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communes aux divers pays cisleithans. Mais quelles sont done, en réalité, les matières législatives qui, sous l’absolutisme égal pour tous, n'ont pas été règlées en commun pour les pays cisleithans ? — Comment une disposition aussi contraire au principe des individualités historico-politiques, et qui détonne si singulièrement dans le Diplôme, s'y est glissée, il est difficile de le dire. Elle trahit, en tout cas, le dualisme des influences qui se sont exercées sur lui. Les éléments centralistes, la bureaucratie en particulier, forcés de retirer leur main de la Hongrie, ont-ils voulu d'avance, contre le gré des féodaux et des Hongrois, se préparer, dans une Cisleithanie centralisée et par suite absolutiste, un camp retranché, une base d'opérations pour une nouvelle attaque sur toute la ligne après l'échec, certain pour eux, du € programme hongrois » ? Ont-ils exploité, chez Goluchowski, l'ambition personnelle, le désir d'étendre son pouvoir, la jalousie, la rancune contre les Hongrois ? Ou bien est-ce au contraire Szécsen qui a vu, dans ce groupement des pays cisleithans en face des pays hongrois, le seul moyen d'assurer entre les deux parties de la monarchie l'équilibre, et en Cisleithanie l'établissement d’un véritable. constitutionnalisme ? Si obscures qu'en soient les causes, le fait est certain. Le Diplôme tout entier trahit un dualisme d'influence qui en explique l’obscurité, le vague, l'indécision, la contradiction même. Il est à la fois centraliste, dualiste, fédéraliste. Centraliste, par ses déclarations et ses dispositions sur l'unité de la monarchie et le traitement en commun des affaires communes. Dualiste, par sa distinction fondamentale entre le droit historique des pays hongrois et l'octroi aux pays cisleithaus, et par la consécration expresse de l'existence de la Cisleithanie. Fédéraliste, par le rôle qu’il assigne aux provinces comme élément fondamental de la monarchie. — Chacun de ces trois systèmes a des avantages et des inconvénients ; mais, quand on les réunit tous les trois, les avantages s’annulent réciproquement, et les inconvénients se multiplient les uns par les autres.
Ces défauts du Diplôme, qui en rendaient l'échec inévitable, s'expliquent par son histoire même. Dans un moment aussi critique et aussi grave pour la monarchie, la politique autrichienne traditionnelle est incapable de se modifier, de changer sa nature, de corriger ses défauts. Elle travaille toujours par les petits moyens, l'intrigue, le marchandage ; elle considère toujours, avant tout, l'Europe, et en oublie de voir l'Autriche. Avec Goluchowski, les Hongrois sont en lutte déclarée, pour des raisons
plus personnelles que politiques ; avec Rechberg. leurs relations sont polies, mais sans sympathie. Si les conseillers officieux du gouvernement, Dessewlffy et ses amis, demandent quelque concession à l'opinion publique, aussitôt militaires, diplomates et bureaucrates objectent anxieusement la « situation de grande puissance » qu'il faut maintenir à tout prix. Dessewify propose un plan complet, d'un jet, profondément pensé, vraiment libéral, sans aucun radicalisme : on l’épluche, on le marchande, on n’en laisse que des morceaux ; et, de ces morceaux mal recollés, Szécsen, autoritaire, absolu, impatient, fait le Diplôme. La monarchie se trouve à un tournant de son histoire : c’est, comme l'indique Dessewffy, d'une nouvelle Pragmatique Sanction qu'il s’agit, on presque ; et l’on a juste huit jours pour examiner, discuter, arrêter une série d'actes de si haute importance, — parce que l'empereur part en voyage. L’aveuglement et l’incurable légèreté de la politique de cour éclatent toutentiers dans ce trait. L'opinion publique, irritée et déçue, chercha des victimes expiatoires, et les trouva dans les conservateurs hongrois, « les hommes d'octobre ». Elle eût dû les louer, au contraire, d’avoir, sans crainte de l'hostilité générale, sans illusion aussi sur le succès final. mis leurs forces au service d’une tentative qui, privée de leur concours, eût été assurément beaucoup moins libérale. Ils firent tout ce qu'ils pouvaient pour tirer d'une situation diflicile le meilleur parti possible, pour vaincre les défiances de l’empereur, pour déjouer les pièges des coteries militaire et bureaucratique ‘. Ils se sacrifièrent à leur pays. etfrayèrent la voie à d’autres, dont la plus grande chance fut de venir après eux. «Ils furent comme l’homme qui marche dans l’obscurité en tenant un flambeau non point devant. mais derrière lui. Ceux qui le suivent marchent avec assurance, mais lui-même tombe au premier obstacle » -.
En fait, la valeur réelle du Diplôme était toute dans ses négations. Il marquait la rupture définitive avec la politique de Bach, la centralisation absolutiste. Il proclamait la volonté de l'empereur de suivre à l'avenir, avec le concours de ses peuples, une voie nouvelle, et de s'inspirer désormais de leurs vœux et de leur avis. Il eût gagné à n'être qu'un manifeste, une esquisse de Constitution,
1. Is ne soutinrent pas Dessewffy, dans les conférences d'octobre, parce qu’ils savaient que l’empereur n’accepterait pas tous ses plans, et que, s'ils s’identifiaient avec eux, ils s’exposeraient à être congédiés, et à laisser la place aux influences qui poussaient à une politique anti-hongroise. — Récit de Sennyey à Kényi, qui le rapporte dans Budapesti Szemle, avril 1899.