Le mémoire dans Kônyi, Dedk, III
3. Kônyi, Dedk, V, 11-48, Kossuth, Meine Schriften aus der Emigration, I, 164, 18-20, 440-8; TIT, 705-11. J6kai dans son journal, organe des résolutionnistes,
L'ÊCHEC DU CENTRALISME (1861-1865) 355
Les nationalités non magyares n'offraient pas d’appui à la politique ministérielle. Les années de Bach les avaient guéries de leur ancien enthousiasme autrichien. Les Slovaques de la Haute- Hongrie, impériaux et antimagyars acharnés en 1848-49, ne veulent même plus,eni$61,adresserleurs demandesnationales à Vienne. C'est dans le Parlement hongrois seul qu’ils ont confiance. Il ne satisfit pas tous les désirs, et Schmerling, alors, exploita leur mécontentement : une députation slovaque parut devant l’empereur, pour lui demander la constitution en Hongrie de territoires nationaux pour toutes les nationalités non hongroises ; les Ruthènes s'associaient à cette demande. Mais Schmerling ne pouvait pas satisfaire les aspirations qu'il déchaînait ainsi. La contradiction eût été trop forte de fédéraliser la Hongrie au moment où on centralisait l'Autriche et la monarchie ; et l'empereur, s’il voulait la justice envers toutes les nationalités, était décidé à ne pas laisser reprendre sur ce point la politique de Bach. Aussi les Slovaques n'obtinrent-ils que quelques nominations de fonctionnaires. Chezles Serbes, legouvernement échoua encore plus tôt et plus complètement. Ils avaient été vivement blessés et irrités par la réincorporation de la Voivodie à la Hongrie en décembre 1860. Comme les Croates, ils ne comprenaient pas pourquoi la dynastie, pour laquelle ils s'étaient battus en 1848-49, les sacrifiait aux Magyars rebelles. « Les Serbes ont réglé leurs comptes avec Vienne », écrivit leur organe national; et désormais ils ne cherchèrent plus à assurer l'avenir que par une entente avec les Magyars. Le congrès national de Carlowitz, en avril 1867, retentit de paroles de défiance contre « la réaction de Vienne », contre Schmerling, en qui on voyait le continuateur de Bach; il se prononça énergiquement pour l'union de la Voïvodie à la Hongrie et de la Syrmie à la Croatie, pour l'intégrité de la couronne de Hongrie. IL était dominé par la génération qui avait été élevée sous Bach; et celle-ci, instruite par l’expérience, n'avait plus aucune foi dans les promesses de Vienne, n’attendait le salut que de l'accord avec la Hongrie constitutionnelle. Entre les chefs serbes et les chefs deäkistes, il existait dès lors une entente, qui fut proclamée officiellement plus tard et qui se fondait surtout sur la confiance qu'inspirait la personne même de Deäk ". Ce ne fut pas le moindre
avait déclaré ce plan apocryphe. La police le força à le reconnaître authentique ; il s’en tira alors en le déclarant inacceptable. On voit quel intérèt le gouverne-
ment attachait à cette publication. ; 4. Touzimskÿ, Snèémy karlovické, Osvéta, 1890, IT, 683-5. bilo Schmerlingovo,
Osvèta, 1893, IL, 569.
des avantages de la Hongrie au moment de l'élaboration du Compromis.
Pendant que ses adversaires concentraient ainsi leurs forces, le gouvernement était désuni. Schmerling et les ministres allemands ne connaissaient plus qu’un mot d'ordre : forter la résistance de la Hongrie ; mais la chancellerie hongroise, sous Forgäch, poursuivait une politique toute différente. Forgäch, si fort que fût en lui le sentiment dynastique et autrichien, était cependant un Hongrois. Il était à l'extrême droite de la nation, mais il était sur le terrain national, partisan résolu des droits historiques. Il avait refusé de servir Bach en Hongrie, et ses protestations mêmes l’avaient fait transférer dans les provinces allemandes. Il se considérait comme chargé à la chancellerie de préparer une solution constitutionnelle de la question hongroise. Il s’appliquait à provoquer des manifestations qui rendissent confiance à l'empereur dans le pays, et au pays dans l’empereur. Il obtint en 1862, du souverain lui-même, sans que le conseil des ministres fût consulté, une amnistie pour la Hongrie ; il fit accorder par lui des subventions à des institutions nationales hongroises ; il l’amena à prononcer dans une audience ces paroles, qui eurent un grand retentissement dans le pays : « Mon désir est de donner à la Hongrie satisfaction, non seulement dans les questions matérielles, mais de toute autre façon ‘ .» Forgäch espérait que ces paroles donneraient l'élan en Hongrie à un mouvement de réconciliation, -mais la rancune du provisoire et de l’état de siège l’'emporta. Il inspira peut-être et, en tout cas, présenta à l’empereur le mémoire qu'un certain nombre de magnats composèrent en août 1862 ; ils demandaient au gouvernement de faire au moins l'essai d'une entente loyale avec la Hongrie, en proposant une revision des lois de 1848 dans le sens de l’unité de la monarchie, et dénonçaient le cercle vicieux de Schmerling : «il n'y aura pas de Parlement hongrois sans garantie d'élection pour le Reichsrath, et il ne peut pas y avoir d'élection pour le Reichsrath sans Parlement hongrois * .» Il convoqua, quelques mois plus tard, une conférence d'hommes d'État hongrois, où Apponyi apporta un programme dont le Vaplé, organe des deäkistes, approuvait au moins la tendance, et qui ne fut pas accepté *, Il remit sur le tapis, à la fin de 1863, la question d’une