Marcezali, IL Jôzsef
2 Sur le règne de Marie-Thérèse en Hongrie, (Marezali), À mag. nemzet torl. VIII, L. I, plein d'idées et de faits intéressants.
satisfaire son esprit absolu. Ces formes vénérables, que sa mère sagement avait laisser subsister, lui paraissaient des vestiges surannés d'un âge à jamais disparu : elles encombraient l'État rationnel qu'il rêvait de fonder. D'un trait de plume, il les abolissait. Marie-Thérèse avait évité de soulever des oppositions trop violentes et arrêté ses réformes aux frontières de la Hongrie. Cette prudence semblait à Joseph de la faiblesse. Il ne pouvait admettre que la raison reculât devant le préjugé, la philosophie devant la superstition. — Il refusa de se faire couronner roi de Bohème et roi de Hongrie, cessa de convoquer les États dans tous ses pays, resserra la discipline et étendit les pouvoirs de l'administration monarchique, qu'il introduisit aussi en Hongrie, réorganisa sur un modèle partout uniforme les finances et la justice, de manière à les rendre dépendantes de lui seul et à s'assurer un revenu certain, entreprit d'effacer par, une division nouvelle de toute la monarchie en cercles jusqu'à la trace des droits historiques de ses États, de recouvrir sous le vernis de la langue d'État allemande la diversité nationale de ses sujets. Il échoua devant l'immensité et la difliculté de son œuvre, l’insuflisance des moyens dont il disposait, les complications extérieures où il se laissa entraîner ou se jeta, la résistance presque unanime de ses sujets, l'insurrection que déchaînèrent en Belgique ses mesures-les plus louables, les édits de tolérance. A son lit de mort, il dut révoquer toutes ses réformes. Son successeur Léopold IT eut la sagesse de patienter et de temporiser. Il laissa se calmer les fureurs soulevées par Joseph, et qui s'étaient déchainées lorsque l'empereur, malade, vaincu, se voyant méconnu par ceux mêmes qu'il avait voulu servir, avait dû proclamer lui-même son échec. Il se donna le temps de débrouiller la situation extérieure menaçante que lui avait léguée Joseph. Lorsqu'il y eut réussi, il put de nouveau consacrer toutes ses forces à la restauration de son autorité à l’intérieur ; et de cette crise, qui avait été si grave, le pouvoir monarchique sortit, au bout du compte, grandi et fortifié. L'aristocratie de Bohême n'avait point eu de part à la défaite de Joseph : elle n’en fut que plus ardente à la curée. Dans sa première ardeur de réaction, la Diète de Prague ne réclama rien de moins que la restauration pure et simple de la Constitution de 1627, avec abrogation de la clause qui conférait au roi le plein pouvoir législatif. C'était toute l'œuvre de Marie-Thérèse qui eût ainsi été abolie. Mais cet élan ne dura pas longtemps. Il n'y avait plus en Bohème une aristocratie politique, mais seulement
une caste nobiliaire, moins passionnée pour ses droits que jalouse de ses privilèges de classe et des profits matériels qu'elle en tirait. Joseph avait édicté en faveur des paysans toute une législation sociale, qui devait les affranchir entièrement de la dépendance des seigneurs. Ceux-ci se trouvaient ainsi à la fois blessés dans leur orgueil et, par la suppression de la corvée, lésés dans leurs intérêts. La remise des paysans en servage fut le prix dont Léopold paya l'abandon par les États de leurs revendications constitutionnelles. La Révolution française commençait ; elle avertissait les puissances établies, rois et nobles, de ne pas s’affaiblir en se divisant : la classe rurale fit les frais de leur union. En acceptant ce marché, l'aristocratie féodale se condamna elle-même à subir les nouveaux empiètements du pouvoir royal: mais celui-ci, rendu plus prudent par l'échec de Joseph, au lieu de se lancer dans des actions à grands fracas, en revint au système des envahissements mesurés ‘, qui, pratiquement. n'était guère moins profitable. Le groupe des pays allemands-slaves garda définitivement la forme centralisée qu'il avait prise depuis 1763.
En Hongrie, la situation était plus diflicile. Aucun des pays de la monarchie n'a retiré plus de fruit du règne de Joseph : ses réformes y ont vraiment réveillé la vie nationale *. Mais leurs heureux résultats ne pouvaient apparaître que plus tard. Pour le moment. le pays n'en voyait que les mauvais: sa couronne enlevée et transportée à Vienne, ses traditions méprisées, son administration autonome nationale remplacée par un système bureaucratique. sa langue sacrifiée à l'allemand, ses droits constitutionnels confisqués. L'exaspération était générale. Joseph, en rétractant ses réformes, avait ordonné qu'elles resteraient en vigueur provisoirement jusqu'à la tenue de la Diète. Mais nombre de comitats, sans se soucier de la volonté royale, restaurèrent purement et simplement l'ancien régime. Ce fut bien pis lorsque Joseph fut mort. Léopold s’empressa de convoquer la Diète. A quel titre ? demandèrent plusieurs comitats. Il n'est pas l'héritier légitime du trône ; il n’y a pas d'héritier du trône; Joseph, en ne se faisant pas couronner, a violé le pacte qui donnait aux Habsbourg le trône de Hongrie, «interrompu le fil de la succession »; il a par là rendu à la nation son droit d'élire le roi”. Les projets les plus