Sybel, Begründung, IV
ses conséquences, l'Autriche pouvait s'assurer la disposition de toutes ses forces contre la Prusse. L'enjeu de la partie en valait la peine. Elle préféra continuer à être le défenseur des « principes », et y sacrifier ses intérêts. Dans son traité avec Napoléon (22 juin 1866), elle ne stipula rien pour elle-même, mais tout en faveur du maintien et de la restauration entière, si possible, des États de l'Église. La politique autrichienne, même dans une crise si grave, ne pouvait pas s'affranchir de ses illusions : la monarchie restait le Don Quichotte de la légitimité.
Jusque dans ses mesures militaires, elle était gênée par les fautes de sa politique intérieure. Elle avait deux généraux pour ses deux armées : l'archiduc Albert, le meilleur, et Benedek, le plus populaire. L'archiduc avait compté sur le commandement en Bohême, et s'y était préparé. Benedek, qui avait fait en Italie la plus grande partie de sa carrière, qui commandait en chef à Vérone depuis octobre 1860, «connaissait chaque arbre » en Italie, comme il le disait lui-même ; «en Bohême, il n’était qu'un étranger ! » Ce fut l’archiduc cependant qui prit le commandement en Italie, et Benedek en Bohème. Il avait longtemps résisté. Les instances de l’archiduc et l'intervention personnelle de l’empereur le décidèrent. Ce choix n'était dicté que par des raisons politiques. Esterhäzy craignait que les soldats hongrois de l’armée du Nord ne manquassent d'élan pour la défense de la cause autrichienne : il comptait pour les enlever sur Benedek, général hongrois, qui avait fait ses preuves à Solférino. Il croyait aussi — bien à tort, comme on le vit par la suite — la situation de la dynastie trop ébranlée ou trop fragile pour exposer un Sos de la famille impériale, déjà impopulaire par son passé, à une défaite qui rejaillirait sur toute sa maison. L'empereur dit à Benedek que s'il persistait à refuser le poste où l'appelait la voix publique, et si un autre général y était vaincu, on le tiendrait lui-même pour responsable du mauvais choix, etil ne lui resterait plus qu’à abdiquer. Benedek, ainsi pressé, se déclara prêt à faire «le sacrifice de son honneur de citoyen et de soldat ». «Si je suis vaincu, » lui avait dit l'archiduc, « c’est la dynastie qui en souffrira ; si c'est vous qui succombez, vous serez la seule victime * ».