Fricdjung, Kampf, 1, 102, 121-4, 152-3, 297-S
L'ÉCHEG DU GENTRALISME (1861-1865) 391
événements politiques et des changements d'idées qui se produisaient en haut lieu. Ils furent sans doute des premiers à avoir vent de l’irritation que causèrent à l'empereur l'attitude du Reichsrath et l’échec du Congrès des princes ; et ils se mirent dès lors en mesure d'agir, pour être prêts au moment opportun. Leur programme est de restaurer la confiance «réciproque», de l'empereur envers la Hongrie, de la Hongrie envers l'empereur: celui-ci prendrait volontiers l'initiative, s’il était sûr d’un bon accueil ; mais il ne veut plus s’exposer aux mésaventures du Diplôme. Il faut observer attentivement les dispositions de Deäk et celles du roi, etcependant former un groupe d'hommes indépendants, sans ambition personnelle, peu nombreux, mais forts par leur caractère : c'est ce groupe qui devra s'offrir au roi pour faire avec Deäk la réconciliation nécessaire !. Quelques mois plus tard, le groupe était formé, et son programme publié : c'est le livre intitulé Trois ans de lutte constitutionnelle, source historique capitale pour l'époque du Diplôme et de la Patente. Szécsen l'avait dicté, Apponyi et ses amis l'avaient formellement approuvé avant la publication ?. C'est un essai de justification de la politique des hommes d'octobre, et une attaque contre le système bureaucratique et Schmerling. La conclusion donne le programme nouveau des conservateurs. La situation présente de l'Autriche est diflicile. «Dans une semblable situation, il faut qu'un État rassemble toutes ses forces pour se maintenir sur l'eau. L’Autriche a, Dieu merci, une force suflisante, une force inépuisable, une force impérissable. La preuve la plus frappante en est que ses soi-disañt grands hommes d'État n’ont pas encore réussi à la couler à fond. Mais nager avec une meule au cou, ce serait beaucoup demander mème à un géant, — et la meule, pour l'Autriche, c’est la lutte constitutionnelle. » Le système actuel n'y pourra pas mettre fin. Le roi légitime ne peut vouloir qu'une solution légale ; celle-ci ne peut être trouvée que par une Diète légale. Il faut que les peuples des États héréditaires comprennent que, «selon le droit et la loi, il ne s’agit pas de faire aux Hongrois des concessions, mais au contraire d'en obtenir d'eux pour la monarchie»: l'entente alors sera facile. La Hongrie connaît la valeur du compromis en politique : c’est par dés compromis qu'elle a toujours sauvé sa Constitution. Il s’agit de trouver &une forme pour traiter en commun les affaires communes ». Il faudra, pour cela, amender la Constitu-
1. Kônyi, Deik, HI, 247-8, lettre de Sennyey à Somssich, 14 fév. 1864. 2. Drei Jahre Verfassungsstreil, — Kônyi, Deik, II, 297-320.
tion de février, mais légalement, au Reichsrath, non par un octroi. Cette revision n'exige pas la présence des Hongrois au Reichsrath : elle peut se faire sans eux. Mais elle ne sera que le couronnement de l'œuvre. Le début en doit être « qu’un groupe d'hommes considérés et qualifiés arrête à grand traits, mais avec précision, un programme de conciliation, et fonde ainsi un part de conciliation, où se réunissent des deux côtés de la Leitha tous les éléments politiques qui jusqu'ici, en l'absence d'un programme d'entente clairement formulé, s’en sont tenus à la Patente du 26 février ou aux lois de 1848. » Le gouvernement aurait dû fonder ce parti; mais il ne l’a pas fait. Deäk et Schmerling, l’auteur des lois de 1848 et l’auteur de la Patente, ne peuvent s'entendre directement ; aucun des deux ne veut quitter le terrain où il s’est placé avant que le terrain d’entente ne soit trouvé ; ce sera au parti de conciliation à le trouver. En 1848, en 18671, on n’a pas compris l’importance de ce parti. Maintenant il a ses cadres formés, il ne lui reste qu'à s'organiser, une armée le suivra. Qu'il soit prêt en Hongrie, bientôt les éléments de conciliation se grouperont aussi dans les États héréditaires, et la solution sera proche. La Hongrie espère en son roi ‘. — L'assaut commence ainsi contre Schmerling ; tous ses adversaires y sont conviés, les libéraux autrichiens comme les conservateurs, les Allemands comme les Slaves. Mais, plus encore qu'un appel au public et aux partis, le livre est une avance au roi. Au bout de peu de mois vint la seconde attaque. La brochure La Transylvanie et le gouvernement uutrichien dans les quatre dernières années, qui porte la marque de son origine conservatrice, dénonce avec violence les abus de la bureaucratie autrichienne, les usurpations des Saxons, les prétentions des Roumains depuis 1861 ; elle plaide pour le droit légitime des Hongrois, et se termine, elle aussi, par une apologie du parti de la concilation *. Le plan de campagne se dessine : Schmerling s’en exaspère, et, dans sa colère, va jusqu'à accuser les conservateurs hongrois de soudoyer l'opposition du Reichsrath : jamais, déclaret-il, il ne consentira à traiter avec eux *.
Deäk était tenu au courant des moindres changements qui se produisaient à Vienne. Lényay, qui entretenait avec les conservateurs des relations suivies, lui rapportait ce qu'ils avaient pu