d'en donner d'autres.
Le deux-points s'emploie aussi devant un membre de phrase résumant une énumération qui précède immédiatement :
Boire, manger, dormir, chasser et monter à cheval : voilà toutes ses occupations.
Mais, dans ce dernier cas, la virgule peut suffire.
1* On rappelait jadis comma, mot formé du g^rec v.6\L^aL, ce qui est coupé, de xorrreiv, couper.
DU POINT d'interrogation ET DU POINT
d'exclamation.
Le point interrogant, inferrogatif ou d'interrogation et le point admiratif, d'admiration ou d'exclamation se définissent suffisamment d'eux-mêmes.
A l'égard du premier, il importe de ne pas confondre les phrases interrogatives avec celles qui ne le sont qu'en apparence. L'interrogation est déterminée par la proposition principale; aussi, des phrases comme les suivantes n'entraînent-elles pas avec elles l'idée d'interrogation :
Voyons quel récit il va nous raconter.
Demandez-lui comment elle se tirera d'affaire. Dites-moi ce que vous pensez de cette aventure.
Des phrases qui n'ont que la forme de l'interrogation, 'sans en avoir le sens, ne prennent pas non plus le signe de l'interrogation :
Sort-il, il chicane tous ceux qu'il rencontre; reste-t-il, il s'en prend à tous les objets qui tombent sous sa main.
Par contre, une phrase peut être interrogante sans en avoir la forme, et alors elle comporte le point d'interrogation :
Vous voulez savoir ce que j'en pense? Eh bien, je vais vous l'expliquer.
Nous avons eu occasion de dire, page 264, que dans une^ suite de phrases interrogantes il vaut mieux n'exprimer qu'une seule fois, à la fin, le point d'interrogation, et lui substituer la virgule partout ailleurs.
Lorsqu'une période inlerrogative est terminée par un
vers ou une citation quelconque dont le sens n'exige pas le point d'interrogation ou d'exclamation, il est souvent préférable de maintenir le vers ou la citation dans sa forme originelle et de s'abstenir de les faire suivre du point interrogatif ou admiratif qu'exigerait le sens de la proposition principale. Exemple :
Vous rappelez-Tous le poète qui a dit :
L'arguent en honnête homme érigée on scélérat; L*arg«nt seul au Palais peut faire un magistrat.
Le point d'interrogation s'emploie aussi dans un texte, entre parenthèses (?), à la suite d'un mot ou d'une phrase, pour signifier que ce mot ou cette phrase sont douteux.
Le point d'exclamation s'emploie de même (I) pour signifier que ce qui précède est étrange ou déraisonnable.
On place un point d'exclamation après toutes les interjections, après toutes les locutions, phrases ou membresde phrase ayant un sens exclamatif , c'est-àrdire exprimant les mouvements du cœur humain produits par la douleur, la colère, la surprise, la passion, la joie, la crainte, etc.
Il arrive bien souvent qu'une phrase se présente sous la forme interrogative et n'est qu'exclamative ; c'est le sens général qui décide. Il faut donc savoir discerner ces cas et traiter la phrase en conséquence. Ainsi , cette exclamation : Est-ce possible! pourrait être dans certaines circonstances une simple interrogation. Il en est de même dans les exemples suivants :
Comment un esprit si sage a-t-il pu faillir!
Que n'y avez-yous pensé plus tôt!
Oh! le misérable! Qu'a-t-il fait là!
Ck)mbieii d'hypothèses n'a-t-on pas émises sans parvenir à des résultats précis!
Eh bien est quelquefois exclamatif , mais souvent aussi il ne figuré dans une phrase que pour donner un peu plus d'animation ; dans ce dernier cas, on remplace le point d'exclamation par une virgule *v
Eh bien! monsieur, tous êtes un coquin!
Eh bien, soit ; nous en reparlerons.
Nous terminerons par une remarque qui ne nous parait pas superflue, car nous avons vu souvent commettre Terreur qu'elle a pour objet de signaler. Lorsqu'une phrase interrogative ou exclamative est terminée par des expressions analogues aux suivantes : dit-Uy reprit-il, répondit-il , etc., les signes de l'interrogation et de l'exclamation doivent les précéder; mais il n'en est pas de même des mots monsieur, madame , mademoiselle y etc., mis en apostrophe, qui, faisant partie naturelle de la phrase, doivent toujours figurer avant ces mêmes signes :
Que puis-je faire pour vous? reprit-il.
Ah! vous me faites mal! s'écria-t-il.
Que désirez-vous, mademoiselle?
Puissiéz-vous réussir, monsieur! ajouta-t-il.
On met une majuscule au premier mot de chaque alinéa et de chaque phrase suivant un point anal. Maïs, indépendamment de cette règle bien connue et exempte de difficulté, il en est une autre qui régit remploi des majuscules, dans le corps de la phrase, au commencement de tous les noms propres ou des mots considérés comme tels, ou encore que Ton assimile aux noms propres, soit pour leur donner plus d'importance qu'ils n'en ont ordinairement, soit par un pur caprice d'écrivain.
n faut l'avouer, nous sommes ici en présence d'une règle très malléable, dont le puriste prendrait une peine inutile à essayer de préciser les bornes, et que les volontés d'auteurs viennent renverser ou modifier bien souvent sans qu'il soit possible à un esprit judicieux d'établir en bonne forme les caractères délictueux du système adopté. Mais il suffit, à notre avis, pour tous les cas soumis à l'arbitraire, qu'il y ait concordance et uniformité entre les mêmes noms dans le même ouvrage.
Nous nous bornerons, en conséquence, à signaler les points où les bons correcteurs sont unanimes à l'égard de l'emploi de la majuscule, ceux où l'accord parfait cesse de régner, et la voie qui, pour ces derniers, nous parait la meilleure à suivre.
La majuscule est indispensable à tous les titres d'où* vrages, à tous les noms de rues, de places, de monuments, de lieux, de peuples, de personnes. Exemples :
• ^ Vi. ^^ J^VWif ' ^J»'*V'J^^ ^^?^? TiU -L "- -"^Jt ^ '
le Malade imaginaire,
la rue du Faubourg- Saint-Denis,
le bouleTard des Capucines,
la place de la Concorde,
l'église Saint-Enstache,
la barrière du Trône,
la ville de Bordeaux,
les Grecs, les Français, un Lyonnais,
Alexandre le Grand,
la Mollesse, la Paix, la Vertu.
Ces trois derniers noms sont des noms commune personnifiés, et, à ce titre, ils doivent prendre la majuscule. Nous renvoyons, pour ce qui concerne les titres d'ouvrages, à l'explication que nous en avons donnée en parlant des sources, pages 'l 4 7-420. Nous ajouterons seulement que, si, pour motif de simplification, on se borne à mettre en romain un titre qui, rigoureusement, devrait être en italique, la majuscule est toujours nécessaire et devient même plus indispensable. Exemple :
M. Luce lit un curieux mémoife intitulé : De Télection au scrutin de deux chanceliers de France sous Charles V.
Pour toutes les dénominations désignant, en général, des choses inanimées, il importe, par-dessus tout, de se rendre un compte exact de la constitution du nom. Par exemple, lorsqu'on dit : la rue du Faubourg- Saint-'Denis, il est clair que le nom de la rue est Fau-bourg-Saint-Denis ; mais si Ton dit : il demeure dans le faubourg Saint-Denis, le mot faubourg n*est plus qu'un nom commun. Quand on dit : sous V invocation de saint Eustache, c'est le saint que l'on désigne-, mais daqs l'expression : V église Saint-Eustache, le mot saint appartient à la dénomination propre du monument qui est ici une église. De même, lorsqu'on dit : le champ Long en
parlant d'une pièce de terre, le mot champ est le nom commun, le mot Long est le nom propre ; mais, si Ton dit : la ferme du Champ-Long, ces deux derniers mots constituent à la fois l'appellation de la ferme, et il ^ut leur donner la majuscule à tous les deux, et, de plus, le trait d'union, car il est de règle typographique de réunir ainsi toute dénomination de chose inanimée qui se compose de plusieurs mots^ Il ressort de cette explication que Ton écrira :
le cardinal Lemoine, la rue da Cardinal-Lemoine,
la porte Saint-Martin, le théâtre de la Porte-Saint-Martin,
un château d'eau, la place du Château-d'Eau«
un arbre sec, la rue de l'Arbre-Sec,
l'École de médecine, la rue de l'École-de-Médecine,
l'hôtel de TiUe, la place de l'Hôtel-de-Ville,
nie de France, la province de l'Ile-de-France.
Ces quelques exemples sufiiront pour montrer le mode de transformation des noms communs en noms propres. . Toutefois, le principe ci-dessus énoncé n*est pas toujours rigoureusement appliqué, car, en s*y conformant, on devrait écrire :
le théâtre Français, le pont Neuf, le pont Royal,
1. Le trait d'union s'emploie aussi entre deux substantifs accolés l'un i Tautre pour désigner des qualités , des fonctions , comme : propriétaire-culiivateur, ârapier-mereier, lieutenant-colonel, fondeur-mécanicien, libraireéditeur, etc. Mais, si un nom ainsi composé ou un nom simple est modifié par un qualificatif, ce dernier ne prend pas le trait d'union : lieutenant génértU, quartier général, trésorier-payeur général, répétiteur adjoint, juge svqtpléant, professeur-directeur honoraire, etc. — L'usa^ général veut également que Ton réunisse par un trait d'union deux noms de famille on plusieurs prénoms entre eux : Jean-Jacques Bousseau, François-Marie Arouet de Voltaire, Antoine-Marc- Henri Boulard. De môme agit-on à l'égard des noms de souverains que l'on ne désigne pas par le nom patronymique : Marc-Auréle, Philippe-Auguste, Louis-Philippe, etc.
tandis que Tusage veut qu'on écrive avec la maguscule et le trait d'union :
le Théâtre-Français, le Pont-Neuf, le Pont-Royal.
Il faut savoir accepter des exceptions de ce genre, qui importent peu, au résumé.
Cependant, la règle est rigoureuse à Tégard des dénominations de nationalité. Dès lors qu'elles sont prises substantivement, elles veulent toujours la majuscule, qu'elles s^appliquent à un seul individu ou à une collectivité. Ainsi, on doit écrire :
Les Français, les Européens, les Africains, un Français, un Champenois, le Breton du Guesclin, c'est un Anglais, elle est Espagnole, je suis Parisien, un jeune Russe, un Lyonnais, nous sommes Dijonnais.
Comme nous voyons souvent commettre la faute d'employer ici la minuscule, nous ne saurions trop répéter que cette règle ne soufifre pas d'exception.
Mais, si ces mêmes dénominations sont employées adjectivement, comme dans les expressions suivantes, la minuscule est de rigueur :
Un soldat français, les nations européennes, la côte africaine, un poète champenois, la population parisienne, un noble russe.
On remarquera que, dans ce dernier exemple, ainsi que dans beaucoup d'autres semblables, le sens pourrait faire un substantif du terme de nationalité. Un noble russe équivaut à : un noble de nationalité russe. Un noble Russe équivaudrait à : un Russe de qualité noble. C'est le sens qui décide entre les deux manières d'être.
Le latin ne distingue pas, pour ces dénominations, entre leur état d'adjectifs ou de substantifs \ il emploie
un SECONDE PARTIE : CORRECTION.
la majuseule dans les deux cas et écrit : Romani et gens Romana, Qarthaginienses et urhs Carthaginiensis.
Nous abordons maintenant un point plus délicat et qui a été et est encore Tobjet de nombreuses controverses.
Faut-il écrire :
la Rochelle ou La Rochelle,
le Mans — Le Mans,
la Fontaine — La Fontaine,
du Bellay — Du Bellay,
de Thou — De Thou,
de la Fayette — De la Fayette,
et tous les noms de ces types avec majuscules ou sans majuscules aux mots le, la, du, de, de la ?
Si nous jugeons d'après le Dictionnaire de l'Académie, qui, bien que n'étant pas un dictionnaire de noms propres, en renferme inévitablement quelques-uns, tant dans sa préface que dans ses exemples, on ne doit écrire que suivant le premier mode, c'est-à-dire sans majuscules, car nous y trouvons : la Bruyère, la Fontaine, Devons-nous en cela suivre l'Académie, qui, on le sait, fait autorité eu typographie pour l'orthographe des mots de notre langue ? Nous n'en voyons pas ici la nécessité.
Voici notre opinion sur ce point, et nous espérons la faire partager à ceux qui nous liront :
^1° Il faut écrire la Rochelle, le Mans, et tous les noms de lieu analogues, sans majuscule à le et la, parce que l'article ne fait pas partie intégrante du nom. A preuve, c'est qu'il s'élide, de même que pour les noms communs, au masculin singulier, au masculin et au féminin pluriels. Ainsi, on ne dit pas : aller à le Mans, venir de le Mans, mais : aller au Mans, venir du Mans. L'analogie
rw~
EMPLOI DES MAJUSCULES. m
doit s'étendre évidemment aux noms féminins singuliers, comme la Rochelle, la Haye, la Fertê, etc. D'ailleurs, si Ton adoptait la majuscule, il faudrait, pour être logique, l'employer aussi avec tous les noms de bourgs, de hameaux, de fermes, et écrire, par exemple : le bourg de La Lande, le hameau de La Hutte, on aperçoit Le Mage, Le Tertre, Les Bruyères, etc., ce qui serait assurément ridicule.
2° Il n'en est pas de même des noms de personne, tels que La Fontaine, La Condamine, Le Nôtre, etc. L'article est ici nécessairement inséparable du nom. En effet, contrairement à ce qui se passe pour les noms de lieu, il ne saurait jamais perdre sa forme par le fait de l'élision. On ne dira pas : l'art du Nôtre, mais bien : de Le Nôtre. Pour ce motif, nous maintenons la majuscule à l'article.
Une remarque vient à l'appui de notre opinion. Les noms le Titien, le Dante, le CamoënSy le Tintoret, le Poussin sont considérés comme de véritables surnoms ayant la physionomie de qualificatifs à peu près analogues à ceux de beaucoup de souverains, comme Louis le Gros, Philippe le Hardi, Guillaume le Conquérante Instinctivement, on écrit l'article qui les précède avec la minuscule; cela paraît tout naturel et Test en effet •, aussi, par suite, est-il non moins naturel de dire : le talent du Titien, du Dante, du Camoèns, du Tin-toret, du Poussin, au lieu de : le talent de le Titien, de le Dante, etc. , auquel cas il faudrait écrire avec la majuscule : de Le Titien, de Le Dante, etc. Cette conséquence
1. Cest à tort que quelques correcteurs écrivent ces noms avec le trait d'union : LouiS'le-Gros, Philippe-le-ffardi, etc.
très logique ne justifîe-t-elle pas notre manière d'écrire La Fontaine, La Condamine, Le Nôtre, et tous les noms semblables, avec la majuscule?
3"* Enfin, nous réprouvons la majuscule à la particule nobiliaire du, de la. Ainsi, nous écrivons : les œuvres du poète du Bellay, r historien de Thou, mademoiselle de la Fayette, M. de la Fontaine, Mais nous écririons ces deux derniers noms avec majuscule à Tarticle si, comme cela a lieu bien souvent pour des noms semblables, on supprimait la particule de : le général La Fayette, le fabuliste La Fontaine,
— Pourquoi alors, pourrait- on nous objecter, ne maintenez-vous pas la majuscule à Tarticle féminin lorsque ces noms sont précédés de la particule nobiliaire? — Parce que nous sommes forcé, en raison de la contraction, de ne pas admettre cette majuscule dans les noms à forme masculine comme du Bellay, qui est pour de le Bellay, Les noms à forme féminine ne doivent pas se comporter différemment.
Il est vrai que nous pourrions écrire Du Bellay, et, par suite, il faudrait écrire De la Fayette ou même De La Fayette. Mais quel abus de capitales, sans raison d'être I Qui, d'ailleurs, s'aviserait d'écrire de nos jours : M, le duc D'Audiff'ret'Pasquier, M. De Broglie, M. De la Rochefoucauld?
Voici donc, pour nous résumer, la règle que nous établissons :
i"* L'article qui précède un nom de lieu prend toujours la minuscule ;
2** L'article qui précède un nom de personne, sans particule nobiliaire, prend la majuscule-,
d"* Le même article, s'il est précédé de la particule
nobiliaire, ne prend pas la majuscule, non plus que cette particule ^
1 . Noas trouvons précisément dans une note de M. Tassis (Guide du correcteur, 6* édition, p. 29) la confirmation de Texcelîence de notre régule :
u Cette orthographe, nous Tavons reproduite,' dit M. Tassis en parlant de celle qu'avaient adoptée l'Académie et les éditeurs- du xviii" siècle, qui écrivaient invariablement la Fontaine, la Bruyère, etc., sans majuscule à l'article. Mais on doit se garder de prendre cette règle comme générale et absolue; car, si aujourd'hui il y a beaucoup de personnes qui, comme M. le comte de l'Escalopier, M. le comte de la Bourdonnaye, signent avec un l minuscule, il y en a quelques autres aussi qui signent avec la majuscule, et en première ligne nous nous hfttons d'inscrire M. Victor Le Clerc. Nous regardons comme une bonne fortune de pouvoir faire intervenir dans le débat un écrivain dont le nom fait autorité. Cette autorité a d'autant plus de poids à nos yeux que nous nous sommes cru autorisé à compter, peut-être à tort, M. Victor Le Clerc au nombre des personnes qui rejettent l'orthographe adoptée par l'Académie , car il signe invariablement avec la majuscule comme nous venons de l'indiquer. Mais dans les nombreux travaux de haute érudition publiés par ce savant et relatifs au quatorzième siècle, nous rencontrons, presque à toutes'les pages, l'application de la règle que nous venons d'établir. Ainsi, dans le tome XXIV des Mémoires de l'Institut de France, M. Victor Le Clerc écrit constamment avec la minuscule : Adam de la Halle , p. 410, — Simon de la Fontaine, p. 416, — Bertrand de la Tour, p. 412, — Robert le Coq, p. 418, — Jean le Bel, p. 421, — Adam de la Bassée, p. 433, — Giraudon le . Roux, p. 435, — Pierre de la Bruyère, p. 485, — Nicolas de la Horbe, p. 485, — Eustache le Moine, p. 488, — Pierre l'Ermite, p. 490, etc. »
U n'y a, selon nous, aucune contradiction dans l'orthographe de M. Le Qerc, qui est tout à fait conforme à notre système. Les exemples' cités et son nom constituent des cas tout à fait différents. Ici , la majuscule a sa raison d'être d'après les arguments que nous avons donnés ; là , elle n'a pas lieu d'exister. Quant aux noms : Robert le Coq, Jean le Bel, Giraudon le Roux, Eustache le Moine, Pierre l'Ermite, ils ne sont autres que des surnoms accolés à des prénoms, identiques à ceux de beaucoup de souverains comme Philippe le Bel, Charles le Chauve, Guillaume le Conquérant, pour lesquels le simple bon sens commande l'emploi de la minuscule ; ils n'ont donc aucune analogie avec les noms qui les avoisinent, non" plus qu'avec les suivants, conformés sur un type tout différent : La Fontaine, La Fayette , Le Nôtre, Le Clerc, etc. La meilleure preuve, c'est qu'on ne saurait distinguer les personnages par le seul qualificatif qui leur sert de surnom, et dire, par exemple, le Coq pour désigner Robert le Coq, le Bel pour Jean le Bel, etc., tandis que Le Clerc, La Fayette et autres noms semblables se passent très bien du prénom. La règle que nous proposons nous semble absolument basée sur la raison. •
En présence des variétés nombreuses et permises auxquelles donne lieu, remploi de la majuscule pour les expressions non visées par les cas qui précèdent, nous renonçons à présenter une nomenclature étendue, qui resterait toujours incomplète et serait bien souvent inutile. Nous allons nous borner à quelques exemples principaux, qui indiqueront en même temps, pour les cas analogues, la marche la plus rationnelle suivie en typographie relativement à l'emploi des majuscules.
On écrit généralement :
l'Académie française, l'Académie des sciences, le recteur de
' l'académie de Paris.
l'arc de triomphe de l'Étoile.
l'Assemblée constituante , le Corps législatif, la Chambre des députés.
la basse Bretagne, la haute Italie, le bas Danube, le département des Basses-Alpes, des Hautes-Alpes, le Bas-Empire.
la Bibliothèque nationale, la bibliothèque Mazarine, la bibliothèque Ambrosienne, l'Imprimerie nationale.
du bordeaux, du Tin de Bordeaux, du Champagne, du yin de Champagne.
les bouches du Rhône, le département des Bouches-du-Rhône.
le Céleste Empire, l'Empire ottoman, l'Empire.
la guerre de Cent ans, les Cent-Jours ou les Cent jours, la guerre de Trente ans.
le Champ de Mars, les Champs-Elysées.
du papier de Chine, une impression sur chine.
le Christ, un christ d'ivoire.
le théAtre de la Comédie-Française, le ThéAtre-Français.
le conseil d'État, la Cour de cassation.
Dieu, l'Homme-Dieu, les dieux de la Fable.
l'École des chartes, l'École polytechnique.
l'Écriture sainte, les saintes Écritures.
l'Église, les gens d'Église, l'Église gallicane, une église, l'église Notre-Dame.
l'Esprit-Saint, le Saint-Esprit, l'Esprit des ténèbres.
l'État, un État, les États-Unis, le conseil d'État, un coup d'État,
l'état de menuisier, l'état ciTil, le tiers état, l'état-major, les
états généraux.
l'Évangile, les ministres de TÉTangile, l'évangile du jour, l'évangile est dit.
la province de l'Ile-de-France, l'Ile de France, le royaume des
Iles-Britanniques, du japon, du saxe, de la porcelaine du Japon, de Saxe, le jeudi saint, le vendredi saint, le jour des Morts, la journée
des Harengs, la révolution de Juillet, la dynastie de Juillet, les journées de
Juin, un louis, un napoléon, un ûrédéric (monnaie d'or), la mer Adriatique, la mer Rouge, la mer Noire, le ministère de l'intérieur ou de l'Intérieur, de l'instruction
publique ou de l'Instruction publique, le moyen âge, le style du Moyen Age, le style de la Renaissance, les neuf Muses, les Muses, la muse de Corneille, cultiver les
muses, le nord, le midi, le sud. Test, l'ouest, voyager dans le Nord, dans
le nord de l'Espagne, le Midi s'est soulevé, le Nord est envahi,
l'Amérique du Sud, les provinces de l'Est, le nouveau monde, le Nouveau Testament.
l'Océan , le grand Océan , l'océan Atlantique , Pocéan Pacifique, un opéra, la salle de l'Opéra, du grand Opéra, de l'Opéra-
Comique, un opéra-comique, l'ordre de la Légion d'honneur, l'ordre de Saint-Benoit , l'ordre
de Saint-Jean de Jérusalem, l'ordre Teutonique. les pays d'outre-Manche, d'outre-Rhih.
le jour de Pâques, faire ses pâques, célébrer la pâque. le Pont-Neuf, le Petit-Pont, le Pont-Royal, le pont au Change, les décrets de la Providence, la providence de Dieu, la Révolution française, la République française, la Restauration, la sainte Vierge, la chapelle de la Sainte- Vierge, saint Jean, la
Saint-Jean, la place Saint-Jean, la société, une société, la Société de l'École des chartes. Son Altesse impériale. Votre Grandeur, Sa Majesté Catholique, la voie Appienne, la roche Tarpéienne.
Un. correcteur peut se baser sur ces exemples pour toutes les dénominations qu'il est à propos de traiter avec la majuscule, soit qu'elles soient réellement des noms propres, soit que la nature du sujet exige qu'on les distingue ainsL II doit également quelquefois se régler sur les exigences éventuelles des auteurs. Mais , en toutes circonstances , il ne saurait trop s'inspirer de ce principe : qu'il faut être très sobre dans l'emploi des majuscules , parce qu'une composition où il y a peu de grandes capitales, comme aussi des petites capitales, des chiffres et de l'italique, est beaucoup plus agréable à Pœil qu'une composition qui en est lardée. De même qu'on doit réserver les caractères de fantaisie aux travaux passagers, de même il faut laisser l'abus des majuscules aux affiches, qui, destinées à être lues de loin, ont besoin d'attirer les yeux par les moyens les plus matériels ^
Nous terminerons par quelques observations qui ont trait à des cas particuUers.
La majuscule est toujours indispensable après un deux-points pour commencer une citation pleine, c'està-dire qui présente une phrase complète par elle-même :
Henri lY disait à ses soldats : « SuiTez mon panache blanc, TOUS le Terrez toujours au chemin de l'honneur. »
Cette monnaie a pour légende : Il n'y a pas d'autre souTerain que Dieu.
1. La septiàme édition du Dictionnaire de l'Académie offre, comme les précédentes d'ailleurs, un exemple assez curieux de remploi arbitraire des majuscules dans les labeurs. Elle met une majuscule, dans le courant des phrases, à chaque mot qui est, à proprement parler, le commencement d'une définition. Exemples : R Ce mot désigne Les parties d'une science qui n'ont pas été encore traitées. » — « Se dit égalen^nt en parlant Des choses, et signifie, Flétrir, dégrader, ter-^ nir. » — « Ce mot se dit, par extension, de Toute espèce d'autorité absolue. »
Mais on écrira sans majuscule :
Les anciens ne comptaient que quatre éléments : l'air, le feu, la terre et l'eau.
Lorsqu'on exprime un titre en petites capitales avec une grande capitale au premier mot, il en faut mettre une également à tous les mots qui comportent par euxmêmes la majuscule :
Organisation de la Gaule en provinces romaines.
Mais on s'abstiendra de toute grande capitale dans Tin* térieur du titre si le premier mot n'en porte pas :