‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 266 sur 369 · Rogge, Il · texte numérisé non relu

Rogge, Il

question croate, avait dit Andrässy à l'empereur, qu'on mesurera dans le pays la confiance qu’elle a en nous »; et l'empereur avait promis de ne rien faire dans cette question à son insu ; ce qui revenait à lui donner carte blanche ‘. La politique hongroise avait ainsi les mains libres. Sur la proposition de Deäk, le Parlement de Pest invita, le 10 avril, la Diète d'Agram à lui envoyer ses députés pour que la représentation nationale figurât au complet au couronnement: il déclarait qu'on était d'accord sur les principes d’une entente — unité de la couronne de Saint-Étienne, large autonomie de la Croatie — et qu'il ne resterait qu'à en déterminer les détails. La Diète croate fut convoquée de nouveau pour répondre à cette proposition. De Vienne, une violente pression s'exerçait en faveur de la Hongrie. Mgr Strossmayer, cité ad audiendum verbum regium, reçut le choix entre une visite forcée à l'Exposition universelle de Paris et la présence à la Diète avec obligation de voter pour la Hongrie; il préféra le voyage. Malgré tout, le parti national, adversaire des propositions hongroises, garda la majorité. La Diète s’obstina dans sa résistance et ses prétentions, et fut aussitôt dissoute. La ville de Fiume, que se disputaient depuis longtemps la Hongrie et la Croatie, fut placée sous l'autorité d'un commissaire extraordinaire du gouvernement hongrois, et invitée, sans préjudice pour l'avenir, à envoyer son représentant au Parlement de Pest. Le couronnement s’accomplit ainsi sans que la question croate eût été définitivement réglée. Mais la solution n’était pas douteuse. Le baron Rauch, le chef du parti (magyaron », favorable à l'union avec la Hongrie, fut nommé ban; et grâce à lui le Compromis hongro-croate fut signé; plus d’un an après le Compromis austro-hongrois, à la fin de 1868 *.

Le couronnement de François-Joseph comme roi de Hongrie, qui eut lieu en juin 1867, scella l'accord conclu entre la dynastie et les Magyars. En acceptant de procéder à cette cérémonie que, dix-huit ans plus tôt, à son avènement au trône, il n'avait même pas songé à mentionner, François-Joseph faisait publiquement amende honorable pour Schwarzenberg et pour Bach comme pour Schmerling. En consentant, après dix-huit ans de pouvoir effectif, à chercher dans le couronnement historique la légitimation de son

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