‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 192 sur 369 · Emléklapok · texte numérisé non relu

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on s'appuie sur des principes différents. On veut nous donner un morceau de la nouvelle Constitution « confectionnée » pour toute la monarchie ; nous réclamons notre Constitution, € qui nest pas un don, qui se fondait sur des traités bilatéraux, qui était née de la vie même de la nation ; notre Constitution, que nous avons, aussi souvent que c'était nécessaire, adaptée aux besoins du temps, et que nous voulons continuer d'y adapter nous-mêmes ; notre Gonstitution enfin, que des siècles ont consacrée. Le droit et la loi, la sainteté des traités sont pour nous; contre nous, il y a la force matérielle. » Lâ fermeté de la nation doit être égale à sa prudence. Trois questions se posent au moment où, pour la première fois, le Parlement peut solennellement élever la voix : qu'a-t-il à dire? à qui? et sous quelle forme ? — Le projet d'adresse montre ce qu'il a à dire.— Il doit le dire à celui qui l’a convoqué et qui exerce, de fait, le pouvoir royal. On objecte que personne n'avait le pouvoir de le convoquer, qu'il s’est réuni spontanément, sachant qu'il ne serait pas mis d'obstacles à sa réunion; ce sont des arguties ; un Parlement hongrois ne peut se réunir que convoqué par le roi, ou celui qui exerce les droits du roi. La revendication de la nation ne peut s'adresser qu’à celui qui a supprimé et qui tient encore en suspens la Constitution, qui seul a en fait le pouvoir de la rétablir. Le pays est dans une situation anormale et désire y trouver une issue pacifique ; en n’adressant ses plaintes qu'à lui-même. en refusant de parler à celui qui seul peut le ramener à la situation légale, en refusant de tenter même un essai de solution pacifique, les représentants n'agiraient pas dans l'intérêt de la patrie. On objecte que, l’abdication du 2 décembre 1848 étant sans valeur pour la Hongrie, François-Joseph n'est pas roi légitime, et que le Parlement ne peut pas entrer en relation avec lui par une adresse. «S'il était de notre intérêt de rendre par de nouvelles complications notre situation plus diflicile, nous pourrions aisément le faire sur ce terrain pendant un certain temps, car l'abdication est en eflet, du point de vue du droit public hongrois, viciée par des fautes. Mais demandons-nous sans idée préconçue quel succès, quel avantage résultera pour la patrie de ce que, pour cette faute de forme, nous aurons d'avance rendu impossible tout contact avec le pouvoir existant.» L’intention de Ferdinand était certainement d'abdiquer à la fois comme empereur et comme roi de Hongrie. En fait, c’est ce qu'il a fait, et personne ne peut croire qu'il remonte jamais sur le trône. Si nous commençons à ergoter sur l'abdication, nous nous mettrons en conflit avec la Pragmatique Sanction,

avec les États héréditaires, avec toute la diplomatie européenne, qui à reconnu l’abdication et traite avec François-Joseph comme empereur d'Autriche. Cherchons done seulement à corriger, dans leurs conséquences, les fautes de forme commises dans l’abdicaüon. — Mais, dit-on encore, François-Joseph n’est pas couronné et le Parlement ne peut pas s'adresser directement à un roi qui n'est pas couronné. — De nombreux précédents — et il les cite — prouvedt le contraire. — Si c'est au roi que la Diète doit parler, il n'y a qu'une forme possible : une adresse. Une résolution ne vaut que pour le corps qui la prend, ou pour des inférieurs visà-vis d'égaux, elle est sans force, donc sans raison. Elle termine un conflit, annonce les hostilités : il y en a des exemples. « Mais que le Parlement ait commencé ses fonctions par une simple résolution exprimant ce qu'il demande et à quelles conditions il continuera d'agir, et qu'il se soit refusé à communiniquer le contenu de sa résolution précisément au pouvoir dont il attend l'exécution de ces conditions — de cela, pour ma part, je ne connais pas d'exemple. Une adresse n'est pas une prière. Le ton, par respect, en est celui de la prière; (mais chacun sait qu'adresses et rescrits royaux signifient non pas prière et consentement gracieux, mais libre entente de contractants égaux en droits. » La situation est grave: les anciens malentendus, avec la Croatei, avec les nationalités, ne sont pas effacés: si nous nous montrons intraitables vis-à-vis du pouvoir pour lequel, il y a douze ans, ils ont versé leur sang, quelles chances avons-nous d'arriver à l'entente — si nécessaire — avec eux ? — Sans doute, mon adresse ne mettra pas fin à toutes les diflicultés ; les hommes d'État autrichiens nous feront des conditions inacceptables, et il y aura rupture. N’'en soyons pas les provocateurs ; notre position en sera meilleure devant la nation et devant l'Europe. Proportionnons notre politique à nos forces : « en politique. l’audace n'est de mise que là où elle s'appuie sur des forces considérables ; sinon, elle est un jeu de hasard dont l'issue est souvent funeste.... Nous sommes libres de disposer de notre propre sort: si nous risquons trop, c'est nous qui en subissons les conséquences dommageables. Mais le sort d’autres que nous, lorsque leur confiance l'a remis à notre foi, le sort de la patrie, qui nous est plus chère que notre propre vie, il faut les défendre contre tout danger, les garder avec toute la prudence de l'amour. Pour la patrie, nous avons le droit de tout mettre en jeu, mais nous n'avons pas le droit de mettre en jeu la patrie

elle-même. » Je sais quel soulagement ce serait de pouvoir crier notre douleur et nos ressentiments; «mais j'ai la force d’aimer ma patrie plus que je ne hais nos ennemis, et je ravale l’amertume de mon cœur plutôt que de me laisser entraîner à un acte qui pourrait nuire à la patrie. L'opinion publique est une force et je la respecte. Mais, dans des temps troublés, il est difficile souvent de distinguer quelle est la véritable opinion publique; ce n'est pas toujours la plus bruyante, J'ai un fidèle ami, dont la voix a pour moi plus de poids que la voix mème de l'opinion publique; un ami avec lequel je ne négocie jamais, car ses ordres me sont sacrés, et son blâme serait pour moi le plus rude des coups : cet ami, c'est ma conscience. C’est à son ordre que j'ai obéi en vous exposant ma conviction, avec franchise, avec décison, sans réserves. La Chambre fera ce que lui dictera sa sagesse: j'ai fait ce que m'ordonnait mon devoir. »

L'adresse rappelle brièvement les maux soufferts sous le régime absolutiste : le Parlement veut jeter un voile sur cette période. Mais il doit exprimer sa douleur des illégalités qui subsistent encore, et qui, tant qu’elles dureront, rendront impossible la restauration de la Constitution. « La condition fondamentale de notre vie constitutionnelle et de notre existence nationale, c’est l’autonomie et l'indépendance légales de notre pays. » Elle est menacée, parce que la Constitution n'a été restaurée que sous conditions, et à l'exclusion de ses dispositions essentielles : le Diplôme rend la Hongrie, pour la législation et l'administration, dépendante de l'Autriche. « La Hongrie ne serait plus que de nom la Hongrie ; de fait elle serait une province autrichienne ». Ainsi est violée la Pragmatique Sanction, & ce traité fondamental que la Hongrie a conclu en 1723 avec la dynastie régnante ». sous des conditions toujours respectées depuis. « L'empereur Joseph IL, seul des suecesseurs de Charles TIT ', ne se fit pas couronner, et exerça un pouvoir absolu ; mais la Hongrie ne l'a jamais reconnu comme roi légitime, et non seulement ses mesures législatives et administraüves, qu'il rapporta lui-même aux derniers jours de sa vie, mais encore les donations qu'il avait faites et les privilèges qu'il avait conférés à des particuliers furent déclarés nuls par la loi, comme le prouve l’article 1790: XXXIL. » Tous les autres souverains depuis Marie-Thérèse ont, parleurs Diplômes, reconnu les droits du pays et juré de les observer. La Pragmatique Sanction est bilatérale :

1. L'empereur Charles VI est comme roi de Hongrie, Charles LI. — L'avertissement que cache ce rappel d’un fait historique est très clair,

La

on ne peut prétendre en recueillir les bénéfices. si l’on en décline les charges. Elle à établi entre la Hongrie et les États héréditaires une union personnelle. L'union réelle n’a jamais existé, et la Hongrie ne l’a jamais voulue : elle ne peut pas se déduire de la Pragmatique Sanction; elle est inconciliable avec la condition politique des Etats héréditaires, qui, faisant partie de la Confédération germanique, reconnaissent un pouvoir fédéral entièrement étranger à la Hongrie. « L'Allemagne peut faire la guerre dans son intérêt propre, ses frontières peuvent être attaquées, et l'Autriche peut être dans l'obligation de participer à la guerre et à la défense des frontières menacées. Mais leur guerre n’est pas notre guerre, leurs intérêts ne sont pas nos intérêts; dans nos luttes, nous ne les trouvons pas à nos côtés ; ils ne défendront pas nos frontières si elles sont attaquées, car nous ne sommes pas membres de la Confédération ‘. Peut-il entre pays de condition si différente y avoir un lien plus étroit que l'union personnelle ? » Qui nous garantit que la majorité autrichienne du Reïchsrath ne nous sacrifierait pas à la politique de la Confédération germanique ? La Hongrie n'a d'hostilité ni envers la monarchie ni envers les États héréditaires : elle est toute prête à toutes les concessions que permet le souci de son indépendance et de sa Constitution, même au-delà de ses obligations légales : par équité et par politique, elle veut bien aider les États héréditaires à ne pas succomber, l’entraînant elle-même avec eux, sous les charges que l’absolutisme a follement accumulées. « Mais nous ne voulons avoir avec eux que les rapports d'uñ pays libre et indépendant avec des pays libres et indépendants ; c’est ainsi seulement que nous pourrons mettre en harmonie nos intérêts et les leurs ; nous repoussons avec énergie toute subordination et toute incorporation législative et administrative, car l’accepter serait sacrifier notre indépendance, et c'est à quoi nous ne pouvons pas consentir. Aussi estimons-nous nécessaire de déclarer solennellement que nous ne pouvons immoler à aucune considération et à gueun intérêt l'autonomie constitutionnelle et l'indépendance légale de notre pays, garanties par un pacte constitutionnel fondamental, par des lois, des diplômes inauguraux et des serments de couronnement, el que nous y tenons fermement, comme à la condition

4. Les mots « leur guerre n’est pas notre guerre» ont servi de thème de prédilection aux centralistes qui accusaient Deak de vouloir détruire la monarchie. Ils expriment pourtant une vérité certaine, car ils s'appliquent non à l’Autriche, mais à l'Allemagne.

essentielle de notre existence nationale. C’est pourquoi nous ne pouvons pas consentir à ce que les questions d'impôt ou de recrutement soient de n'importe quelle manière, enlevées au Parlement hongrois. Nous ne voulons exercer le pouvoir législatif sur aucun autre pays ; mais nous ne voulons pas non plus, pour la Hongrie, le partager avec un autre que le roi de Hongrie, nous ne pouvons subordonner le gouvernement et l'administration de la Hongrie à personne d'autre que le roi de Hongrie, ni les réunir au gouvernement d'autres pays. Nous ne voulons donc participer ni au Reichsrath ni à n'importe quelle représentation du peuple de la monarchie : nous ne pouvons leur reconnaître aucun droit de prendre des décisions pour la Hongrie ; nous sommes prêts seulement à entrer en relations avec les peuples constitutionnels des États héréditaires, comme une nation libre et indépendante, d'occasion en occasion, et en maintenant entièrement notre indépendance. «La Diète réclame la convocation des députés croates et transylvains, que les lois ordonnent, et qu’exige l'intérêt de l'entente avec les nationalités. Tant qu’elle ne sera pas ainsi légalement complétée, elle ne pourra pas s'occuper des lois et négociations qui doivent précéder le couronnement. Elle réclame la restauration de toutes les lois de 1848. Reconnaissant comme irrévocable l'abdication de Ferdinand V, elle demande seulement un acte spécial à la Hongrie qui confirme que l'abdication de 1848 s'appliquait aussi à elle, Il faut une amnistie pour les victimes de condamnations illégales : ce sera la seule garantie que le souverain veut sincèrement revenir au constitutionnalisme. «Si le prince qui jadis a tenu le système absolutiste pour le meilleur moyen de rendre ses peuples heureux s'est, par l'expérience de douze ans, convaincu que par ce moyen il n'arriverait pas au but, et est rentré, sous l'influence de cette conviction, dans la voie constitutionnelle ; si le prince est résolu à avancer sans hésiter dans cette voie ; s’il veut que la foi et la confiance arrachées de nos âmes y poussent de nouvelles racines, il approuvera entièrement nos demandes. — C'est par le couronnement seul que le roi de Hongrie devient le roi légal. Or, le couronnement est lié à des conditions prescrites par la loi, et dont l'accomplissement est absolument nécessaire. Le maintien sans aucune atteinte de notre autonomie constitutionnelle, l'intégrité territorale et politique du pays, la convocation d’un Parlement complet, l'entière restauration de nos lois fondamentales, le rétablissement de notre gouvernement parlementaire et de notre ministère responsable, la disparition de

toutes les conséquences encore existantes du système absolutiste, sont les conditions préliminaires sans la réalisation desquelles la discussion et l'entente sont impossibles !. »

Entre la forme et le fond du discours comme de l'adresse, le constraste est frappant. L'une est, malgré toute sa fermeté, très modérée ; l’autre est d'une inflexible raideur. Deäk, qui, pour la première fois après dix ans d’oppression, élève la voix pour revendiquer publiquement les droits dont sa patrie est injustement et illégalement privée, doit au pays. il se doit à lui-même de dire à l’oppresseur toute la vérité, sans ambages et sans réticences. Ne le ferait-il pas par raison de sentiment qu'il Le ferait par tactique. La politique contre laquelle il proteste, et que le pays, après Solférino et le Diplôme, croyait condamnée, elle vient de célébrer un nouveau triomphe : la Patente ne présage rien d'autre à la Hougrie que la reprise d'une ère de centralisme et de germanisation. Est-ce à ce moment, dans cette situation, que Deäk peut paraitre transiger, paraître même vouloir entrer en discussion sur les droits du pays”? Il y risquerait toute son influence sur la nation, il sexposerait à la voir tout entière passer au camp des révolutionnaires ?. À un soufllet répond-on en tendant la main ? La Patente est un soufilet à la Hongrie. Une seule réponse y est possible : celle que fait Deäk, l’aflirmation sèche, âpre, presque provocante de l'union personnelle. Elle peut être une erreur historique, mais elle n’est pas une faute politique.— Et pourtant, le discours et l'adresse de Deäk formulent clairement des propositions d'entente. La Hongrie se refuse à se laisser absorber dans une monarchie autrichienne unitaire, mais elle est prête, sous la condition du respect de ses droits essentiels, à un accord qui, dans l'ensemble, donnerait à la monarchie, pour les affaires communes, une organisation bien peu différente de celle du Diplôme. « D'occasion en occasion, nous arriverons au Reichsrath », disait un des chefs de l'opposition ; et c'était peut-être vrai s’il s'agissait non pas du Reiïchsrath de la Patente, qu'elle ne pouvait pas accepter sans suicide, mais d’un Reichsrath semblable à celui du Diplôme*. Deäk

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