C.R. slén., 31 mars
3. Konyi, Dedk, I, 320-2, (journal de Lényay). Dreissig Jahre, I, 400. h. CR, Slén., 24 juillet 1865, Kolmer, Parl. uw. Verf. Oest., 1., 201.
peut tarder à se réaliser, — Vingt-deux mois plus tard, le Reichsrath se réunit de nouveau, comme Parlement cisleithan, Dans
l'intervalle avait été consommée la séparation dualiste de la monarchie,
Schmerling avait obtenu l'adhésion de l’empereur à son système par les séduisantes perspectives qu'il lui avait ouvertes : consolidation de la monarchie à l'intérieur, et, par là même, force et éclat nouveaux au dehors, Sa position à la cour dépendait exclusivement de la réalisation de ces promesses. Le succès lui manqua, et très vite l'empereur se détourna de lui, pour rendre sa faveur à d'autres conseillers,
C'était surtout l'espoir de restaurer en Allemagne l’ancienne suprématie des Habsbourg qui avait flatté l'esprit de François- Joseph. L'empereur, prince jeune et fier, nourri dans la tradition impériale, avide de gloire et peu gâté jusqu'alors par la fortune, était sensible à l'idée de reconquérir à sa maison l'hégémonie que la Prusse lui disputait depuis plus d’un siècle, et de lui rendre ainsi son ancien lustre. Schmerling arriva donc au pouvoir, non pas seulement comme le représentant d’un système d'administration intérieure, mais aussi comme l’'exécuteur d’un grand dessein extérieur. Sous le nom de ministre d'État, il était en réalité ministre de la politique générale, suppléé dans le détail de l’intérieur par Lasser, trouvant ainsi le loisir de contrôler et de contrarier Rechberg aux aflaires étrangères. Ni personnellement ni politiquement, Rechberg et Schmerling n'avaient de sympathie l'un pour l’autre. La raideur voulue, la violence parfois brutale de Schmerling. sa pose au militaire, ne cadraient guère avec les manières conciliantes et un peu timides de Rechberg, diplomate prudent et conservateur de l'école de Metternich, assagi par l’âge et l'expérience, capable souvent d’entrevoir une politique hardie, mais hésitant toujours à s’y lancer‘. Sans renoncer à ce que l’Autriche considérait comme son droit séculaire, il voulait se borner en Allemagne à des améliorations de détail, d'accord avec la Prusse ; il jugeait la monarchie trop faible pour entreprendre plus. Schmerling, au contraire, plus pénétré de la grandeur et de la force de
4. Friedjung, Kampf, I, 44, 76. A Francfort, il avait eu parfois des scènes orageuses avec Bismarck. — Pour la pose de Schmerling, cf. l'anecdocte citée dans Frôbel, Ein Lebenslauf, I, 206, et Dreissig Jahre, I, 54-5.
l'Autriche, poussé peut-être aussi par ses souvenirs de 1848, toujours excité par la lutte qu'il avait soutenue alors contre les ambitions prussiennes, avait formé le projet d’une complète réorganisation de l'Allemagne, qui réduirait la situation de la Prusse et assoirait solidement l’hégémonie autrichienne ‘.
Entre ces deux influences contraires, la politique allemande de l'Autriche était sans cesse ballottée. Même lorsque Rechberg et Schmerling visaient au même but, ils n'y visaient pas par les mêmes moyens. Il leur fallait encore tous deux compter avec les idées personnelles de l’empereur. François-Joseph désirait une politique de grandeur en Allemagne ; mais, au fond, il ressentait toujours une certaine inclination pour la Prusse, l’ancienne alliée, la puissance légitimiste et conservatrice. Surtout, il ne voulait pas se laisser entraîner trop fortement d’un côté, tenait à rester le maître, à ne pas se mettre à la remorque d’un ministre. IL aimait à avoir dans son conseil des hommes d'opinions diverses, et à se sentir libre de décider entre eux ; il recevait volontiers, par des voies détournées, des informations et des avis de toute autre source. Les conditions mêmes où se trouve placée l'Autriche, la diversité des nationalités, qui empêche la formation d’une opinion nationale unanime, l'influence de l'aristocratie, l'importance de la cour, le pouvoir énorme qui se concentre nécessairement dans les mains de l’empereur, font de la cour de Vienne un terrain favorable à l'intrigue politique. Elle devait fleurir particulièrement dans ce moment de transition, au sortir de la période absolutiste où elle s'était étalée, en présence de grandes entreprises extérieures et intérieures. Les ministères étaient pleins de hauts fonctionnaires immigrés de l'Empire. c'est-à-dire de l'Allemagne : partisans du programme de Gagern ralliés par le succès à la cause de l'Autriche et transformés en ardents champions de son hégémonie ; protestants convertis, devenus ardents catholiques et stimulés dans leur zèle autrichien par la haine de la Prusse hérétique. Les mobiles religieux ont joué un grand rôle dans la politique allemande et autrichienne de ces quelques années: les
1. Frôbel, qui fut un des principaux acteurs du jeu d’intrigues, qui constitue en grande parlie la politique ( grande allemande » de ce temps, prétend (Win Lebenslauf, I, SG) que Schmerling ne faisait pas de la politique allemande de bon cœur, mais suivait le mouvement, pour ne pas prèter le flanc à ses ennemis. Qu'il ne partageal pas toutes les illusions de Frobel, cela est très probable; mais, pour le reste, la logique même de son système démontre que Frôbel exagère.
desseins Cgrands-allemands » sont traversés de desseins catholiques, et celte rencontre ne fortifie pas à la cour la position de la Constitution libérale. Des influences de familles agissaient sur la politique : le prince de Taxis, beau-frère de l'empereur, comptait, dans l'eau trouble de la réforme allemande, pêcher un royaume : ses agents, grâce à une haute protection, avaient accès partout ; l'empereur les recevait en audience, les chargeait parfois de faire connaître ses décisions à ses propres ministres ; il est vrai que ceuxci en étaient instruits déjà par des indiscrétions!. Rechberg travaillait en secret contre Schmerling, avec qui il affectait en public de marcher d'accord. Ses directeurs et ses chefs de bureau, Biegeleben, chargé des affaires d'Allemagne, Max de Gagern, lui faisaient une opposition sournoise, mais parfois aussi déclarée. Biegeleben, qui se savait apprécié par l’empereur et se voyait déjà ministre, tantôt cherchait à s'assurer contre Rechberg l'appui de Schmerling, et tantôt au contraire à le compromettre lui-même. C’est une pure intrigue qui se joue pendant ces quelques années à Vienne. Elle répugnait à Schmerling, qui était forcé pourtant de s'y mêler. Trahi souvent par ses collègues, tièdement soutenu par l'empereur, il ne pouvait pas se donner tout entier à ses vastes plans ; et il se plaignait vivement de ce perpétuel mélange d’intrigue et de politique, de ce constant travail de chacun contre les autres ?.
Le Congrès des princes à Francfort, en 1863, est le point culminant de la politique allemande de Schmerling ; il en marque en même temps l'échec et l'abandon. Il s'agissait de faire résoudre par les souverains eux-mêmes les difficultés d'une réforme fédérale. Schmerling suivit-il sans enthousiasme et avec scepticisme la suggestion de Frôübel ? Ou comptait-il profiter de l’impopularité que les débuts du ministère Bismarck avaient, jetée sur la Prusse
1. Frôbel, Ein Lebenslauf, II, 239, 242, 246, Les premiers projets du Congrès des princes devaient être cachés à Schmerling ; mais Frôbel l’en instruisit confidentiellement. Le mémoire qui emporta l’approbation de l’empereur était l’œuvre de Frôbel, revue par Dôrnberg, agent du prince de Taxis, corrigée par Biegeleben : Rechberg n’en eut connaissance que plus tard. Dôrnberg, qui connaissait Frôbel et avait concerté des plans avec lui, se le faisait présenter officiellement, comme pour la première fois, par Gagern. La comédie de ces intrigues est complète.
2.V. ses paroles à Frôbel, £in Lebenslauf, I, 241-2. Ce jeu d’intrigues se continua d’ailleurs. En 1864, la préparation de la convention de Gastein fut cachée à Biegeleben, chargé pourtant des affaires d'Allemagne. En 1*65, Gagern poussa à la guerre, en excitant la presse malgré les désirs de son ministre Mensdorf. Du reste, ces intrigues ne se limitaient pas aux affaires étrangères : c’est ainsi que, sur un ordre secret de l’empereur, Maurice Esterhäzy était informé de toutes les mesures qui se préparaient à la chancellerie hongroise. Friedjung, Kampf, 1,117,262.
en Allemagne pour trancher, par un coup de surprise, la question allemande en faveur de l'Autriche ‘ ? Ou employait-il simplement, comme le disait Bismarck, un procédé à la Potemkin pour convaincre l'empereur des mérites de la Patente * ? En tout cas, il avait fait moins d'opposition au projet que Rechberg, et comptait bien accompagner l’empereur à Francfort ; mais ce fut Rechberg qui fut choisi: l'empereur craignait, semblet-il, d'être éclipsé par Schmerling *. Cette pompeuse réunion n’aboutit à aucun résultat. Bismarck décida, non sans peine, le roi de Prusse à s'abstenir d'y paraître : le congrès était ainsi d'avance condamné à l'impuissance. Les États moyens de l’Allemagne, sur lesquels l'Autriche avait compté, se dérobèrent lorsqu'ils virent l'attitude de la Prusse. Rechberg se trouva ainsi encouragé à reprendre son ancienne politique d'entente avec Berlin *. Du coup, l'autorité de Schmerling avait reçu une rude atteinte. C'est à partir de ce moment que l'empereur commence à s’écarter de lui, soit que l'insuccès même du congrès lui eût paru donner raison à Rechberg, soit qu'il jugeût inutile de subir les inconvénients du régime constitutionnel si aucun avantage ne les rachetait. Les critiques des députés, les réductions de la commission du budget et de la Chambre l’agaçaient depuis longtemps ; il s'en prenait à Schmerling de cette attitude «méchante, hostile au gouvernement * ». Mais rien n’étaitencore prêt pour un changement de système : il n'y avait ni politique nouvelle arrêtée, ni hommes désignés ; la situation extérieure était confuse : on ne savait pas encore comment tourneraient les affaires d'Allemagne, si elles s'arrangeraient pacifiquement , ou si la guerre serait inévitable ; c'était une raison de plus pour éviter un revirement complet à l'intérieur. D'ailleurs, on n'aime pas à Vienne les résolutions brusques et entières. Ainsi Schmerling garda le pouvoir, alors qu'il avait perdu tout appui en haut et en bas, toute confiance à la cour comme au Parlement.
1. Frôbel, Ein Lebenslauf, I, 236-53. Sybel, Begründung, II, 520-2.
2. 1b., 11, 528. « Schmerling a en vue plus encore une manœuvre de politique intérieure autrichienne qu’un coup de diplomatie anti-prussienne. Il arrange à l'empereur un brillant jour de naissance » (François Joseph est né le 18 août, le Congrès s’ouvrit le 17), «avec des princes vêtus de blane, et lui fait voir d’imaginaires succès de l’ère constitutionnelle en Autriche ». Dépèche à l'envoyé prussien à la Diète.
3. Frobel, Ein Lebenslauf, 11, 238. « Si je vous emmène », aurait dit l’empereur à Schmerling, « quel rôle jouerai-je donc moi-même ? ».