Lederer, Andrässy, I, 215-7. ï
460 LE coMPROoMIS (1865-1867)
aussi illogique que celui qu'il avait esquissé aux Soixantesept, inspiré des mêmes principes et établissant, pour garantir l'indépendance de la Hongrie constitutionnelle, l'absolutisme dans les affaires communes. L’extrême gauche posait la question préalable : les lois de 1848 ayant réglé définitivement la condition de la Hongrie, il n'y a pas lieu d’en faire de nouvelles. Elle était sincère dans son fanatisme national: le centre gauche ne faisait qu’une manœuvre électorale. La discussion, qui dura dix jours, ne manqua ni de vivacité ni d'éclat. Tisza s'efforça de montrer dans le projet des Soixante-sept le tombeau de l'indépendance hongroise. Une seule voix détachée en séance commune de la Délégation hongroise donnera à l’autrichienne le pouvoir d’obliger la Hongrie et de lui imposer des charges ruineuses; le ministre commun n'est pas un pouvoir hongrois; les Délégations enlèvent au Parlement hongrois son droit cardinal, le vote du budget militaire, qui, dans tous les pays constitutionnels, est la garantie de l'influence du Parlement sur la politique étrangère; elles sont un vrai Parlement; les accords économiques décennaux seront pratiquement rendus perpétuels. Ghyezy soutint que le maintien de l'indépendance des pays de la couronne de Hongrie était la meilleure garantie de la puissance de la monarchie. En faveur du projet, Eôtvôs fit valoir surtout l'argument historique qu'il avait si souvent développé dans ses écrits : l’union de la Hongrie avec l'Autriche est une conséquence nécessaire de la formation des grands États européens. La Hongrie est intéressée à ce que la monarchie soit une grande puissance. Les lois de 1848, qui ont bien assuré son indépendance intérieure, n'ont pas donné les mêmes garanties à son influence nécessaire sur les affaires communes; elles ont besoin d'être complétées et corrigées à ce point de vue. d'autant plus que, dans le reste de la monarchie, la Hongrie n’a plus affaire à un souverain absolu, mais à des pays constitutionnels. Trefort invoqua l'intérêt économique : la Cisleithanie est la meilleure cliente de la Hongrie ; l'union économique, augmentant la richesse de la Hongrie, augmentera aussi son influence politique. Szentkirälyi loua le projet d'avoir trouvé un juste milieu entre l'idée de l'indépendance et celles qu'avait exprimées le Diplôme d'octobre, et appela l'Autriche l’allié providentiel de la Hongrie, assez fort pour l'aider, pas assez pour l’'opprimer. Balthasar Horvät démontra que le projet était le développement logique des idées de la Pragmatique-Sanction. Deäk enfin, à l'aide de citations des anciennes lois et des discours
prononcés en 1848 par Batthyäny, Eôtvôs et Kossuth lui-même, prouva que depuis des siècles les affaires communes existaient et étaient reconnues par la Hongrie, et qu'en particulier la communauté des affaires étrangères et de l'avmée n'avait pas été sérieusement contestée depuis la Pragmatique Sanction. Contre les accusations de Tisza, il déclara que, si le nouveau système créait une certaine dépendance, elle était au moins réciproque, et qu'il ne fallait pas voir seulement ce que perdrait la Hongrie, mais aussi ce qu'elle gagnerait. Il termina en faisant appel à la sagesse du pays, en l'exhortant à ne pas s’exagérer sa force, à reconnaître qu'il ne pouvait plus être à lui seul une grande puissance. 257 voix contre 117 et 22 abstentions prononcerent le passage à la discussion des articles, c'est à-dire pratiquement l'adoption du projet. Aux magnats, les hommes de 1860, Vay, Szogyény, Szécsen avec plus de réserves, se prononcèrent en faveur du projet, qui fut adopté sans opposition '. Mis en forme de loi et rédigé en articles, il fut voté définitivement le 20 mai. — La revision des lois de 1848 alla aussi vite. L'oflice du palatin, qui avait sa raison d’être dans l'ancienne Constitution féodale, était incompatible avec le principe du gouvernement parlementaire, et même, la Révolution l'avait prouvé, dangereux. On ne le supprima pas directement, par respect pour la tradition; mais on décida, jusqu'à ce qu'une loi eût fixé exactement les attributions de cette charge, de ne pas nommer de palatin. Le droit de dissolution fut affranchi des entraves qu'y avaient apportées les lois de 1848. La loi sur la garde nationale et les règles posées en 1848 pour l'administration de la guerre furent suspendues en prévison de l'adoption d'un nouveau système militaire. Il n'y eut que quelques escarmouches ; les débats restèrent sans intérêt, le résultat était acquis d'avance.
L'opposition, vaincue dans le Parlement, essaya d'agiter le pays. Elle comptait sur l'action de ses phrases patriotiques, et sur l'influence personnelle que ses chefs exerçaient dans leurs comitats. Le ministère avait pris soin de rappeler aux comitats que, sous le régime parlementaire, ils n'avaient plus aucun titre à faire, comme sous l’ancienne Constitution, de la politique générale : c'était la logique et l'évidence mème ; le boulevard de la Constitution, c'était désormais le Parlement, Mais la résistance dans les comitats était une vieille tradition hongroise, chère à l'opposition. Tisza dans celui de Bihär, Ghyezy dans celui de’ Komorn firent adopter des résolutions qui saluaient