Neun Briefe
2. Lettre de Kellersperg à Perthaler, 13. mai 1860, dans A. Mayr, Perthaler, I, 400-2,
1860 et au commencement de 1861 s'achève la première période de l'unité italienne. L’Autriche est désormais isolée en Vénétie, le pape enserré dans Rome et le médiocre reste des États de l’Église. Ces événements qui, pour tout esprit non prévenu, étaient faciles à prévoir, surprirent encore la diplomatie autrichienne, toujours prisonnière de ses illusions légitimistes. Il lui fallut se rendre à l'évidence : tout espoir de restauration en Italie était vain, l'unité italienne irréparable. Par suite, la monarchie était contrainte de changer la direction de sa politique extérieure. Des deux bases de sa situation européenne, l’une, l'italienne, s'était effondrée ; elle devait donc se reporter de tout son poids sur l’autre, l’allemande, et la consolider assez pour qu'elle résistât à cette charge accrue, En Allemagne, l'Autriche se heurtait à la Prusse, qui, sous la régence, puis au début du règne de Guillaume I£", était entrée dans une ère nouvelle de libéralisme. Pour soutenir cette concurrence et en triompher, ce n'était pas assez que l'Autriche prit, à son tour, des airs libéraux et constitutionnels ; il lui fallait aussi prendre des airs allemands, pour répondre victorieusement aux adversaires qui,comme Arndt, lui reprochaient de vouloir « noyer l'Allemagne sous sa sale bouillie de Slaves. ! » Il ne lui suflisait plus de s'appuyer sur les cours et les gouvernements : l'opinion publique allemande était devenue un facteur à ménager, et elle n’accorderait ses sympathies qu'à une Autriche allemande. Schmerling, sans doute, fit valoir ces raisons devant l’'empereur.Rechberg,qui avait d’autres doctrines, n’était pas de force à lutter, affaibli déjà par ses échecs. Plener travaillait dans le même sens que Schmerling. C'était un type de bureaucrate autrichien qui, par son travail et son mérite, s'était élevé des postes les plus bas jusqu’au ministère. Il répétait sans cesse à l’empereur que, dans l'intérêt des finances, il fallait donner à l'Autriche une véritable Constitution. Ce furent, comme il en témoigne lui-même *, surtout les raisons financières qui déterminèrent la brusque substitution au Diplôme de la Patente. Les chambres de commerce, consultées sur les moyens de parer aux difficultés financières, l’opinion publique, exprimée par la presse de Vienne, la seule puissante alors en Autriche, appuyaient vivement ses efforts. L'empereur recevait l’assurance que son pouvoir ne subirait en réalité pas de restrictions,et que,la situation financière améliorée, l'Autriche aurait de nouveau de l’argent pour l’armée,
1. Cité par Schiemann, H. w. Treitschke's Lehr.-u. Wander-Juhre. 2, Récit de Plener, Neue Freie Presse, 21 juin 1901.
270 LES ESSAIS D'UNITÉ CONSTITUTIONNELLE la marine, la haute politique’. À ces promesses flatteuses, les Hongrois n'avaient à opposer que des déceptions chaque jour plus profondes. Ainsi, dans la lutte qui se livrait au conseil, leurs chances diminuaient de plus en plus.
En Hongrie, le mouvement en faveur des lois de 1848 emportait tout le pays. La plus grande partie des comitats adhéraient aux résolutions et'aux demandes du comitat de Pest. Si les uns se bornaient à des remontrances et à des protestations, d'autres, reprenant les moins bonnes traditions de l'ancien régime, décrétaient purement et simplement pour leur territoire la suspension ou l’abrogation des lois et des mesures qui leur déplaisaient *. Aux « restaurations » des fonctionnaires, on voyait figurer sur les listes de candidats et d’élus des noms d’exilés, condamnés à mort ou à la prison perpétuelle pour rébellion en 1848. On yÿ vit bientôt d'autres noms encore : Cavour, Garibaldi, Victor-Emmanuel, Napoléon II, témoignage de la haine inexpiable et incoërcible des Magyars contre l'Autriche persécutrice. Le moindre incident menaçait de mettre en feu le pays. La police saxonne livrait à l'Autriche le comte Ladislas Teleki, un des chefs de l’'émigration : du coup, c'était toute la question des procès illégaux qui se posait. Le comitat de Pest, écrit Lényay à Vay, va exiger l'élargissement de Teleki et, s’ilest coupable, son jugement par un tribunal légal hongrois ; tous les comitats suivront. Jusqu'ici on n’a pas entendu dans tout le pays mème un mot contre Sa Majesté ; «mais, si maintenant on soulève la question des condamnations et des exécutions illégales, si ceux qui en ont été les témoins et les martyrs laissent cours à leur éloquence, la haine jusqu'ici comprimée éclatera avec une telle violence qu'il est impossible de calculer les résultats d'une pareille discussion *. » Ce danger fut évité par l’habile générosité de l’empereur, qui gracia Teleki. Maïs le pays restait sous la menace d’une explosion. Deäk, qui désapprouvait toute violence et toute illégalité, qui aidait de ses conseils Vay et ses collègues dans leur tâche diflicile *, risquait à chaque instant d’être débordé par la passion populaire. Si seulement il était sorti de son inac-