‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 230 sur 369 · Sybel, Begründung, LH, 1 mn, ch · texte numérisé non relu

Sybel, Begründung, LH, 1 mn, ch

5. Frôbel, Lun Lebenslauf, IH, 205. Conversation du 16 nov. 1862.

L'ÉCHEC DU CENTRALISME (1861-1865) 389 Rechberg et lui continuèrent de siéger ensemble dans le conseil ; l’un cherchait une alliance avec la Prusse, l’autre voyait en elle l'irréconciliable ennemie ; ils durent finir par prier l'empereur de choisir entre eux. Il garda Schmerling, indispensable encore à ce moment parce que rien n'était prêt pour le revirement, mais il lui donna pour collègue aux affaires étrangères le candidat de Rechberg ‘, le comte Mensdortf-Pouilly, général, gouverneur de Galicie, allié à la famille royale d'Angleterre. Ainsi la même dualité d'influence subsista, et le jeu des intrigues continua.

Il intéresse dans ses détails la chronique seandäleuse plus que l’histoire. Pourtant, il n’a pas été sans influence sur les événements politiques. Il semble bien qu'en renversant Schmerling Maurice Esterhäzy ne soit pas inspiré uniquement de ses principes, mais de ses intérêts les plus personnels, et n'ait pas dédaigné, dans son triomphe, une économie de deux cent mille francs environ sur des droits de succession * que le fisc lui réclamait depuis longtemps. Ce sont des détaiis caractéristiques; mais il ne faut pas leur accorder trop d'importance. Ils montrent comment se traitaient dans l'Autriche d'avant 1867 les questions les plus graves, les plus grosses de conséquences pour toute la monarchie. Mais ils ne doivent pas masquer la gravité de ces questions elles-mêmes. Ce sont des questions politiques, et c'est par des raisons politiques qu’elles ont été résolues.

L'empereur, en juillet 1861, s'était décidé pour la politique de Schmerling vis-à-vis de la Hongrie, mais sans lui laisser carte blanche, comme le démontre son refus de consentir jamais aux élections directes, L'influence d'Esterhäzy ne pouvait que l’encourager dans ses résistances. Esterhäzy, disciple de Metternich, était un partisan convaincu de la légitimité partout, à l'intérieur autant qu à l'extérieur. La grandeur européenne de la monarchie le préoccupait avant tout ; mais il ne concevait pour l’assurer qu'un moyen : rétablir à l'intérieur le régime d'avant 1848, très-légèrement amendé. La Cisleithanie et la Transleithanie auraient eu chacune son gouvernement constitutionnel aristocratique ; les affaires communes auraient relevé exclusivement de l’empereur, l’absolutisme se voilant peut-être de quelques formes constitution-

1 Sybel, Begründung, III, 410-1, d’après les récits des diplomates prussiens et autrichiens.

2. Rogge, II, 266-7; Frôbel, Ein Lebenslauf, II, 378. La chute du ministère Schmerling se produisit au moment où le fisc allait faire saisir les biens d’Esterhäzy pour le paiement de ces droits; et la remise d’une partie des droits

eut lieu presque aussitôt le nouveau gouvernement installé.

nelles. En Hongrie, l’ancienne Diète, de composition un peu élargie, mais d'attributions aussi étroitement bornées ; en Autriche, un corps de même nature et de même pouvoir ; dans les affaires extérieures et militaires, l'empereur souverain, assisté tout au plus d’un Conseil d'État ou d’un Reischrath consultatif !. Esterhäzy était prisonnier de ses rêveries, « étranger au temps où il vivait, étranger au pays qu'il aidait à gouverner ? » ; des idées et des forces nouvelles qui avaient bouleversé l’ancienne Europe, de leur puissance et de leurs effets, il n'avait pas la moindre notion : il baïssait le libéralisme, destructeur de l’ordre divin des sociétés, et ne comprenait même pas la nature du nouveau sentiment national révolutionnaire. La noblesse et le clergé lui semblaient appelés par droit divin à participer au gouvernement et à le contrôler. Il doutait aussi peu de ce principe que de l'excellence de l’ordre européen établi par les traités de Vienne. Aucun ministre autrichien n’a jamais poussé plus loin l'attachement à la tradition catholique des Habsbourg. A la veille de la guerre de 1866, concluant avec la France une convention au sujet de l'Italie, il néglige toute stipulation en faveur des intérêts autrichiens, et ne songe qu'à assurer au pape la garantie des États qui lui restent et la restitution de ceux qu'il a perdus”. Avec cette tournure d'esprit, il faisait pour Schmerling un singulier collègue. Le ministre d'État semble pourtant n'avoir jusqu’au bout pas compris le rôle que jouait Esterhäzy, attaché surtout à combattre les influences constitutionnelles libérales, et à conserver le contact entre ses amis les conservateurs hongrois et le souverain, dans l’attente d’une occasion favorable à la réconciliation définitive, au triomphe de la légitimité.

Désorientés, désappointés. découragés, dépouillés par l'échec du Diplôme de l’auréole qu'ils s'étaient donnée aux yeux de la cour, les conservateurs restèrent d’abord surla réserve et la défensive. Ceux d'entre eux qui occupaient des emplois, Majläth, Apponyi, son successeur Andrässy, attendirent qu'on les priât d'en sortir, ce qui parfois dura longtemps. Ils savaient que l’empereur gardait sa bienveillance à la Hongrie, mais ils savaient aussi que leur propre prestige avait souffert, et que Schmerling cherchait à les noireir comme avait fait Bach. Par leurs relations de cour et de société, ils étaient tenus au courant de la marche des

1. Kônyi, Detk, 1H, 254-5, d’après le journal de Lényay. 2. Friedjung, Kampf, 1, 421.

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