‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 249 sur 369 · Friedjung, Benedek · texte numérisé non relu

Friedjung, Benedek

2, D'après une note de Mme de Benedek, Friedjung, Aumpf, 1, 522. — L’archiduc, qui hérita des fruits du travail de Benedek en Italie, rendit d’ailleurs, après Sadowa, publiquement et ofliciellement un plein hommage aux mérites de son prédécesseur, « qui aurait sûrement cueilli, lui aussi, les lauriers de Custozza ».

Rapport de l’archiduc Albert, cité dans Friedjung, Benedek, 409. — Pour tout ce

Victorieuse en Italie, où elle ne défendait que l’honneur, ou le point d'honneur, l'Autriche succomba en Bohême, où elle luttait pour ceux de ses intérêts qu’elle avait considérés jusque-là comme les plus vitaux. Sa défaite était le résultat d’une longue série de fautes accumulées, de trois siècles et demi d'erreurs, de paresse et d’aveuglement. Les vices de l'administration militaire, la nullité et la désobéissance des généraux aristocrates, la mollesse volontaire des soldats hongrois la causèrent bien plus encore que l'insuffisance du commandant en chef qui, lui du moins, avait eu le mérite de connaître la limite de ses forces et de n’accepter qu'à son corps défendant une charge trop lourde pour lui. Ce fut toute la vicille Autriche qui resta sur le champ de bataille de Sadowa. L'aristocratie, dont l'incapacité avait causé sa ruine, se vengea sur Benedek, le parvenu. On commença son procès, que l’empereur abolit, par grâce : puis, tandis que des billets impériaux réhabilitaient les généraux aristocrates qui avaient commis les plus lourdes fautes, un article presque ofliciel écrasa Benedek sous «la perte de la confiance de son impérial maître, l’anéantissement de sa réputation militaire devant les contemporains et la postérité, la vue de l’insondable malheur qui a atteint sous son commandement l’armée et, par la défaite de l’armée, la monarchie entière ‘». On partageait sans doute à Vienne l'opinion d'Esterhäzy sur le danger que courait la dynastie, et pour le détourner on jeta lâchement Benedek en pâture à l'opinion irritée. — IL fallait bien que la vieille Autriche finit comme elle avait toujours vécu.

La paix n’exigea de l'Autriche, sauf une indemnité de guerre relativement modérée, que des sacrifices moraux. L'abandon de la

paragraphe, voir, dans cette admirable biographie, le chapitre XIII: Der Krieg von 1866. Le ministre bavarois von der Pfordten avait dit à un officier de l’entourage de François-Joseph que Benedek à la tête de l’armée valait 40.009 hommes; /.c.,354.

1. Art de la Wiener Zeitung, 8 déc. 1866, dans Friedjung, Kampf, Il, 546-9. L'archiduc Albert s'était prêté à aller demander à Benedek sa parole de ne jamais rien dire ni publier sur son rôle en 1866; couverts par cette promesse, justement confiants dans lirréprochable loyauté du général, les nouveaux chefs de l’armée et les ministres lui lancèrent cette flèche du Parthe. — V. Friedjung, Kampf, I, 497-508 ; Benedek. 395-432. — La conduite de l’empereur et de l’archidue envers Benedek par la suite montre bien qu'il n'était pas jugé si coupable, et qu’on l'avait sacrifié à une prétendue raison d'État. L’archiduc l’accabla de témoignages d'estime et de sympathie, et l’empereur, par une attention délicate, voulut que son fils, passant à Graz en 1873, rendit visite à Benedek, que d’ailleurs il ne rencontra pas. Quoique Benedek eût pardonné à tous, comme il le disait, il ne put jamais oublier la déloyauté commise à son égard par l’article de décembre 1866, et il voulut être enterré sans uniforme et sans honneurs militaires.

Vénétie, décidé avant la lutte, ne la touchait plus. La perte de sa situation séculaire en Allemagne avait une autre gravité. C'est par là que la vieille Autriche est vraiment morte à Sadowa. L'hégémonie de l'Allemagne — qu’elle n’exerçait pas, qu'elle ne pouvait pas, par sa nalure même, puissance aux trois quarts non allemande, exercer dans un sens national — était le vestige de l’ancienne idée impériale, qui avait si fortement influé sur sa politique, le dernier reste de sa grandeur universelle ; c’est par elle que sa politique gardait quelque chose d’imprécis, de vague, de supraterritorial. Il lui fallait rompre ce dernier lien pour devenir tout à fait elle-même, ne plus songer qu'à elle, ne plus s'inspirer que de ses intérêts. Bismarck, pour éviter l'offre imminente de la médiation française, lui fit proposer une paix qui lui aurait laissé l'hégémonie sur l'Allemagne du Sud, lui aurait permis de rester ainsi une puissance allemande ; et les Allemands d'Autriche jugent le ministère des trois comtes impardonnable d’avoir, par obstination féodale, rancune contre la Prusse et défiance de Bismarck, laissé échapper une offre aussi inespérée. En réalité, c'était un piège ou la source de nouveaux conflits. La question allemande n’était pas résolue par un partage suivant la ligne du Main. Elle ne comportait que deux solutions, les deux de 1848 : ou une Grande Allemagne avec et sous l'Autriche, ou une Petite Allemagne avec et sous la Prusse ; mais, en tout cas, une Allemagne. La première était devenue impossible par Sadowa ; il ne restait que la seconde ; car la proposition de Bismarck eût coupé l'Allemagne en deux. Entre ces deux groupes allemands, celui de la Prusse et celui de l'Autriche, aurait pu, il est vrai, se constituer une alliance étroite : c'est l’idée que Bismarck veut avoir eue à ce moment. Mais l'éventualité d'une rivalité nouvelle est bien plus probable. D’ailleurs, l'Autriche se retrouvant dans une position fausse, moitié allemande et moitié autrichienne, la monarchie ne serait pas arrivée à se consolider à l'intérieur; la solution du conflit hongrois aurait été reculée bien loin, si la dynastie avait triomphé même dans sa défaite et par la générosité du vainqueur; tous les avantages qu'elle retira de la netteté de sa nouvelle situation auraient été perdus.

Par les traités de Prague ‘ et de Vienne *, l'Autriche cessa d'être une puissance allemande, et en même temps d'être une puissance italienne. Elle perdit ainsi les deux pôles de la politi-

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