‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 183 sur 369 · Kecskeméthy, Lin Jahr · texte numérisé non relu

Kecskeméthy, Lin Jahr

de Schmerling en compte 241 ; et cette augmentation du nombre des mandats n'a servi qu'à assurer plus certainement la majorité artificielle des Allemands. Les 220 députés de Bach sont élus, 70 par les gros contribuables, 51 par les villes, 79 par les campagnes. Schmerling copie presque ces chiffres : 70 grands propriétaires, 72 députés des villes, 79 des campagnes : il y ajoute les cinq virilistes et les quinze représentants des chambres de commerce. En Moravie, de même, Bach avait fixé 30, 32, 30 : Schmerling arrête 30, 37, 31; le seul changement notable réside donc ici encore dans le renforcement de l'élément urbain ‘. — S'il y a une différence de libéralisme, c'est à l'avantage de Bach. Il donnait aux Diètes le droit d’élire leur bureau, une session annuelle de six semaines, un mandat de quatre ans : Schmerling réserve la nomination des présidents à l'empereur, passe sous silence la périodicité des sessions, étend le mandat à six ans ?. — Il est vrai que les Diètes de Bach sont restées sur le papier, tandis que celles de Schmerling ont vraiment existé ; mais les peuples autrichiens ont-ils bien lieu de s’en féliciter ?

Ces analogies profondes s'expliquent tout naturellement, parce que Bach et Schmerling sont partis des mêmes principes de gouvernement. Bach — le Bach de la première manière, le constitutionnel doctrinaire qu'il est resté jusqu’en 1851 — et Schmerling sont des centralistes et des bureaucrates ; ils sont aussi — et c’est le trait le plus curieux et le plus important ici — des prisonniers de l'illusion libérale. Ils ont cru tous deux pouvoir, par les idées libérales plus ou moins sincèrement appliquées, venir à bout des idées nationales. Ils ne peuvent pas supprimer la diversité nationale, mais ils peuvent dans une large mesure l'empêcher d'exercer son influence sur la vie publique. Le système des groupes et des curies avantage considérablement les Allemands — non pas par des raisons de sentiment allemand, maïs par des raisons d'État autrichien. La conception même de la représentation des intérêts a pour fin dernière d'éliminer la nationalité comme facteur politique, en abolissant entre les diverses classes la solidarité nationale, en superposant aux contrastes nationaux des contrastes économiques et sociaux destinés à les faire petit à petit disparaître entièrement. Les intérêts matériels communs rapprocheront entre les diverses nationalités les mêmes classes ; les intérêts matériels

1. Sur ces points, Touzimskÿ, Dilo Schmerlingovo dans Osvèta, 1893, I, notamment p. 300. Springer, Prolok., XI-XIL.

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