‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 187 sur 369 · C. R. st., 26 juin · texte numérisé non relu

C. R. st., 26 juin

se heurtent les étonne: c'est eux, croient-ils, qui ont apporté à tous les peuples autrichiens la liberté civile et politique, égalité, la suppression de la féodalité. Ils ne réfléchissent pas que précisément ces conquêtes devaient avoir pour conséquence de développer le sentiment national : ils se font illusion sur la part qu'ils y ont eue : ils parlent de l'égalité de traitement et ne voient pas que, tandis qu'ils demandent aux Slaves et aux Hongrois des sacrifices nationaux, eux-mêmes n'en font pas, et prétendent ainsi encore à un nouveau privilège.

L'illusion libérale et l’aveuglement national expliquent l’enthousiasme avec lequel les Allemands commirent l'erreur d’attacher leur fortune à celle de la Patente. Ils se mirent ainsi à la merci de l'absolutisme, qui Les élevait tant qu'il avait besoin d'eux, qui les précipitait dès qu'ils avaient rempli leur oflice. La Patente, c'est l'octroi pur et simple, et ce que l'octroi a donné, l'octroi le reprend facilement. Le Diplôme, si honni, eût offert plus d'avantages aux Allemands eux mêmes. Octroyé, il faisait pourtant des concessions au droit. S'il contenait moins de formules constitutionnelles abstraites que la Patente, il avait le grand mérite de limiter la puissance de la bureaucratie absolutiste. Les sottises de Goluchowski en dégoûtèrent les Allemands. Ils eurent le tort de ne pas distinguer entre l'idée, qui était juste et saine, et l’application mauvaise, mais corrigible. S'ils avaient accepté l'idée — ce qui ne leur coûtait aucun sacrifice d'amour-propre —, une entente avec les Slaves aurait été grandement facilitée par ce rapprochement de principe. Les Slaves cisleithans auraient entrainé ceux de la Transleithanie, et la véritable unité politique de la monarchie se serait réalisée de la seule manière qui fût encore possible, avec le concours ou malgré la résistance des Hongrois ‘. C'est ici la grande erreur, la grande contradiction de Schmerling. Son Parlement central ne pouvait représenter l'Autriche qu'avec le concours des Slaves; mais les Slaves étaient d'emblée rejetés dans l'opposition par sa politique allemande. Perpétuant la division entre les Slaves et les Allemands, son système assurait le triomphe des Magyars. L’Autriche, si elle voulait être constitutionnelle, n'avait le choix qu'entre l'unité autonomiste du Diplôme et le dualisme ; le centralisme, nécessairement, la conduisait à l’absolutisme, dont 1859 avait attesté la banqueroute. En poursuivant la chimère d'un centralisme constitutionnel — qui implique une contradiction dans les termes —, Schmerling et les Allemands ont rendu inévitable le dualisme contre lequel ils se révoltaient.

1. Zwiedinek-Südenhorst, Deutsche Gesch. 1806-71, III, 220-1.

Les actes du 26 février étaient accompagnés d’un reserit à Vay. L'empereur rappelait que, par la Patente, il venait de prendre les mesures nécessaires pour assurer l'application des principes du Diplôme. Dans les pays hongrois, c'est à des lois provinciales quil appartient de fixer le mode d'élection des députés au Reichsrath ; mais ces lois seront une partie de la revision des Constitutions provinciales qu'implique la nouvelle Constitution de l'Empire ; cette revision exigera un temps assez long. Or il a fallu, vu les nécessités de la situation, convoquer le Reichsrath pour le 29 avril, Le chancelier est donc invité à proposer des mesures provisoires qui assurent la représentation de la Hongrie au prochain Reichsrath, sans préjuger le règlement définitif de la question.

Ce rescrit trahit la lutte qui se livrait encore dans les conseils de l'empereur entre les deux courants, allemand et hongrois. Il semble tenir ouverte pour plus tard une porte à l'entente et à la conciliation ; en cela se traduit l'influence des ministres hongrois. Mais presque partout c’est celle des ministres allemands qui l’a emporté. L'invitation tranchante à députer au Reichsrath, l’avertissement mal déguisé de la phrase sur les lois électorales hongroises — elles devront présenter une certaine harmonie avec celles des pays cisleithans — l’énumération de la Hongrie, de la Transylvanie et de la Croatie, qui en droit hongrois ne font qu’un, sont autant d'indices qu’en affectant de se réclamer du Diplôme le gouvernement en a abandonné l'esprit, et qu'une ère nouvelle s'ouvre pour la Hongrie dans la lutte constitutionnelle. Perthaler, dans le journal ofliciel, où il est libre de ses paroles, le déclare sans ambages : les Hongrois peuvent, écrit-il, laisser l’expérience juge de savoir si l'exercice de leurs droits politiques n’est pas aussi bien possible sous ces formes nouvelles que sous les anciennes ". Du coup la différence qui, au regard de la Hongrie, existe entre le Diplôme et la Patente, éclate aux yeux.

Le Diplôme offrait à la Hongrie un terrain de transaction ; la Patente lui notifie un ordre et lui dicte une loi. Le Diplôme s’'inspirait surtout de l'intérêt et des vœux de la Hongrie, la Patente de ceux des provinces allemandes-slaves. Le Diplôme rappelait, par certains aspects, les lois qui avaient inarticulé en Hongrie la

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