Friedjung, Kampf, II
3. Friedjung, Kamp/f, H, 344, note 4, et II, 345. L'empereur, dit M. F., n’a jamais oublié ce cri poussé dans ce moment.
4. Fischhof, Oest. u. die Birgschaften seines Bestandes, 31-3.
droit écrit, elle réclamait avec instances la restauration de la Constitution, la convocation du Reïichsrath. Les conseils municipaux allemands assaillaient l'empereur d’adresses ; celle de Vienne aboutit à la proclamation de l’état de siège. Quatre ans de Schmerling etun an de Belcredi avaient rendu tous les anciens coniits plus aigus, transformé en haines tenaces les rivalités et les divergences nationales ; la suspension avait réhabilité aux yeux des Allemands le système de Schmerling tout entier. S'ils étaient forcés de s'avouer, tout haut ou tout bas, que la Hongrie était perdue pour le centralisme, ils n’en voulaient que plus obstinément le maintenir en Cisleithanie. Rieger, s’autorisant de certaines sympathies d'idées apparues au Reichsrath, chercha à établir une entente entre son parti et les Allemands autonomistes ; il proposait d’abord de tenir des conférences pour s'expliquer,sans prendre aucun engagement. Mais l'assemblée d'Aussee, qui réunit au commencement de septembre l'aile gauche des Allemands, repoussa cette avance sous des formes polies, en déclarant que les Allemands devaient se mettre d'accord entre eux, avant de chercher une entente avec les Slaves. Ce refus reçut son vrai sens du programme qui fut adopté à Aussee. Il était dualiste sans ambages, et se plaçait nettement sur le terrain de la Constitution de 1861. La Constitution, disait-il, existe en droit, mais toute l'histoire politique de la monarchie, depuis 1867, atteste qu'elle ne peut pas être appliquée en entier. IL faut donc en envisager la modification. Celle-ci ne peut se faire que dans le sens d’un dualisme limité par la reconnaissance d’affaires communes : elle ne pourra avoir lieu que constitutionnellement, par le Reichsrath étroit, représentant des pays qui, ayant élu leurs députés en 1867, ont ainsi accepté la Constitution. Les droits particuliers des provinces ne peuvent être reconnus que s'ils ont gardé jusqu'ici une continuité ininterrompue, — formule qui exelut le programme des Tehèques. La revision des affaires communes opérée, il faudra procéder à la revision spéciale à la Cisleithanie, pour y établir un système vraiment parlementaire, sur la base des élections directes. Il semblait diflicile d'aller après Sadowa plus loin dans la voie du centralisme. Cependant la majorité des Allemands condamnaient la concession de ce dualisme, « qui visiblement ne se distingue de l’union personnelle que par son manque de clarté ». Une assemblée de centralistes, qui se tint à Vienne en octobre, réclama le maintien intégral, au moins dans les principes, de la Constitution de 1867, en particulier en ce qui concerne l'extension des affaires communes et la manière deles traiter :
le développement du système parlementaire, c'était pour elle la seule condition du salut. Avec une belle inconscience, elle se déclarait prête, «dans ces limites », à de loyales concessions, à la Hongrie en particulier. Il fallait un Hasner pour avoir ce sérieux comique. Dualistes et centralistes entamèrent un violent duel de presse ; mais déjà il devenait visible, à certains flottements, qu’au dernier moment un grand nombre de centralistes ne se piqueraient pas d'une fidélité obstinée aux principes, lâcheraient l’ombre pour la proie, et accepteraient le dualisme au prix de l’hégémonie allemande en Cisleithanie ‘.
L'Autriche et la Hongrie ignoraient également que l'avenir était déjà engagé par le choix que l’empereur avait fait d’un nouveau ministre des affaires étrangères. Dès la fin d'août 1866, François-Joseph avait désigné, pour remplacer Mensdorff et Esterhäzy, destinés à se retirer en même temps, l’ancien premier ministre du roi de Saxe, le baron de Beust. Mais sa nomination devait rester secrète jusqu’à ce que la paix définitive eût été conclue entre la Saxe et la Prusse. Rien n’en transpira pendant près de deux mois. Ce fut à Prague, pendant la visite par laquelle l'empereur récompensait la Bohème de sa fidélité durant la guerre, qu'elle fut publiée. Beust devait à la recommandation du roi et du prince royal de Saxe, amis particuliers de François-Joseph, une situation qui était depuis longtemps l'objet de ses ambitions. IL espérait jouer un grand rôle dans la politique européenne; ce n’est que dans la politique autrichienne qu'il a laissé une trace durable. C'est par lui que le Compromis, si longtemps cherché, s’est enfin réalisé. Sur la dernière page du chapitre où Beust, dans ses Mémoires, raconte son rôle dans les négociations du Compromis, Andrässy, qui devait le remplacer à Vienne après avoir été, grâce à lui, premier ministre hongreis, a inscrit cette appréciation qui, portée sur un ministre des affaires étrangères, ne manque pas d’une ironie gaie : &« Autant les idées de Beust sur la politique extérieure étaient fausses, autant était exact et sûr son jugement sur la situation intérieure de la monarchie * ».