Srb, Pol. dèj., I
2 Kényi, Dedk, V, 80.
3. Il n'inspirait d’ailleurs pas grande confiance aux Hongrois : « s’il devient ministre, il jouera le rôle de Schmerling envers nous et envers Beust», dit Lônyay. Kényi, Dedk, V, 97.
Le discours du trône et les adresses de réponse des deux Chambres forment un contraste intéressant : l’un est timide, semble présenter des excuses, les autres sont raides et sévères. L'empereur explique qu'il a fallu mettre d'accord, dans l'intérêt même du constitutionnalisme, le droit public {plus ancien» de la Hongrie avec le Diplôme et la Patente. « J'espère fermement que le Reichsrath ne refusera pas son consentement à l'entente conclue, qu'un examen impartial de la situation sous tous ses aspects fera disparaître des inquiétudes qui devraient me tourmenter profondément, si je n'avais la conviction qu'une sineère bonne volonté, de tous les côtés, assurera Le succès du nouvel ordre de choses. » Il annonce les lois de revision de la Constitution, insiste sur la nécessité de donner une solution à la question financière ; il invite les membres du Parlement à jeter un voile sur un récent et douloureux passé. répudie toute idée de revanche, convie tous les peuples de l'Autriche au travail utile et fécond. Herbst, dans son projet d'adresse, rappelle sans ménagements « le désespoir complet auxquels s'abandonnèrent, après les coups qui frappèrent l'Empire l'an dernier, tant de cœurs patriotes, le redoutable sentiment de découragement et de manque de confiance en l'avenir de l'Empire qui sempara des esprits et se répandit toujours plus loin » : c'est la suspension qui a tout fait. Il prend acte du rétablissement de la Constitution hongroise, comme d'un fait acquis, en regreltant que, par la suspension, la représentation constitutionnelle des pays non-hongrois ait été empêchée d'exprimer à temps leurs vues et leurs vœux. Dans la discussion du Compromis, le Reichsrath ne peut s'inspirer que des droits et intérêts des pays qu'il représente ; c'est le seul moyen d'arriver à un accord satisfaisant pour tous et par là même durable. La Constitution de 1861 a besoin aussi d’être révisée en un autre sens, pour Centourer les droits constitutionnels du Reichsrath de garanties égales à celles dont jouit la Constitution hongroise. » En Autriche aussi, il faut établir le principe que « aucune loi ne peut entrer en vigueur sans le consentement des représentants du peuple ». La Patente militaire, retirée en Hongrie devant les protestations du Parlement, mais maintenue en Autriche, et tant d’autres mesures prises jusque dans ces derniers temps, vont contre ce principe. L'adresse enregistre les promesses de modifications libérales à la Constitution; elle y ajoute la demande d'une complète réforme administrative et judiciaire, de lois assurant aux citoyens les libertés modernes, et de la revision du Concordat dans celles
de ses dispositions qui ont trait à la justice et à l'instruction; elle salue la déclaration qu'on ne songe pas à une revanche, et se termine par un appel à l'union. L'adresse de la Chambre des seigneurs, rédigée par Ant. Auersperg, insiste beaucoup plus sur les dangers du dualisme, les regrets qu'il inspire, les garanties qui sont nécessaires à l'unité de la monarchie ; elle prend acte des promesses libérales du discours du trône, et recommande une politique franchement moderne de progrès et de culture intellectuelle. « L'adresse des députés est coulante et conciliante dans la question du Compromis, mais sévère, énergique, détaillée, sans fard dans les questions de liberté; l'adresse des seigneurs se montre raide et fermée vis-à-vis de la Hongrie, molle et pleine de réserves en ce qui concerne la liberté ».
Même les députés les plus résignés au dualisme ne voulurent pas se priver, dans la discussion, du plaisir d'assouvir sur Beust leur rancune centraliste, et il ne se gêna pas de leur répondre que le prix de la restauration de la Constitution était, il ne l'avait jamais caché, le Compromis avec la Hongrie, et que quelques mois plus tôt ils n'avaient pas trouvé ce prix trop haut. L'ensemble de l'adresse fut adopté presque à l’unanimité. Pour affermir sa position vis-à-vis del’empereur et vis-à-vis des Hongrois, Beust avait besoin d'une forte majorité. Il en trouva l’appoint dans les Polonais, qui, jusqu'au dernier moment, feignirent de vouloir au moins s'abstenir, puis, dans une négociation poursuivie pendant une séance de nuit dans un local voisin de la salle des séances, lui vendirent leurs voix contre la promesse de nouvelles concessions nationales qui les rapprocheraient de leur but : la polonisation et l'autonomie complète de la Galicie. Ils craignaient, s'ils refusaient leurs voix à Beust, d'affaiblir sa position et de frayer ainsi la voie à un ministère encore plus centraliste-allemand *. Ils s'irritèrent sans doute aussi de l'attitude nouvelle des Tchèques. Encore tout chauds du combat, les principaux chefs tchèques étaient allés, à l’occasion de l'exposition ethnographique de Moscou, manifester en Russie leurs sympathies slaves. Leur besoin de prouver au monde et de se prouver à eux-mêmes qu'ils n'étaient pas isolés, pas à la merci de leurs adversaires, qu'une grande race les soutenait de son intérêt et de ses vœux, était humainement fort compréhensible. Mais le voyage à Moscou n'en fut pas moins une grosse faute politique. Les sympathies russes étaient purement
1. Schulthess, Eur. Gesch.-Kalender, 1867, 269. 2. Konyi, Dedk, V, 97-8.
platoniques. Le gouvernement de Saint-Pétersbourg avait d'autres buts, plus positifs et plus précis que l'établissement de la solidarité slave. L'accueil que reçurent les Tehèques ne pouvait que les entretenir dans des illusions nuisibles à leur propre force. Leur pèlerinage, par contre, irrita les Polonais, dont la brouille avec la Russie était, depuis 1863, de nouveau complète ; il blessa et inquiéta la cour de Vienne, toujours ballottée de la peur du panslavisme à celle du pangermanisme ; il fortifia ainsi la situation de Beust et des Allemands de Bohême, alliés pour faire adopter le Compromis ‘.
Les adresses de deux Chambres montraient que le dualisme ne rencontrerait plus en Cisleithanie de résistance sérieuse. Ainsi était assuré le succès du plan qu'Andrässy avait tracé à Beust : aJourner le Reichsrath après l'adresse, pour ne le réunir que lorsque, après le couronnement, le fait accompli aurait reçu une nouvelle et solennelle sanction *. Le ministère, au nom de l'empereur, invita le Parlement à se faire représenter ofliciellement au couronnement hongrois. Malgré les protestations de quelques centralistes, une députation fut élue, qui n'eut, déclara-t-elle, qu'à se louer de l'accueil reçu à Pest”. Sa présence fut la première reconnaissance solennelle du nouvel ordre de choses par les peuples autrichiens, comme la ratification de principe par l'Autriche constitutionnelle des engagements de l'Autriche absolutiste. Aussitôt le couronnement accompli, la loi hongroise sur les affaires communes et la revision des lois de 1848 furent sanctionnées. En Autriche, le Reichsrath appliqua pour la première fois le principe nouveau de la parité, en élisant une députation chargée de s’aboucher avec une députation égale en nombre du Parlement hongrois pour régler « les questions que la loi hongroise sur les affaires communes assigne aux députations »; le principe des Délégations fut accepté du même coup ‘. Le nouveau régime semblait tenir ses promesses constitutionnelles; le ministère de la guerre, sur les protestations du Reichsrath, suspendait l'exécution des mesures que, quelques jours encore auparavant, il avait prises par voie absolutiste; c'était pour l'Autriche le bon côté de la parité. En juillet, le Reichsrath se sépara pour laisser la place aux députa-
tions.
Srb, Pol. dëj., I, 199, 202. Denis, 0. C., IT, 507-8. Kônyi, Dedk, V, 78.