Hausmacht, puissance de la maison
2, Springer, Oestreich nach der Rerolution, 10-1. |
3. « L'empereur regarde comme autant d’usurpations faites sur lui les Etats dont il n’est pas le maître. » Instruction du comte du Luc (1715), Sorel. Rec. des instr., Autriche, 14-15.
borné leur ambition à faire l’État autrichien, ils y auraient sans aucun doute réussi : leurs forces y suffisaient ; mais elles ne suflisaient pas à restaurer l’Empire. Ils làchèrent la proie pour l'ombre ; et, lorsqu'ils reconnurent leur erreur, il n'était plus temps de la réparer. .
Sous l'influence de ces diverses causes, l'État autrichien prend, dès la formation de la monarchie, les caractères essentiels qu'il a : conservés durant toute son histoire : il est absolutiste, militaire, bureaucratique et centraliste, germanisateur. — Entre les États héréditaires, la Bohème et la Hongrie, il n’y a, au début de leur union, qu’un lien: le lien dynastique ; tout progrès de l'autorité personnelle et absolue du souverain, tout recul de l'influence des Diètes, citadelles du particularisme, est donc un gain pour l'unité. Sous des rois faibles et incapables, la royauté, en Bohême et en Hongrie avait été annihilée, le domaine mis au pillage. Ferdinand fit sentir aux Diètes que désormais sur le trône il y avait un véritable roi. — Avant tout, il revendiqua la souveraineté militaire : l’armée devint exclusivement monarchique, et commença d’être l’école du loyalisme autrichien. — Le domaine reconstitué fut administré par des fonctionnaires qui ne relevaient que du roi : en Bohème et en. Hongrie, comme dans les États héréditaires, ils furent contrôlés et dirigés par les conseils qui siégeaient à Vienne ; ce fut la première étape de la centralisation administrative. Celle-ci naît de l'absolutisme, et engendre la germanisation. — La germanisation n’a point alors, elle n'aura pas pendant longtemps de sens national. L'idée allemande est étrangère à cette dynastie, dont la cour est espagnole, bourguignonne et française, et la politique universelle. Mais l'État autrichien, pour ses souverains, n'est que le prolongement des pays héréditaires : Vienne en est la capitale administrative ; des États héréditaires, que la dynastie possède depuis deux siècles et demi, elle tire ses serviteurs les plus sûrs ; c’est aux Universités allemandes qu'ils ont puisé les doctrines du nouveau droit monarchique ; l'allemand est la langue des fonctionnaires, des autorités centrales, du roi lui-même ; il est la langue du gouvernement de l'Empire, qui ne se sépare pas du gouvernement de la monarchie. Ce sont des principes politiques allemands que l'administration royale s’eflorce désormais de faire triompher dans les deux royaumes, en allemand, et par des Allemands. L’affinité naturelle de ces trois termes, absolutisme, centralisation, germanisation, est évidente : ils forment d'emblée une trinité inséparable. L'État
L'ANCIEN RÉGIME n
autrichien est ainsi, dès son origine, marqué d’un caractère qui n’est pas encore entièrement effacé dans ce qui reste de lui.
Avec un grand sens politique, les Habsbourg discernèrent l'appui que pouvaient prêter à leur idée de l'État autrichien deux forces considérables, l’une morale, l’autre sociale : l'Église et la noblesse.— La diversité nationale ne peut être plus victorieusement combattue, l'unité politique plus fortement soutenue que par l'unité de la foi. Entre l'Église et l'Empire, puissances universelles, qui planent également au-dessus de la terre, il y a aflinité de nature, Chef du parti catholique en Allemagne et en Europe, comment l'Empereur aurait-il, dans ses États, laissé le champ libre à l'hérésie ? Ferdinand et ses successeurs immédiats, contraints à une certaine modération par les circonstances et par leurs engagements, tolèrent la Réforme dans la monarchie ; mais un demi-siècle ne s'est pas écoulé que, sous Ferdinand I, l’œuvre de la Contre-réformation est énergiquement entamée, et désormais rigoureusement poursuivie. La dynastie est devenue ardemment catholique, et, par elle, l'État autrichien. L'Église lui prête le secours de ses armes spirituelles et de ses milices : en Bohême comme en Hongrie, contre les hussites, les luthériens et les calvinistes comme vis-à-vis des catholiques, les Jésuites sont des missionnaires autrichiens. L'État paie largement cette aide, en domaines et en privilèges précieux. L'alliance de Rome avec les Habsbourg, née en Allemagne d’un calcul politique plus que d’un élan de foi, est devenue désormais, pour les souverains autrichiens, affaire de cœur autant et plus que de raison. Leur dévotion imprime profondément à l’État autrichien ce caractère catholique qu'il n'a pas entièrement perdu, qu'attestent encore la puissance et l'influence de l'Église en Autriche, qui seul explique des actes comme le Concordat de 1855. — Les peuples de la monarchie sont si divers que les Habsbourg ne conçurent point l'illusion de pouvoir les fondre en un seul, faire des Slaves et des Magyars des Autrichiens, c'est-à-dire des Allemands. Mais ce qui est impossible avec la masse ne l’est pas avec l'élite. Des peuples autrichiens, on ne fera pas un peuple autrichien : mais de la noblesse allemande, bohème et hongroise, pourquoi ne pourrait-on pas faire une noblesse autrichienne ? Elle sera l'intermédiaire entre le souverain, autour duquel elle se groupera, et la plèbe, qu'elle tient dans la dépendance de sa propriété féodale. Elle cimentera ainsi l'État autrichien, qu'encerclent déjà les prètres, les fonctionnaires et les soldats. C’est là l’idée la plus originale de la politique
des Habsbourg. Les circonstances y furent favorables. La cour attirait des nobles d'Autriche, de Bohème, de Hongrie : égaux par le rang, rapprochés par les relations que créait entre eux la vie dans ce milieu resserré, ils nouaïent des alliances que les souverains encourageaient. Nombre de familles méêlèrent ainsi leur sang: elles prirent des idées nouvelles, eurent des intérêts dans les diverses parties de la monarchie, et, sans abjurer entièrement leur patriotisme particulier, y joignirent un patriotisme «grand autrichien» dont le principal élément était le loyalisme dynastique. Les invasions turques, en rejetant sur l'Autriche un grand nombre de familles de l'aristocratie hongroise, hâtèrent ce mouvement. La noblesse autrichienne devint ainsi un facteur essentiel de l'unité de l'État ; la consolidation de la monarchie fut pour beaucoup son œuvre : c'est ce rôle qui explique la faveur dont elle a toujours joui en Autriche.
Ces quatre supports de l'État autrichien — armée, bureaucratie, Église, noblesse — ne sont pas isolés l’un de l'autre. Ils se soutiennent au contraire, et par là doublent leur force. Les ambassades, les grands commandements, les hauts emplois, le gouvernement des provinces, les sièges épiscopaux les plus illustres reviennent presque de droit à l’aristocratie autrichienne. Elle ouvre ses rangs, sans exclusivisme et sans préjugés, aux anoblis dont un titre a payé les bons services à la guerre ou au conseil. Toute cette classe, puissante et unie, révère dans le souverain commun l'Empereur, titulaire de la plus haute dignité temporelle de la chrétienté : ni l'armée autrichienne n'est séparée de l'armée impériale, ni l'aristocratie autrichienne de la noblesse d'Empire : ce sont des titres d'Empire, titres de princes ou de comtes, qui récompensent les fidèles serviteurs de la dynastie même en Hongrie. Le sentiment impérial achève le patriotisme autrichien : il complète cette armature originale et puissante, qui pendant trois siècles et demi a soutenu tout l'État autrichien et qui en soutient encore aujourd'hui les débris.
L'histoire de l'État autrichien — et par là ‘il faut entenäre non pas l’histoire des États de la maison d'Autriche, mais l’histoire du système qui devait leur donner lnité politique — se divise, jusqu'à 1848, en deux périodes nettement tranchées, et fort inégales : l'une dure vingt-cinq ans, l’autre trois siècles. La première est celle où se constituent les affaires communes aux divers États des Habsbourg ; l'autre, celle où la dynastie essaie en vain de les plier tous à la centralisation absolutiste. La différence de résultats de ces deux périodes explique le dualisme historique.
L'ANCIEN RÉGIME ; re)
L'existence d'affaires communes découlait nécessairement de l'idée même de la monarchie ; aussi commencèrent-elles d’appa-,
raître dès que la monarchie fut née. Elles comprenaient à peu près exactement ce qui aujourd'hui encore, dans le système
dualiste, est affaires communes — el cette permanence même témoigne de leur nécessité : — les affaires étrangères, les affaires
militaires et les finances royales. Ce sont, suivant le droit publie féodal, celles des attributions du roi où il est le plus libre du contrôle des Diètes. Le monarque les dirige seul, de Vienne, suivant sa seule pensée. Pour les administrer, il a créé des organes dont la compétence s'étend à la monarchie autrichienne tout entière, — mais ne s'y limite pas, car ils interviennent souvent aussi dans le gouvernement de l'Allemagne. Ils ne relèvent que de lui, sont ses organes personnels. Le droit public des deux royaumes ne les reconnaît pas. les Diètes les combattent : elles rappellent souvent au roi qu'il a promis de ne prendre conseil que de nationaux ; mais elles n'ont pas la force d’arrèter le progrès de la centralisation. — Un conseil privé assiste le monarque dans toutes les matières «graves et secrètes ». et particulièrement pour les questions extérieures. Le conseil aulique de guerre et la Chambre aulique sont des ministères de la guerre et des finances. — La Bohème et la Hongrie avaient voulu que la monarchie restât une simple union personnelle ; un quart de siècle ne s'était pas écoulé que, sous la pression des événements, elle était devenue, €par la création de trois organes centraux pour les affaires étrangères, financières et militaires, une union réelle * ».
Le fait essentiel de la seconde période, c'est la différence du succès de la politique autrichienne en Bohème et en Hongrie. La Bohême succombe sous les coups de l’absolutisme, la Hongrie réussit à les parer, el à sauver avec sa Constitution son existence nationale. Ainsi s'établit le dualisme, auquel le résultat acquis de la période précédente donne un caractère particulier. En haut, dans les affaires d'intérêt commun, l'unité ; au-dessous, dans les questions d'ordre intérieur, la diversité entre le groupe allemandslave, gouverné au nom du pouvoir absolu par une bureaucratie centralisée, et les pays hongrois, restés constitutionnels : telle est la formule du dualisme historique.
La Bohème perdit son indépendance à la bataille de la Montagne- Blanche (1620). Sa réduction en province, encore qu'elle ne soit devenue oflicielle qu'au milieu du xvri' siècle, date virtuellement