Eim, Pol, dvahy
des Diètes cisleithanes, l’ardeur des luttes nationales, le conflit des vues sur la Constitution, faisait ressortir la force que donnait à la Hongrie l'unanimité du Parlement et de la nation.
La résolution prise enfin par le souverain d'entrer franchement dans la voie du Compromis transformait entièrement la situation de la Hongrie : elle fermait la période des négociations, et ouvrait celle de l’action positive. Aussi longtemps qu’à Vienne on ne connaissait d'autre but que d’abolir la Constitution hongroise et d'anéantir l'existence même de la Hongrie, le pays ne pouvait avoir qu’une attitude : la stricte défensive. Cantonné dans sa Constitution, il se refusait à en abandonner la moindre partie, dans la crainte trop justifiée que, par la brèche, l'ennemi n’occupât toute la place. Deäk avait été l'homme de cette résistance. Sa merveilleuse connaissance du droit hongrois, sa vigueur de logique, son respect presque religieux pour le texte et la forme des lois, sa profonde conviction patriotique, la fermeté et la modestie en même temps de son caractère, l'avaient comme prédestiné à cette tâche, avaient fait de lui la conscience juridique de la Hongrie.— Mais, depuis Le renvoi de Schmerling, on ne dit plus à Vienne, à la Hongrie : votre Constitution n'existe plus, vous êtes une partie de l'Autriche une, vous n'avez qu'a accepter la loi que nous vous dictons ; on lui soumet des propositions qu'elle doit discuter, auxquelles elle doit répondre par d’autres propositions. La résistance passive a pu être strictement juridique ; la politique active, par définition, ne peut plus l'être : les anciens textes de lois ne peuvent pas servir de programme positif. Le sens du Compromis pour la Hongrie, c’est d'adapter à une situation politique nouvelle sesinstitutions historiques, de mettre en harmonie l'indépendance que lui assurent ses lois, le gouvernement parlementaire qu’elle a adopté en 1848, et les conditions vitales de l'existence de la monarchie, qui est une nécessité pour elle et pour l'Europe. A cette tâche positive et constructive, Deäk ne suflit plus seul. Il est toujours, malgré ses articles d'avril et de mai, l'homme de l’ancienne école, de la méthode des gravamina. En face de lui, comme le représentant d’une époque nouvelle, se dresse Andrässy. Agent diplomatique de Kossuth, puis émigré à Genève et à Paris surtout, il a vu l’Europe. tandis que Deäk ne connaît guère que la Hongrie; l'expérience et l'étude l'ont guéri de ses illusions de jeunesse, lui ont montré que l'Autriche est indispensable en Europe, et que la Hongrie n'a rien à perdre, qu’elle a au contraire, dans certaines conditions, tout à gagner à être l’associée d’une grande puissance. Les plans qu'il a dès lors
AA LE compRoMIs (1865-1867)
élaborés se rapprochent beaucoup de ceux qui finiront par triompher. Il complète et corrige heureusement Deäk, aussi vif que celui-ci est calme, aussi mobile qu'il est obstiné, aussi prêt à sacrifier les textes aux réalités vivantes qu'ilest superstitieux de la lettre. Poussé peut-être par la conscience du rôle que l'avenir lui réserve, il va être le politique du Compromis, comme Deäk en a été le juriste ; et, malgré les résistances et les hésitations du juriste, le politique fera en fin de compte aboutir l'entente !.
Sitôt Schmerling tombé, Andrässy tient pour la première des nécessités politiques de préparer l'alliance entre les libéraux autrichiens et les libéraux hongrois. Par la plume et par la parole, il répand sa formule : « La monarchie ne peut être forte que si ses deux moitiés sont libres et constitutionnelles, chacune à sa manière, mais toutes deux également.» Il promet, au nom de la Hongrie, toutes les concessions nécessaires, pourvu que de l’autre côté on renonce à la funeste idée d’une fusion impossible ; il proclame «l'entente des deux moitiés de l'Empire sur leslibertés communes ». Eütvôs appuie sa politique : à Vienne, c’est l'épisode d'octobre qui recommence; contre lui, l'intérêt des libéraux des deux côtés de la Leitha est le même. Il faut que le parti libéral hongrois prenne position nettement contre le gouvernement, s'il ne veut pas être écrasé entre les réactionnaires et les radicaux ; qu'il adopte un programme positif et précis, qui assure l'existence de la monarchie comme grande puissance,mais sans laisser à l’absolutisme les affaires communes, sur lesquelles il est nécessaire que la Hongrie puisse exercer son influence ?.
Le gouvernement, malgré les inquiétudes d'Eôtvôs, n’était pas dangereux, car il était divisé: Esterhäzy et Belcredi étaient prisonniers de leurs rêves d'autonomie légitimiste, partisans obstinés des idées du Diplôme ; Sennyey, le favernicus, était, comme Apponyi, rallié en principe au dualisme et aux lois de 1848; Majlâth, à michemin entre les deux opinions. La situation, dans la monarchie comme en Hongrie, exigeait un programme net, précis, à longue portée : le gouvernement allait à l'aventure, marchait au jour le jour. Ses membres hongrois n'avaient qu'un trait d'union : leur patriotisme magyar, égal chez tous. Leur politique était toute dans la légalité hongroise: ils préparaient l'union de la Transylvanie avec la Hongrie en convoquant une Diète transylvaine sur la base, non plus de la loi électorale octroyée par Schmerling, mais de l’an-