Cf R. Springer, Staal uw, Parlument
monarchie. Puisque la dynastie était contrainte enfin de faire appel à ses peuples, n'était-ce pas là l'exemple à méditer? Il est vrai qu'il eût fallu pour cela secouer les idées bureaucratiques, et surtout n'avoir en vue que la consolidation de l'Autriche, se débarrasser de la chimère allemande.
Avec l'organisation des curies, la combinaison du double Reichsrath, étroit et plénier, est l'idée maîtresse du système. L'une, qui devait abolir les luttes nationales, les suscite au contraire et les exaspère ; l'autre. qui devait supprimer le dualisme, le fortifie et lui trace des cadres pour la séparation prochaine. La Patente, constitution centraliste, n'a eu besoin que d'un léger coup de lime pour devenir la Charte du dualisme. Dans le Diplôme, le Reichsrath réunissait les députés de toutesles Diètes ; au-dessous de lui. elles se trouvaient toutes égales en rang et en droits ; la réunion des seuls membres hongrois du Reichsrath n'était prévue que comme un cas exceptionnel, comme un expédient d'opportunité. Schmerling, au contraire, en organisant d’une façon stable et permanente le Reichsrath étroit, donne à la différence, à l'opposition qui existe entre les deux moitiés de la monarchie uue expression visible à tous : en instituant un Parlement cisleithan, il élève lui-même la plus importante des Diètes des pays hongrois, la Diète de Hongrie, au rôle de Parlement transleithan ‘. Audessus de ses dix-huit provinces ?, la monarchie apparaissait une et forte de leur division même : en face de l'État cisleithan, c'est l'image de l'État hongrois qui se dresse nécessairement, et la monarchie s'abaisse d'autant que ses parties s'élèvent. La combinaison des deux Reichsrath, plénier et étroit, semblait sans doute à ses auteurs le chef-d'œuvre de leur plan unitaire; en réalité, c'est elle qui le condamne à un misérable échec. — Elle n'est pas moins mortelle au constitutionnalisme autrichien. La Constitution de 1849, très semblable et, tout compte fait, très supérieure à la Patente, contenait également certaines dispositions qui, par l'institution d’une sorte de Parlement étroit,
1. La formule est de Eim, Polit. üvahy, 42, cf. 1b.,31. B. v. Meyer, Erlebn., IL, 44, Hugelmann, Die dst. Reichsvertretung, 43, expriment la même idée. Giskra, C. R. st., 22 juillet 1861, Kaiser, 1b., 17 sept. 1862, ont souligné ce dualisme, Giskra pour n’en tirer argument d’ailleurs que contre les fédéralistes. Hasner, à la Diète de Bohème, 12 déc. 1865, a exprimé les sentiments des Allemands: « Ce qui est pour moi le point malade de la Constitution de février, encore que ce soit une concession nécessaire à l’histoire, l'élément dualiste. »
2. C'est le chiffre qui résulte de l’'émunération dans la loi organique du Reichsrath, $ 6, si l’on en retire le Lombard-Vénitien.
ouvraient la porte, bien que beaucoup moins large, au dualisme ‘. Springer, dans une critique pénétrante, montrait, dès ce moment, comment ces dispositions ruinaient d'avance tout espoir d’un régime constitutionnel. Le même gouvernement se trouvera en face de deux assemblées, alternant leurs séances : selon qu’elles seront composées de l’une ou de l’autre façon, la majorité pourra changer; elle votera un jour la confiance, et le lendemain, transformée par l'entrée ou par la sortie des membres transleithans, la défiance; des conflits pourront se produire entre l'assemblée plénière et l'assemblée étroite, qui n’en est qu’une partie. Les conséquences déplorables d’une pareille incertitude apparaissent trop clairement. Comment se formerait-il en Autriche de vrais partis politiques? Comment s’établirait-il des relations normales entre gouvernement et Parlement ? Qui sera l’arbitre entre le Parlement et uue fraction de lui-même ? Seul, le gouvernement est naturellement appelé à profiter de ces conflits ; seul le coup d’État, hypocrite ou déclaré, serait en mesure éventuellement de les dénouer. Ces critiques * s'appliquent mot pour mot à la Patente. Admettre que Schmerling et ses conseillers n'aient pas aperçu ces inconvénients serait faire trop peu d'honneur à leur clairvoyance : ils ont montré ailleurs qu'ils étaient perspicaces. Mais Schmerling ne se souciait point d'établir en Autriche un régime vraiment constitutionnel, et il comptait presque certainement n'avoir de longtemps pas affaire à un Parlement plénier ; il spéculait sur l’abstention sûre des 85 membres hongrois. La minorité, au Reichsrath étroit, fut, dans la première période du régime, à peu près constamment de 70 membres. Augmentée des Hongrois et des Croates, elle serait devenue majorité, même si le gouvernement avait renforcé des Transylvains la troupe de ses fidèles. Au mieux, la majorité aurait été incertaine, à la merci d’un hasard : le ministère, n'aurait plus eu un instant de tranquillité. Comme il est diflicile d'admettre que ces considérations aient échappé à Schmerling, et comme assurément il n'aurait pas accepté une pareille situation, il faut bien conclure que l’abstention des Hongrois était l’une des données fondamentales de son calcul politique.
Ainsi s'achève le tableau du système : mensonge à la base, mensonge au sommet. C’est bien uniquement le système de la phrase *. Il affecte de vouloir rénover la monarchie par le con-