‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 212 sur 369 · Konyi, Dedk, IN, 338 (journal de Lôonyay · texte numérisé non relu

Konyi, Dedk, IN, 338 (journal de Lôonyay

questions eût même été esquissée. La politique de Schmerling se heurta en Croatie aux mêmes obstacles qu'en Hongrie, et elle fut impuissante jusqu'en 1865 à réunir une nouvelle Diète !.

Elle eut plus de succès en Transylvanie, où elle rencontrait des conditions politiques et nationales plus favorables. Les hommes d'octobre avaient eu pour programme de rétablir l'union historique du grand-duché avec la Hongrie. Mais Schmerling, à peine au pouvoir, s'opposa à leurs projets, et remporta sur eux ses premières victoires. En novembre 1861, le comte Nädasdy, l’ancien ministre de la justice sous Bach, haï de tous ses compatriotes hongrois, fut nommé chancelier aulique de Transylvanie ; un gouverneur militaire fut placé à la tête de l'administration du pays, et le siège des autorités transféré de la ville magyare de Kolozsvär dans la ville allemande de Hermannstadt. Le centralisme avait contre lui les Magyars et les Sicules ; mais il était sûr de l'appui des Saxons, et les Roumains, en haine des Magyars, et sous l'influence de leur évêque Siaguna, se mirent à sa disposition. L'université nationale saxonne *, en 1862 et en 1863, se prononça pour la Constitution octroyée par l’empereur et pour l'extension des lois autrichiennes à la Transylvanie. Siaguna réunit à Hermannstadt un congrès roumain qui prit la même attitude. Le gouvernement, alors, convoqua une Diète et octroya au pays une nouvelle loi électorale. Dictée par les Saxons, elle transportait jusqu'en Transylvanie les combinaisons de la représentation des intérêts et de la géométrie électorale ; mais elle était plus juste encore que l'ancienne loi, par laquelle les Roumains, la majorité de la population, étaient privés de toute représentation. Les députés magyars et sicules, sous la conduite du chancelier et du gouverneur d'octobre et de l’évêque catholique Haynald, refusèrent de paraître à la Diète ; celle-ci n’en vota pas moins la nullité de la loi d'union de 1848, et l'inarticulation des Constitutions d'octobre et de février parmi les lois du grand-duché; puis elle élut les vingt-six députés qui devaient représenter le pays au Reichsrath. Ésterhäzy et Forgäch empêchèrent par l'offre de leur démission la sanction de la nullité

1. Hoïica, dans Osvèla, 1892, II, 768 sqq. Loiseau, La Hongrie et l'opposition croate, Revue des deux Mondes, 1° sept. 1895.

2. Dans l'ancienne organisation de la Transylvanie, fondée sur le privilège politique des trois nations magyare, sicule et saxonne, il y avait, en dehors de la Diète, où se réunissaient leurs représentants, une assemblée spéciale de la nation saxonne, l’Université de la nation. Le comte des Saxons, chef de la nation, nommé sur la proposition de l’Université, était en même temps, de droit, conseiller du gouvernement provincial.

de l'union ; une crise ministérielle, à ce moment, eût nui à la situation extérieure de la monarchie, on laissa donc purement et simplement la question en suspens !. Mais les députés de la Transylvanie parurent à Vienne, et, grâce à eux, Schmerling put enfin, après deux ans et demi d'attente, proclamer constitué, sans une invraisemblance trop criante, le Reichsrath plénier ; car désormais l’assemblée comptait des Transleithans. Haynald fut puni de son opposition par la perte de son titre de conseiller intime et dut résigner son évêché ? ; Siaguna, par contre, fut récompensé de son dévouement d'abord par un siège à la Chambre des seigneurs ; puis, au commencement de 1865, Schmerling créa pour lui la dignité de métropolite de l'Église orthodoxe roumaine, qui avait toujours été l’objet de son ambition. Les Roumains se trouvèrent désormais soustraits à la juridiction du patriarche serbe de Carlowitz, dont ils avaient relevé jusque là : ce fut la punition des Serbes pour avoir résisté à la Patente. Le prestige de sa nouvelle dignité rehaussa et accrut encore l'autorité religieuse et morale que Siaguna exerçait sur deux millions et demi de Roumains. Ce fut d’abord la Constitution de février qui en profita, — mais ce fut, bientôt après la Constitution hongroise.

Avoir amené au Reichsrath vingt-six députés transylvains,. dont la présence n'eut pas d'autre effet que de lui permettre de jouer au Reiïchsrath plénier, c'est le seul succès de la politique de Schmerling en Hongrie, et il est maigre. — On a voulu lui reconnaître un autre mérite : en aflirmant et en démontrant à nouveau la force de l'Autriche, il aurait conduit Deäk à une vue plus juste de la situation, il l'aurait forcé à remplacer son programme de 1861 — « d'occasion en occasion » — par le programme qu'a réalisé le Compromis de 1867 *. Mais Deäk était, dès la Diète de 1867, fixé sur les concessions qu'il lui faudrait faire. Il attendait seulement une occasion favorable pour les proposer avec la certitude du succès. Ce ne fut pas Schmerling qui lui fournit cette occasion, ce fut l'empereur lui-même ; pour qu'elle se présentat, il fallait que le système de Schmerling fût déjà presque renversé. — Le jugement sur sa politique est alors facile à porter. En Autriche, elle a creusé le fossé qui séparait les nationalités: en Hongrie, elle l'a comblé ; elle a affaibli la partie de la monarchie où vivait l'idée de

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