‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 278 sur 369 · Kényi, Dedk, V · texte numérisé non relu

Kényi, Dedk, V

2, Plus tard gouverneur de la Banque.

tradiction est évidente. Les membres de la majorité, sans rien sacrifier des droits du pays, (non seulement de ceux qu'il aexercés jusqu'ici, mais aussi de ceux qui ont jamais pu ou pourront jamais lui appartenir »', tenaient compte des nécessités politiques et économiques qui s'imposaient à eux. Lényay et Deäk insistaient sur les difficultés pratiques et politiques que soulèverait un partage en capital de la Dette, sur l'urgence de s'entendre avec l'Autriche, et de consentir aussi à enchainer volontairement pour un temps la liberté dela Hongrie en matière de législation économique, si on ne voulait pas rétablir la ligne de douanes, Ils faisaient à la communauté, en considération de l'union politique établie par la Pragmatique-Sanction et des résultats de l'unité de fait qui avait duré plusieurs siècles, sa large part; mais ils réservaient en principe tous les droits de la Hongrie comme État indépendant, C’est pour bien le montrer que le projet des Soixante-sept stipulait que les accords économiques seraient temporaires, tandis que le Compromis politique, dans le silence des textes, devait rester en vigueur jusqu'à révocation. En outre, cette limitation de la durée du Compromis économique devait donner aux hommes d’État hongrois une arme nouvelle pour défendre la Constitution. Si un retour à des idées absolutistes et centralistes se manifestait jamais à la cour, l'échéance des accords économiques serait un excellent moyen de pression ; la Hongrie pourrait et devrait n'en accorder le renouvellement que contre de nouvelles garanties du respect de ses droits *. L’Autriche voyait la situation d'un autre œil. Son industrie et son commerce avaient en Hongrie leur principal marché : ils y jouissaient d'un monopole de fait ; la menace constante d'une dénonciation des accords commerciaux pèserait lourdement sur eux, les maintiendrait dans une dangereuse incertitude. Les Autrichiens s'inquiétaient de ces perspectives ; ils s'irritaient et s’indignaient de l'attitude que les Hongrois prenaient dans la question de la Dette. Les emprunts autrichiens n'avaient-ils pas servi en grande partie à la délivrance de la Hongrie, plus tard à sa mise en valeur par des réformes administratives et des travaux publics”? Vouloir répudier maintenant la charge commune en gardant les avantages qui en formaient la contre-partie, n'était-ce pas de l'hypocrisie, si l’on invoquait des textes de lois pour masquer l'âpre recherche du profit, et en tous cas une eflronterie sans pareille ? « Je tiens », disait Rieger ‘, «que la nouvelle Autriche

1. Deäk aux Soixante-sept. Konyi, Dedk, IV, 291. 2. Lederer, Andrdssy, 1, 280-1. K6nyi, Deük, IV. 3. Diète de Bohème, 12 avril 1867, Reër dra Riegra, IV, 23%, 2756,

doit accepter cet héritage de la vieille Autriche sans bénéfice d'inventaire, comme disent les juristes. Les Hongrois pas plus que nous n’ont pu autrefois empêcher que des dettes publiques ne fussent contractées : il ne nous reste maintenant qu’à faire banqueroute et à dire : « Personne ne paie, » ou à payer tous également et honnêtement. Il n'est pas sûr que les Hongrois eussent jamais consenti à plus de concessions : mais le triomphe leur fut rendu facile par l'attitude des négociateurs autrichiens. Les premiers pourparlers avaient eu lieu entre Andrässy, Eütvôs et Lényay d'une part, et Belcredi avec Beust d'autre part: d'un côté, des patriotes hongrois, préoccupés uniquement d'assurer, et sous tous ses aspects, l'avenir de leur pays, des hommes aux idées larges, instruits par l'expérience, et l'un d’eux au moins bien au courant des questions qu'ils avaient à résoudre ; de l’autre un politique et un diplomate, plus attachés à la forme qu’au fond des choses, ignorants, Beust encore plus que Belcredi, des questions économiques, n’en comprenant même pas l'importance, dominés par l'idée qu'ils avaient à servir avant tout l'intérêt de la monarchie, et croyant le servir en sacrifiant l'Autriche à la Hongrie. Notre point de vue, dit plus tard au Reichsrath Becke ‘, le conseiller financier de Beust, ne pouvait être que celui d’une complète impartialité, avec le seul souci des intérêts de l'empire ; et le Reichsrath ne se récria même pas. Wüllerstorff, le ministre du commerce, essaya sans succès de lutter et démissionna. Becke, intelligent et capable, mais léger, d'imagination optimiste, sans scrupules, enrichi des commissions perçues sur les emprunts qu'il avait négociés, ne cherchait qu'à se maintenir en faveur et à garder définitivement le portefeuille qui lui avait été confié à titre temporaire. Ce n’est pas lui qui eût contrarié Beust, pressé d'en finir. La conclusion du Compromis était un intérêt dynastique et politique du premier ordre, etles ministres de l’empereur ne pouvaient pas la retarder en faisant trop de difficultés sur ces questions d'argent. Elles méritaient pourtant, eton l'a vu depuis, d'être traitées moins cavalièrement, avec moins de négligence aristocratique. Beust s’endormit un jour que le gouverneur de la Banque autrichienne lui exposait la nécessité de ne pas oublier dans le Compromis la question de la Banque; il écouta à peine la lecture de la convention définitive sur la Dette et les quotes-parts ; sa pensée était ailleurs ”. Devant le Reichsrath, il

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