Beust, Aus drei Vierteljahrh. II
474 LE comproMIs (1865-1867) propriété, et, par suite, dans les Diètes ‘. A Prague et à Brünn; ce furent des Diètes en majorité allemandes qui se réunirent au début d'avril. À Prague, au milieu de l'hostilité et des interruptions de la majorité, Rieger prononça encore contre le dualisme un de ses plus beaux discours. Tous les arguments politiques et tous les arguments de droit qu’on pouvait faire valoir contre le nouveau système y sont réunis et présentés avec une conviction et une passion ardentes, et pourtant pre’que toujours avec mesure. Le dualisme affaiblira la monarchie : il est un système dirigé uniquement contre les Slaves ? ; par là même, il compromet la mission de l'Autriche en Orient, mission qui ne peut s'accomplir qu'avec le concours enthousiaste des Slaves; il donne aux Magyars un rôle au-dessus de leurs forces ; il impose aux pays non hongrois, en particulier à la Bohême, un octroi, «non pas un octroi de notre empereur et roi légitime, mais un octroi de M. Deäk » ; il lèse les droits historiques du royaume ; il sanctionne une injustice commise au détriment de la nation tchèque, d'une nation qui à pour devise : &« maintenir l'Autriche et se maintenir dans l'Autriche », et les conséquences de cette injustice pourront peser lourdement sur la monarchie ; ce n’est pas moi, dit Rieger, c'est un écrivain étranger, Saint-René Taillandier, qui a dit : «Chaque injustice exercée contre les Tchèques est une arme redoutable donnée à la propagande de l'esprit russe... Le jour où tout espoir leur serait enlevé, le jour où la Russie seule leur apparaîtrait comme une puissance libératrice, ni l'autorité du gouvernement autrichien ni les exhortations de M. Palackÿ ne pourraient opposer une digue au courant de l'opinion ». Je ne prends pas, dit Rieger, toutes ces paroles à mon compte : mais elles sont d'un homme d'une haute culture politique, et elles méritent à ce titre de retenir l'attention de ceux qui dirigent les destinées de l'Autriche. Qu'ils n'oublient pas que, pour maintenir l'Autriche, il faut avant tout qu'ils prennent pour règle de leur politique envers les peuples slaves la justice. € Ne venez pas nous dire un jour que nous ne vous avons
1. Dans le collège de la grande propriété fidéicommissaire de Bohème, l'élection eut lieu à une voix de majorité; Srb, Pol, dèj., 1, 176. Kalousek, Reëi dra Riegra, IV, 200, dit à 3 voix.
2. 1 cireulait dans le public un récit d’après lequel Beust, à qui un gouverneur faisait observer combien le retour à la Constitution de février déchatnerait d'opposition parmi les Slaves, aurait répondu : « Je ferai des Slaves ce que Belcredi voulait faire des Allemands; je les collerai au mur. » Beust nia le propos, ce qui ne prouve pas qu'il ne lait pas tenu. Srb, Pol. dèj., 1, 199, note.
pas avertis à temps, Discite justitiam moniti! ». Mais les Tcheques ne comrbattaient que pour l'honneur. La majorité avait son siège fait ; la discussion même ne pouvait que la pousser à l'intransigeance. Rieger, pour marquer son désir d'une entente avec les Allemands, leur avait dit : nous vous tendons une feuille blanche, inscrivez-y toutes les garanties que vous pouvez désirer pour votre nationalité dans ce pays, nous vous les donnerous, car elles nous garantiront, à nous, que l'unité de ce pays sera maintenue, et c'est notre désir le plus cher *. L'orgueil allemand pouvait-il subir plus cruelle offense que de se voir traité par les Tchèques comme Deäk traitait les Croates ? Les Allemands ne prirent même pas part à la discussion ; la plupart d'entre eux, pendant que les orateurs tchèques parlaient, se trouvaient au buflet, même Herbst, le rapporteur de la majorité *, Ilne se donna pas grand peine pour justifier sa proposition délire les députés, qui fut adoptée. Rieger se leva pour une dernière protestation. Le Reichsrath non hon-
1. Reëi dra Riegra, 220-42, La citation de Saint René Taillandier en français dans le texte, p. 240-1.