Kényi, Deük, V
Si imparfait que fût le Compromis économique, chacun y trouvait sa satisfaction : l'Autriche, d’avoir fait régler la question de la Dette, que les Hongrois auraient voulu d’abord traîner encore en longueur, et les Hongrois, d’être dégagés de toute solidarité avec l'Autriche sur ce point, et d'économiser un nombre respectable des millions qu’ils auraient payés si le partage des charges s'était fait exactement suivant les forces contributives des deux pays ‘. La quote-part de 70 contre 30 paraissait en général parfaitement juste à chacun des deux pays *. Le terme de dix ans ne semblait ni trop long aux Magyars à leur point de vue politique, ni trop court aux Autrichiens à leur point de vue économique. Qu'il y eût un risque dans cette union politique à terme illimité fondée sur des accords économiques temporaires, nul ne pouvait le nier ;: les optimistes cherchaient à se rassurer en insistant sur la solidarité des intérêts, les anciennes relations, qui faciliteraient. qui imposeraient toujours une entente * ; les autres se pliaient à l’inévitable. La « carte forcée » que Beust avait imposée aux Autrichiens avait été la plus grande faute: les fautes de détail commises dans la négociation ne l’avaient pas très sensiblement aggravée *.
Le gouvernement déposa les projets de Compromis économique en même temps que la commission de revision soumettait au Reischrath ses propositions. Beust avait voulu ne modifier les lois constitutionnelles que dans la mesure où l’exigeait le Compromis ; mais la Chambre des députés jugea nécessaire de profiter de l’occasion pour y introduire tous les changements dont l'expérience faite depuis 1861 avait montré la nécessité. La majorité espérait toujours rapprocher par des institutions vraiment libérales les diverses nationalités, et donner ainsi à la Constitution autrichienne la solidité qui lui avait manqué jusque-là. Elle fit preuve d’un grand désir d'entente envers les fédéralistes. Elle résista à la tentation d'établir l'élection directe des députés, pour ne pas
1. Lederer, Andrüässy, 1, 128. Les appréciations sur ce nombre de millions varient, suivant la base de calcul adoptée, de 4 à 13 millions. Lederer compte que la Hongrie payait 1/5 des intérûts totaux de la Dette.
2. Kônyi, Dedk, V, 145-1447 (Lôonyay), Neue Gesetzgebung, 1, 756, 926 (Brestel, Hock, rapporteurs des deux Chambres autrichiennes).