‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 233 sur 369 · Kônyi, Deik, I · texte numérisé non relu

Kônyi, Deik, I

ressé, La Pragmatique-Sanction a institué l'unité du souverain et la défense commune. De la première résulte l’unité de la cour. La seconde peut être considérée à un double point de vue : défense en paix, défense en guerre ; donc diplomatie et armée. La diplomatie est, par nécessité, entièrement une. Pour l’armée, tout ce qui touche sa préparation à la guerre, domaine du chef militaire suprême, est un ; mais ce qui concerne ses rapports avec l’organisation politique et les lois civiles, les questions de recrutement, de durée de service, d'administration, reviennent à la législature hongroise qui les a tranchées depuis cent cinquante ans, sans que la force de l’armée autrichienne en ait souffert : il peut y avoir entente sur ces questions, il n'y a pas communauté. Les ressources nécessaires aux besoins communs doivent être administrées en commun ; mais elles doivent être fournies, selon des quotes-parts, par chacun des deux groupes de pays de la monarchie, qui seront libres de se les procurer comme il leur conviendra : sur le territoire hongrois il ne pourra pas y avoir d’organe administratif qui ne dépende du gouvernement hongrois. Pour des raisons pratiques, une certaine unité économique est nécessaire : la politique commerciale, le système des impôts indirects, le régime du commerce devront, puisque personne ne songe à relever la ligne de douanes supprimée en 1850, être établis sur les mêmes principes ; mais l'unité de principe est compatible, dans l'application, avec la variété qui résulte de la diversité des conditions des différents pays : il y aura ainsi une unité par entente, mais pas d'uniformité inutile et dangereuse, — Comment traiter les affaires communes ? La Hongrie se refuse avant tout à acccepter un grand Parlement central, car il empiéterait nécessairement sur les droits du Parlement hongrois. Les institutions communes ne peuvent se fonder que sur un principe : la parité. L'idée fondamentale de la Pragmatique-Sanction, c’est qu'il existe dans la monarchie deux groupes de pays, séparés par la Leitha, qui ont même rang, même importance, mêmes droits. Les pays autrichiens peuvent s'organiser intérieurement comme il leur plaira, mais vis-à-vis des pays hongrois il faut qu'ils se présentent comme un tout. Chacun des deux Parlements, cisleithan et transleithan, élira une députation munie des pleins pouvoirs nécessaires et pourvue de ses instructions ; ces deux commissions, égales en nombre, devront se mettre d’accord entre elles et avec la couronne sur le règlement des affaires communes. La Hongrie est done, Deäk y insiste, prête à faire à la force de la monarchie les sacrifices nécessaires. Pour arriver à une entente sur ces bases, la marche à suivre est évidente. Avant

. L'ÉCHEC DU GENTRALISME (1861-1865) 397 tout, il faut montrer par des actes que le gouvernement reconnaît réellement la continuité du droit; pour cela, il faut nommer un ministère hongrois et inviter la Croatie et la Transylvanie à se faire représenter au Parlement hongrois. Peu importe leur réponse, pour le moment; l'essentiel est de donner satisfaction au droit. La Diète, par la voie ordinaire des adresses et des rescrits, se mettra d'accord avec le roi sur les principes fondameritaux de la nouvelle organisation; ensuite, il sera procédé à l'émission du diplôme inaugural et au couronnement, après quoi les lois nouvelles seront définitivement votées et sanctionnées !,

Publiés dans les Débats de Vienne, journal fondé par Apponyi après la publication des Trois Ans pour soutenir la politique conservatrice, les articles de mai firent moins de bruit d'abord que l’article de Pâques. Ils n'étaient pas signés de Deäk et ne furent avoués en son nom par le VNaplô qu'au bout de quinze jours. Les oflicieux, qu'ils gênaient, firent le silence sur eux; en Autriche, on n'en aperçut pas du premier coup l'importance et la portée. En Hongrie, ils provoquèrent de certains côtés des craintes et de l'opposition. Ghiczy, le président de la Diète de 1861, écrivit à Deäk pour le supplier de ne pas sacrifier les droits de la patrie. Mais ils ne manquèrent pas leur principal effet. Le cabinet de l’empereur, qui était un abonné régulier du journal, demanda plusieurs exemplaires de chacun de ces numéros *, et bientôt des actes permirent de connaître l'impression que le programme de Deäk avait faite sur l'esprit du souverain.

Émile Dessewfy travaillait en secret, d'accord avec Esterhäzy, à faciliter, à assurer ce rapprochement entre le roi et la Hongrie, cette restauration de la confiance réciproque, qui devait donner à un trop long conflit une issue heureuse. Il eut la main dans l'arrangement de larapide excursion que fit l'empereur sur le sol hongrois, le 30 avril, pour venir assister aux courses de Presbourg : pour la première fois depuis longtemps, le souverain se montrait sans escorte, sans appareil militaire, au milieu de ses sujets hongrois. C'était sa réponse à l’article de Pàques. Son voyage à Pest, pour y visiter l'exposition de la Société économique, fut celle aux articles de mai. Dessewffy, sur les indications d’Esterhäzy, avait fait savoir à la Société qu'il serait dans l'intérêt du Compromis d'inviter l’empereur à cette visite, et qu'il accepterait. Deäk, consulté, avait conseillé de faire l'invitation, s’il était tout-à-fait sûr

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