Beer, Finanzen
avait son opinion faite sur ce point. « C'est le Solférino financier », dit Berger ; Kaiserfeld railla les «ingénieuses opérations de Mont-de-Piété » de Plener, et le comte Eugène Kinsky, l'un des plus mordants orateurs de la Chambre, lança le mot célèbre : «Le Maroc trouve de l'argent à meilleur compte que l’Autriche ». Le remède, au dire de tous les orateurs, ne pouvait être qu'un changement complet de politique : il fallait faire de la Constitution une vérité, et avant tout convoquer les Diètes des pays hongrois. La Chambre, exaspérée, refusa au ministère les crédits provisoires qu'il demandait pour les dépenses courantes, et précipita ainsi sa chute.
L’attitude de Schmerling dans les questions religieuses avait largement contribué à faire revenir les députés de leur premier enthousiasme pour le régime de la Patente. A peine le Reichsrath réuni, Mühlfeld, député de Vienne, avait déposé une proposition quitendait à établir une nouvelle législation politico-religieuse. Mais les influences catholiques et cléricales étaient puissantes autour de l’empereur : Rauscher avait gardé un grand ascendant sur son ancien élève ; il importait à Schmerling de ne pas perdre son appui et de ne pas se faire de lui un nouvel et redoutable adversaire. Lui-même, encore imbu, comme plusieurs de ses collègues. de l’esprit du joséphinisme dont la tradition s'était conservée dans la bureaucratie autrichienne, eût personnellement volontiers donné satisfaction à certaines des demandes de la Chambre; mais la peur de la cour l’arrêtait. Une seule mesure vraiment libérale en matière religieuse marqua son ministère : ce fut la nouvelle loi sur les protestants. Mais elle s'explique surtout par des raisons de politique extérieure. Schmerling en révélait le vraisens, lorsqu'il disait à la députation venue pour le remercier : (Il faut, Messieurs, que vous nous aidiez à reconquérir les sympathies perdues de l'Allemagne.» Mais, lorsque dans le Tirol un parti nombreux s’éleva, au nom de l’unité de la foi, contre la nouvelle loi, le frère de l'empereur, l'archiduc Charles-Louis, qui était gouverneur de la province, prit ouvertement parti pour lui. Les évêques protestèrent, et un prédicateur put impunément déclarer en présence de toute la cour que le Reichsrath était pire que le diable *. La Chambre des députés avait signalé au ministre la singulière situation de l'ordre des Jésuites, auquel l'Etat confiait l'enseignement dans un certain nombre de ses lycées, sans exiger des professeurs les
1 Rogge, IL 111: