‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 204 sur 369 · C. R. slén., 27 juin · texte numérisé non relu

C. R. slén., 27 juin

3. Note du gouvernement de la Bohème. Fischel, Das üst. Sprachenrecht, LXIV.

celui du télégraphe sous Schmerling. Le télégraphe autrichien ne recoit de dépêches qu'en allemand, ou, dans certains cas ou certains rayons, en italien. Les nécessités du service, l'impossibilité d'exiger des employés la connaissance de toutes les langues autrichiennes empêchent d'admettre la correspondance télégraphique en langues slaves où magyare. Priver la très grande majorité de la population de l'emploi du télégraphe. pour des raisons de commodité administrative, c'est le dernier mot du régime constitutionnel. Mais les nationalités qui en éprouvaient ainsi les bienfaits ne pouvaient s'empêcher de juger la liberté autrichienne autrement que les Allemands privilégiés ; et de ces malentendus résultaient de nouveaux conflits et une constante amertume ‘.

Les Tchèques, tout en formant au Reichsrath une fraction spéciale, faisaient partie cependant d'un groupement plus large, qui comprenait tous les éléments opposés au centralisme, toute la droite. Rieger avait rédigé pour elle un programme général, que les Tchèques eux-mêmes qualifièrent d’autonomiste ?. Il revendiquait l'égalité des droits des divers pays et des diverses nationalités, se déclarait pour l'autonomie à tous les degrés, de la commune jusqu'à l'Empire, dénonçait les dangers de la centralisation administrative et du dualisme, affirmait la nécessité du respect des droits historiques comme des droits nationaux, et proclamait que l'Autriche ne peut être ni allemande, ni slave, ni hongroise, mais doit être autrichienne. Les Allemands catholiques, venus surtout du Tirol, et auxquels la centralisation répugne par

1. TouzimskŸ, Dilo Schmerlingovo, dans Osvéta 1893, IT, 704. Srb, Pol. dèéj., 77-8. — Le résultat le plus bizarre du principe adopté par le gouvernement, c’est que des télégrammes en tchèque, qui parvenaient de l’étranger jusqu’aux frontières de Bohème, étaient impitoyablement retournés par la station même où on aurait dû commencer à les comprendre. D'ailleurs, le principe servait de prétexte très-souvent à des vexations qui auraient pu être évitées ; on ne peut guère en douter, après la lecture du télégramme que cite Srb : « Loblicher Gesangverein Hlahol, Prag. Pen slavischen allen zpévâckÿm spolkum sin srdeëné nazdar und släva. Närodovei v Ledüi. (Société de chant Hlahol, Prague. A toutes les sociétés de chant slaves, un cordial bonne chance et bravo. Les nationaux de Ledec.) Les mots tchèques contiennent presque toutes les difficultés de l'écriture tchèque, signes ou accents.

2. Srb, Pol. dëj., I. 22. Il est curieux de voir qu’à ce moment les Tchèques se refusent à accepter le nom de fédéralistes. Le programme, dit une lettre écrite par un député même aux Wérodni Listy, ne demande pas une fédération, mais il demande plus qu’une simple décentralisation administrative. Sa caractéristique est de demander la décentralisation sur la base de l’autonomie des divers pays, d’où le nom d’autonomiste. — Cette terminologie imprécise et fuyante fait une

des grandes difficultés de cette histoire.

son air bureaucratique et libéral, les Slaves du Sud, les Polonais. les grands propriétaires conservateurs de Bohême et de Moravie, les Tchèques des deux provinces souscrivaient également à ce programme. Mais, tous réunis, ils ne formaient même pas le tiers des députés présents, et, s'ils étaient d'accord sur les grandes lignes de leur conduite, ils différaient souvent dans le détail ou les questions de tactique; plus d'une fois, les Tehèques, qui formaient le centre du groupe, durent sacrifier leur opinion au désir de ne pas s’isoler des conservateurs féodaux et surtout des Polonais !.

Leur politique était dictée par leur situation. Adversaires de la Patente, ils devaient profiter de toutes les occasions pour en faire paraître les faiblesses, les inconséquences, les impossibilités, et faire ressortir au contraire les avantages du Diplôme..Les questions de compétence leur offrirent un terrain de lutte favorable : le Reichsrath, d'où sont absents tous les membres transleithans, peut-il cependant être le Reichsrath large, ou ne doit-il pas être considéré comme l’étroit ? S'il est l’étroit, peut-il prendre parti dans les affaires de la Hongrie ? peut-il voter un budget pour tout l'Empire, dont il ne représente que la moitié”? Les Tchèques ne manquent jamais l’occasion de soulever ces questions. Ils ne manquent pas davantage celle de protester contre la tendance germanisatrice du gouvernement. Mais, très vite, ils se convainquent que leurs efforts ne serviront de rien. Dès les premiers mois de la session ils sont hantés de l'idée de quitter ce Parlement tronqué, d'entrer dans la passivité comme les Hongrois. Un exode des Slaves, motivé et accompli avec éclat, pourrait faire effet sur la dynastie. Mais ce serait se condamner au silence : la presse n'est pas libre, ce n'est qu'à la tribune que la nation peut faire entendre sa voix; doit-on y renoncer à la légère, sans avoir épuisé toutes ses réserves de patience ? Les Moraves, plus menacés que les Bohèmes par la suprématie allemande *, prêchaient la prudence : puis il aurait

1. Ainsi en particulier dans la question hongroise : les Polonais, Clam, les Tchèques y prenaient des positions toutes diverses. Srb, Pol. dèj., I, 34.

2. La grande différence entre les deux pays est dans la répartition géographique des nationalités. En Bohème, il y à un territoire tchèque compact, où des villes servent de centre de ralliement national aux campagnes: ces villes, surtout les petites, «ont joué un rôle prépondérant dans l’histoire de la Bohème contemporaine (Denis, 0. c., II, 442). En Moravie, la dispersion nationale est plus grande: les villes allemandes sont semées dans le territoire tchèque, et l’étaient encore plus il y a quarante ans. Quand on se représente l'importance des positions urbaines dans la lutte des nationalités, on voit la faiblesse relative de la situation des Tchèques de Moravie, De plus, ils étaient plus liés que les Bohèmes avec leur noblesse, ennemie des démarches à air révolutionnaire.

fallu entrainer les Polonais, et ceux-ci hésitaient beaucoup. Ils n'avaient aucune sympathie pour Schmerling ; mais ils craignaient, s'ils poussaient les choses à l'extrême, de le voir accentuer encore davantage sa politique favorable aux Ruthènes, leurs adversaires, le seul des peuples slaves dont les députés fissent partie de la majorité ‘. Les Tchèques eux-mêmes ne voulaient pas risquer une démarche aussi grave avant d'être absolument sûrs que, des pays hongrois, l'opposition ne pouvait compter sur aucun secours. Aussi longtemps qu'ils siégèrent au Reichsrath, ils ne cessèrent pas de chercher, par relations personnelles, à agir sur les chefs des Croates pour les attirer à Vienne, reprendre avec leur aide le programme fédéraliste et unitaire de 1848 et du Diplôme. Le gouvernement employait toutes ses forces à écarter ce danger ; et d'ailleurs, les efforts des Tchèques étaient déjà déjoués par le rapprochement des Croates et des Magyars *. La noblesse, qui craignait les démarches d'apparence révolutionnaire, ne voulait pas d’exode ; les Tchèques se demandaient si elle resterait fidèle à la cause nationale, si la nation serait aussi énergique dans sa résistance que la Hongrie. Ils hésitaient encore à quilter l'assemblée avec éclat, mais ils la fuyaient le plus possible ; ils prenaient des congés sans cesse prolongés. Lorsque la majorité, par pure méchanceté, en refusa un à Clam, il donna sa démission: le plus fort obstacle à l'exode était ainsi tombé: quelques mois après, à l'ouverture de la seconde session, les députés tchèques de Bohème firent savoir au président qu'ils ne reparaîtraient plus au Reichsrath.

Leur déclaration. qui fut lue à la Chambre le 17 juin 1863. oppose au Diplôme, respectueux du droit historique et de la justice, et joyeusement accepté par la Bohême, la Patente, arbitraire et accompagnée d’une loi électorale injuste. Elle proteste contre tous les empiètements qu'un Reichsrath qui ne peut, par sa composition même, être que l’étroit, a commis sur la compétence du Reichsrath plénier. Les Tchèques ne peuvent pas consentir à prèter plus longtemps une assistance, même passive, à de pareilles usurpations. qui mettraient en question et en danger toute la Constitution donnée par l’empereur ; ils ne peuvent pas plus longtemps consentir à voir les droits millénaires de la Diète de Bohème, qu'elle a, à la suite du Diplôme, cédés à la représentation de l'Empire tout entier, confisqués « par un groupe de pays, qui, en droit public, ne forme pas un tout, et par le Reichsrath

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