‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 244 sur 369 · Kônyi, Dedk, IL · texte numérisé non relu

Kônyi, Dedk, IL

tation et de démagogie à laquelle Deäk ne put plus souscrire *.

Les élections avaient donné une majorité considérable au parti de Deäk. Cent quatre-vingts députés se firent inscrire à son groupe, le centre droit. Le centre gauche, deux fois moins fort, réunissait autour de Tisza, de Ghyczy, de Nyäry, les anciens résolutionnistes. Les deux groupes extrêmes, la droite avec Apponyi, la gauche avec Källay et Büszôrményi, ne comptaient que vingt membres chacun *. Celui-ci ne voulait d'entente à aucun prix. n’espérait et ne désirait que de la Révolution l'indépendance de la Hongrie, continuait la politique de Kossuth et de l’émigration. L'autre voulait le Compromis, non point à tout prix, mais au prix de certaines concessions plus larges que celles des deäkistes : les conservateurs ne croyaient pas le pays assez fort pour supporter les charges et les responsabilités que lui imposerait le dualisme esquissé par Deäk*; surtout ils tenaient, dans l’intérêt de la monarchie comme dans celui de l’ordre intérieur, à conserver un pouvoir monarchique fort, et l'établissement d’un régime entièrement parlementaire leur semblait dangereux. Ils conseillaient au roi de reconnaître, dès l’abord, la validité au point de vue formel des lois de 1848 ; mais ils entendaient bien qu’elles seraient largement révisées. Les deux centres, au contraire, avaient pour programme le maintien de ses lois. Tous deux en acceptaient la revision, en vue de régler plus précisément la question des affaires communes, mais dans des limites différentes ; le centre droit se plaçait plutôt sur le terrain de l'équité, le centre gauche se cantonnait sur celui du droit strict, Mais aucun des deux partis n’admettait, par ailleurs, de modification essentielle au régime que les lois de 1848 avaient institué en Hongrie.

Le changement survenu dans la politique hongroise de la cour fut clairement marqué par le discours du trône. — Le roi et la nation sont désormais d'accord sur le point de départ d’une soluüon du conflit constitutionnel : c’est la Pragmatique-Sanction. Elle garantit les droits de-la Hongrie; aussi des mesures sont-elles prises pour que la Croatie et la Transylvanie soient représentées à Pest. Elle assure également les droits de la monarchie ; en particulier, elle a fondé l'existence des affaires communes. Depuis que Jes pays cisleithans ont reçu une Constitution, il est devenu impos-

1. OÙ év türténete, 11-2, Kônyi, Detk, III, 353-4, 360-1, 365. 2. Sur 315 députés, les chiffres exacts étaient 180, 94, 21 et 20. Kényi, Deik, IL, 365.

3. Marezali, À legüj. kor türt., 888, d’après une indication orale de Szôgyény.

L'ÉLABORATION DU COMPROMIS 4x9

sible de traiter les affaires communes sans leur concours, et d’une manière qui ne soit pas constitutionnelle. Cette conviction, qui a inspiré le Diplôme, le souverain l’a toujours. Mais, comme les formes constitutionnelles établies en 1861 pour les affaires communes ont soulevé beaucoup de résistances, elles ont été suspendues, et le gouvernement présente le Diplôme et la Patente à l'examen du Parlement; car la solution de cette question ne peut pas être obtenue par une pression matérielle ou morale, mais seulement par une entente. — De plus, il sera nécessaire de réviser les lois de 1848, en ce qui concerne les droits et les pouvoirs du souverain, car l'application complète de ces lois est impossible, «encore que leur légalité formelle ne prête à aucune objection ». Sitôt la mission du Parlement ainsi remplie, le couronnement aura lieu, la confiance sera rétablie, l'unité règnera entre le roi et la nation.

L'adresse, naturellement rédigée par Deäk, tout en remerciant le roi de ses paroles et de ses intentions, rappelle les difficultés : qu'ont accumulées dix-sept ans de mauvaise politique. Elle se félicite de voir le roi et la nation enfin d'accord sur une base d'entente, et aflirme la volonté du pays d'assurer le traitement des affaires communes, tout en préservant de tout danger son indépendance légale. Dans l'établissement d'un régime constitutionnel en Cisleithanie, la Hongrie trouvera de nouvelles garanties pour ses libertés, qui ne datent pas du Diplôme, mais qui sont aussi anciennes que le pays. Le Diplôme et la Patente sont inacceptables pour elle ; le Parlement aura donc, comme l'y invite la couronne, à formuler ses propositions au sujet des affaires communes, et de même pour la revision des lois de 1848. Mais, avant tout, il faut que les lois existantes soient appliquées, la continuité du droit reconnue autrement qu’en paroles, le ministère responsable nommé, l'autonomie municipale restaurée : le constitutionnalisme ne peut pas n’exister que sur un point — la demande de revision des lois de 1848 — et, sur tous les autres, faire place à l'absolutisme.

Plus modérée et conciliante dans le ton, cette adresse rappelait, au fond, celles de 1861. Deäk n'avait voulu consentir à aucune concession d'opportunité. En vain le gouvernement, en vain les têtes de son parti, Andrässy, Eôtvôs, Lôonyay, Horväth, le pressaient d'inscrire dans son texte les mots « la situation de la monarchie comme grande puissance ». C'était là, toutes les manifestations de l’empereur, le discours du trône encore le démontraient, le point du Compromis. Deäk, poussé par le centre

4x8 Le comProMIS (1865-1867)

gauche, résistait obstinément, se cramponnait à la Pragmatiquenb Elle parle de la sécurité de la monarchie, rien de plus ; elle prévoit la défensive, non l'offensive ; il est possible que la génération suivante juge la question à un autre point de vue ; mais, pour lui, placé dans les conditions actuelles, il ne peut que s’en tenir aux lois existantes. Ses partisans étaient exaspérés de son obstination ; ils craignaient de voir passer le moment favorable à une entente ‘ ; mais ils étaient impuissants. Deäk était le maître de l'opinion du pays ; à le brusquer, on courait risque de le rejeter plus encore vers le centre gauche, et de le rendre ainsi plus intransigeant. Les conservateurs firent une tentative pour changer la situation. En leur nom, Bartal, vice-président du conseil de la lieutenance, proposa un amendement à l'adresse; la Chambre promettrait, sans exiger, comme Deäk, la nomination préalable d'un ministère, de procéder immédiatement à la revision des lois de 1848, en s'inspirant, non moins que de l'intérêt de la Hongrie. . des besoins de la situation extérieure de l'Empire, des droits du souverain et des désirs justifiés de ses autres États. Bartal s’attacha à réduire les divergences entre le texte de Deäk et le sien à des nuances, insista sur la nécessité de donner cette satisfaction au roi, qui pourrait se lasser, adopter une autre politique, trouver, grâce aux lacunes et à l’imperfection des lois électorales, une autre majorité. Son discours fit grande impression sur le centre droit. Mais Deäk, loin de céder, reprit sa thèse avec force, presque avec brutalité. Il mit en lumière le point de la discussion; l'adresse affirme qu'il ne dépend que de la couronne de restaurer, avec les lois de 1848, la vie politique de la Hongrie; à cette aflirmation, l'amendement substitue de vagues espérances; il n’aboutit qu'à des contradictions. Il faut que la continuité du droit soit reconnue entière, par des actes, et non pas seulement en paroles. L'opportunité, ici, serait le masque de l’absolutisme; le système de Bach, le Diplôme, la Patente, voilà des fruits de l'opportunité; ils doivent suflire à nous en écarter. Nous ferons de la politique d'opportunité plus tard, quand cela nous sera possible et permis. La situation de grande puissance n'est pas inscrite dans la Pragmatique-Sanction, et pourtant l'Autriche est une grande puissance; car ce ne sont pas les mots qui font cette situation, mais une sage politique. Un compromis est nécessaire pour mettre fin aux maux du pays et à sa misère: mais il ne faut pas leurrer le peuple de l'espoir que maux et misère dis-

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