C'est le président de la Diète, nommé par l’empereur
3. Srb, Pol, dëj., 13-4. Les Allemands n'avaient pas voulu, comme le déclarèrent leurs journaux, troubler l'élan de l’assemblée par des réserves ou une protestation en faveur de l'unité de la monarchie. La personne du promoleur de la manifestation, le cardinal de Schwarzenberg, leur semblait une garantie qu’elle exprimait seulement le respect du droit historique de la Bohème, et non une tendance fédéraliste.
k. L'organe exécutif de la Diète, comprenant 8 membres, 2 élus par chaque curie, 2 par l’assemblée entière.
L'ÉCHEG DU CENTRALISME (1861-1865) 337
avec si peu de ménagements de leur majorité arbitraire. Cependant, aussi longtemps qu'il ne s’agit que des affaires provinciales, une sorte d'entente superficielle resta possible. Les vraies difficultés commencèrent et la division profonde des nationalités apparut lorsque vint en discussion la question de l'élection au Reichsrath-:
La majorité des députés tchèques voulait s'abstenir, et Palackÿ l’'appuyait de son autorité. Elle invoquait des raisons d'ordre moral et des raisons d'ordre pratique. La dignité nationale interdisait à des Bohêmes d'envoyer des représentants à ce Parlement qui dépouillait injustement leur Diète d’une grande partie des attributions auxquelles le Diplôme lui donnait droit. La prudence commandait de ne pas aller au Reichsrath avant de connaître l’atütude des Hongrois et des Croates : sans les Transleithans, il n’y avait pas de majorité possible contre la germanisation; se précipiter au Reichsrath sans être sûrs qu'ils y viendraient, c'était, pour les Tchèques, s’humilier d'abord, et s’exclure ensuite volontairement du bénéfice des concessions dont peut-être le ministère achèterait la présence des Hongrois et des Croates. La minorité estimait que la nation tchèque devait profiter de toute occasion pour faire entendre ses plaintes et ses revendications à l'Autriche et à l'Europe : où trouver une tribune de plus de portée et de résonnance qu'au Reichsrath ? JI fallait y aller, mais en débutant par une protestation. Rieger hésitait, entraîné vers la majorité par le sentiment, vers la minorité par la réflexion ; il lui semblait qu'il fallait au moins risquer un essai au Reichsrath. Comme la minorité déclarait qu'elle voterait en tout cas, il se rangea de son côté : il voulait, au début de la vie parlementaire, éviter à tout prix une scission, qui eût compromis et affaibli la position de la nation. PalackŸ fut, sinon convaincu, du moins décidé par l’archevèque qui, comme tous les grands propriétaires, était pour le vote. Ainsi la minorité l'emporta, et les Tchèques n’inaugurèrent pas aussitôt, comme le firent les Hongrois, la résistance passive contre le Reichsrath. Ce fut la première conséquence de leur réconciliation avec la noblesse historique *.
Jusqu'au Diplôme, l’ancienne hostilité avait subsisté entre les féodaux et les Tchèques : le mémoiré de Rieger attaquait la noblesse, et l'influence de Clam écartait Rieger du service public.
4. Quoique le nom de noblesse historique n’ait commencé d’être usuel qu’en 1867, je l’emploie ici pour désigner déjà la partie de la noblesse de Bohème qui tendait à faire cause commune avec les Tchèques, par opposition à la noblesse constitutionnelle qui pactisait plus avec le gouvernement.
La situation changea après le 20 octobre. Clam se préoccupa désormais avant tout d'assurer les droits et l'influence de la Diète de la Bohême; la rédaction du Diplôme était vague, et il importait que l'interprétation en fût favorable aux intérêts des provinces ; les Tchèques étaient ainsi pour lui des alliés naturels. Il s’inquiétait aussi beaucoup de la propagande calviniste qui se poursuivait alors dans le peuple de Bohème ; en se rapprochant de la nation, la noblesse catholique pourrait, espérait-il, y mettre obstacle. Rieger et PalackŸ, de leur côté, avaient été alarmés par la nomination de Schmerling, où ils voyaient l'indice du retour en faveur des idées centralistes ; ils acceptèrent avec empressement une alliance dont le mémoire de Rieger lui-même avait montré combien ils sentaient la nécessité. Leo Thun prit linitiauve du rapprochement ; Tomek, un ancien secrétaire de Palack\, très conservateur d'idées et par suite bien vu de la noblesse, et d'autre part lié personnellement avec PalackŸ et Rieger, lui servit d'intermédiaire pour procurer à Clam l’occasion qu'il désirait d'entrer en relations avec les chefs tchèques. Clam avait gardé de 1848 des préjugés contre Rieger; ce fut Tomek qui les dissipa. En quelques conférences, le féodal et le démocrate se mirent d'accord en principe ; ils se réservèrent leur liberté sur des points de détail. Il fut convenu que les Tchèques adopteraient le programme du droit d'Etat, qui était celui de l'aristocratie, déclareraient et prouveraient à l'occasion qu’ils tenaient la nouvelle Diète de Bohème pour l'héritière naturelle et légitime de la Diète d'avant 1848. La noblesse, par contre, promit son concours à leurs revendications, à leurs efforts nationaux. L’entente conclue fut symboliquement consacrée par l'élection de Clam à la présidence de la Matice, la société littéraire nationale tchèque .
Ce rapprochement a une importance considérable dans l'histoire politique de la Bohême et de toute la Cisleithanie. Il a orienté la politique tchèque dans le sens où elle s’est développée depuis; il a modifié les programmes et l'attitude des deux nouveaux alliés: les députés nationaux ont adopté en partie au moins les idées conservatrices de la noblesse ; surtout, ils sont devenus des défenseurs intraitables du droit d'État, du droit historique, alors qu’en 1861 encore leur politique était surtout nationale, qu'ils se réclamaient plus du Diplôme que de l’ancienne Constitution bohême *: l'aristocratie, en revanche, a pris un intérêt croissant aux efforts
1. Tomek dans le Pamatnik Palackého, 84, 89-91. 2. Rieger, Ust. dèj. Rak., 47-8.
de la nation et en particulier aux progrès de la langue tchèque. Mais ces conséquences ne commencèrent d’apparaître que quelques années plus tard, lorsque la noblesse de Bohême se divisa en deux camps bien tranchés. En 1867, elle était encore unie; elle formait un groupe où l'on distinguait des nuances seulement, et point de partis. Clam donnait son mot d'ordre à la fraction de l'aristocratie la plus conservatrice et en même temps la plus provincialiste, la plus hostile à l'unification et à la centralisation bureaucratique. Autour du grand maréchal, le comte Nostic-Rieneck, s'était formée une fraction neutre qui, de 1861 à 1864, évolua lentement jusqu'à se fondre avec les conservateurs. La majorité était gouvernementale, sous l'influence du prince Carlos Auersperg. Comment ce très grand seigneur, plus orgueilleux et plus raide que n'importe lequel des conservateurs et des féodaux, l’un des coryphées de la fronde bohême avant 1848, devint le plus ferme appui du ministère Schmerling et de la politique libérale et centraliste, il n'est pas facile de s’en rendre compte au juste. Avait-il été touché de la grâce? Croyait-il, comme certains de ses pairs, qu'après tout l'aristocratie doit être de son temps, suivre le progrès des idées, accepter les formes constitutionnelles et les lois libérales ? Ou bien, au contraire, obéissait-il à des considérations d’un tout autre ordre? Entre les familles princières des Auersperg et des Schwarzenberg, il y avait une ancienne et profonde inimitié. Clam, allié aux Schwarzenberg, admiré pour ses talents, appelé au Reichsrath renforcé lorsqu'Auersperg n'y figurait pas, aurait-il excité sa jalousie ? La chose est plus que probable. Schmerling, ravi d'un si précieux concours, fit Auersperg président de la Chambre des Seigneurs et le sacra premier gentilhomme de l'empire. L'influence d’Auersperg assura au ministre un parti puissant dans la grande propriété de Bohême et, même à la cour, lui rendit plus d’un service. Ce fut grâce à lui, en très grande partie, que le système put fonctionner ; et ce n’est pas le moins piquant de l'histoire de l'Autriche moderne que de voir, dans des moments décisifs, le sort de la monarchie dépendre des inimitiés de deux familles puissantes, ou des affaires de cœur de leurs chefs‘.
4. Eim, Pol. üvahy, 267, écrit directement : « Cherchez la femme.» Il n’est pas favorable à Auersperg, et donne de son choix les raisons les moins flatteuses ; il semble d’ailleurs qu’elles aient du vrai. L’orgueil d’Auersperg était légendaire : c’est à cause de lui qu’on l’appelait « Carlos », « plus fier qu’un grand d’Espagne », et cela l'irritait (Dreissig Juhre, 1, 216-7). L’inimitié des deux familles princières
En prenant séance à la Diète, les conservateurs de la grande propriété avaient réservée par une déclaration, la continuité du droit public du royaume de Bohême. En suivant ainsi l'exemple donné par les Hongrois au Reichsrath renforcé, ils comptaient fortifier leur position contre le centralisme ; car l’ancienne Constitution, à laquelle ils prétendaient rattacher le nouveau statut provincial, assurait plus solidement que lui l'autonomie du royaume. Pourtant, lorsque se posa la question décisive de l'élection au Reichsrath, aucun d’eux ne songea à l'abstention et à la passivité. Clam et Thun firent ressortir que l'intérêt de la monarchie exigeait une prompte réunion du Reichsrath ; ils reconnurent que la loi électorale lésait les Tchèques, mais s'opposèrent à leurs motions d’ajournement. Les Tchèques cédèrent à la nécessité et au vœu de leurs alliés, et, après une nouvelle protestation en faveur du Diplôme et contre la Patente, procédèrent au vote. Ils comptaient encore un peu sur la présence des Hongrois au Reichsrath et par suite sur une revision constitutionnelle; ils furent entraînés aussi par l'exemple de la Diète de Galicie, qui votait. Ils avaient réclamé 21 mandats sur 56 ; les Allemands leur en offraient 15 seulement ; grâce au concours de la noblesse, ils en obtinrent finalement 20. À la Chambre des Seigneurs, PalackŸ, nommé membre à vie, était, à côté des chefs des grandes familles historiques. le seul représentant de la nation tchèque .
Pendant les deux années que les députés tchèques siégèrent au Reichsrath, leur patience y fut mise à une rude épreuve. Ils retrouvaient à Vienne les mêmes adversaires qu'à Prague ou à Brünn, leurs collègues allemands, mais plus oppresseurs encore et plus insolents, comme il convenait à leur dignité de parlementaires d'Empire, et tout aussi décidés, sinon plus, à tirer de leur artiticielle prépondérance tous ses avantages. Herbst et Giskra donnaient le ton à la majorité, Herbst, Allemand de Bohème, plus mordant dans ses discours, Giskra, Slave germanisé de Moravie, violent, agressif, incapable de ménager ses adversaires. Les Allemands avaient sans cesse à la boucheles mots d'entente et de concilation, mais la formule en était : soumettez-vous d'abord, nous nous entendrons ensuite. Ils supportaient impatiemment les plaintes des nationalités. Lorsqu'un député du Littoral voulut plaider la
est altestée entre autres par ce fait que le cardinal Schwarzenberg ne voulut jamais présider la messe d’inauguration des travaux de la Diète tant qu’un Auersperg fut grand maréchal. V. aussi Denis, 0. c., II, 4504.