‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 296 sur 369 · Fischhof, Oest, u. die Bürgsch. seines Bestandes · texte numérisé non relu

Fischhof, Oest, u. die Bürgsch. seines Bestandes

dispensent de chercher d'autres moyens de concurrence. Les classes inférieures ont certainement le patriotisme de langue; mais les difficultés de la lutte quotidienne pour l'existence les empêchent d'en suivre les impulsions aussi vivement, aussi exclusivement que fait la bourgeoisie : elles n'ont pas non plus assez de loisirs pour apprécier dans la langue la littérature, le trésor des idées. Pour l'intérêt, ce n’est guère dans ces classes que se rencontrent les candidats aux fonctions publiques. La bourgeoisie, au contraire, reçoit une culture nationale; elle fournit la majorité des candidats aux emplois: elle a, dans les professions libérales, surtout parmi les professeurs et les avocats, un élément puissant d’enthousiasme et d'agitation. C’est ainsi que, socialement, la question des nationalités se concentre dans la bourgeoisie. — Géographiquement elle se concentre dans les pays des Sudètes, surtout en Bohême, précisément parce qu'elle est une question des classes moyennes. Il n'y a pas d'autre région de l'Autriche, en effet, où s'opposent l'une à l’autre deux bourgeoisies, séparées par la nationalité, mais, au reste, également développées, également avancées et également prospères. Dans les pays des Alpes, les Allemands sont ou seuls ou en face des Slovènes, peu nombreux et dont la langue n’est pas encore perfectionnée. En Galicie, il n'y a que des Polonais contre des Ruthènes ; en Dalmatie, des Slaves contre des Italiens ; et, dans ces deux pays, l'évolution sociale trop lente n'a pas encore fait apparaître une bourgeoisie qui compte vraiment. Les pays des Sudètes, au contraire, sont, avec la Basse-Autriche, les mieux cultivés, les plus industriels, les plus commerçants, les plus riches de la Cisleithanie. Les Tchèques ont profité des heureuses conditions naturelles de ces provinces, de l'essor économique qu’elles ont pris depuis 1848; leur richesse, leur culture, leur importance sociale s’en sont accrues. Ils ont aussi profité, et beaucoup, de la présence dans leur pays des Allemands ; ceux-ci leur ont transmis les idées occidentales modernes, qu'eux-mêmes recevaient d'Allemagne. Les chefs tchèques avaient été formés, comme la plupart des Autrichiens d'avant 1860 et 1870, par une éducation allemande, et ils en mettaient les ressources au service de leur nation ; Rieger a été, dans tous les Parlements autrichiens où il parut depuis 1848, un des orateurs allemands les plus brillants et les plus écoutés. C’est par toutes ces raisons que les Tchèques ont acquis leur primauté parmi les Slaves autrichiens ; et, si la question tchèque-allemande pouvait se résoudre, elle entraînerait, en fait, la solution de toute la question des nationalités en Autriche.

Elle fut près de se résoudre en 1848, à Kremsier. L'originalité du projet parlementaire de Constitution, c'était précisément sa solution de la question des nationalités : l'institution des cereles. En créant des circonseriptions homogènes au point de vue national, et en les dotant d’une large autonomie, il aboutissait à rendre les nationalités elles-mêmes juges et maîtresses de leurs propres intérêts, et à diminuer dans une très vaste mesure l'ingérence de l'État dans leurs affaires. Au point de vue de la paix nationale, c'eût été un très grand progrès. L'État n’est pas et surtout ne peut pas paraître impartial entre les diverses nationalités. Il sera toujours suspecté ou accusé de favoriser, pour les raisons les plus diverses, l’une ou l'autre. Les encouragements qu'il accorde à l’une, e’est en partie avec les impôts payés par l'autre qu'ils sont fournis et l'injustice en semble encore aggravée. La véritable autonomie nationale, au contraire, laisse à chaque nationalité le soin de se développer par ses propres ressources, en faisant elle-même les frais de son développement, d'user de sa liberté, sans pouvoir empiéter sur l’égale liberté des autres. L'État n'intervient pas entre elles : il se borne à assurer, pour le profit de toutes, l'ordre, la paix, la régularité de la vie publique. — Mais les régimes qui suivirent la Révolution, ceux de Bach et de Schmerling, étant des régimes bureaucratiques, avaient d’autres principes. Schmerling, de plus, par ses combinaisons électorales, fit de l'injustice envers les nationalités le principe même de la Constitution de l'Autriche, exalta les passions nationales, empoisonna, dès ses débuts, la vie publique autrichienne. Ce fut cette loi électorale qui provoqua l’opposition des Tchèques au régime constitutionnel, qui les rejeta du côté de la noblesse, qui les amena à adopter le programme du droit d'Etat, et qui, dressant ainsi principe contre principe, rendit encore plus difficile toute réconciliation ultérieure,

Après six ans de lutte sur cette question, la conclusion du Compromis avec la Hongrie assura par contre-coup la victoire des Allemands. Lorsque le Reichsrath se réunit en 1867 pour réviser les lois constitutionnelles de 1867, il était l'héritier du Reichsrath de la Patente, et l'idée, tout naturellement, ne lui vint pas de toucher à ce qu'il y avait d'essentiel dans la Patente, ni aux lois auxquelles la majorité devait son existence. L'intérêt dicta sans doute cette conduite, mais aussi la conviction que l'État autrichien luimême ne pouvait exister que par l'hégémonie des Allemands. Il est très frappant de voir que les Allemands de l’ancien parti libéral ne fondaient pas leurs prétentions sur des raisons nationales,

mais sur l'intérêt de l'État. Par tradition, par leurs relations avec l'armée et la bureaucratie, par tournure d'esprit abstraite, ils s’identifiaient avec l'Etat autrichien, et ce n’était pas à une hégémonie nationale, mais à l'intérêt de l'État qu'ils demandaient aux autres nationalités de se soumettre en acceptant leur privilège. L'Etat leur paraît supérieur à la nationalité, de la même manière que la raison, l’idée est supérieure à l'instinct, au sentiment, Leurs orateurs proclament en un langage singulier, mais très significatif, cette supériorité de l'État, Q institution née de la raison, expression organique d’une idée », et qui, « dans sa nécessité, dans sa rationalité et dans sa haute mission, trouve aussi son titre à exiger de l'individu la soumission de toute sa causalité et de toute son individualité ‘ ». Fidèles à ces conceptons abstraites, ils ne veulent pas voir que l'État autrichien est différent des autres, et que sa bigarrure nationale lui donne un caractère particulier, auquel doivent, si elles veulent vivre, s'adapter ses institutions. Ils ont repris l’ancienne idée de l'État unitaire, créé par la bureaucratie absolutiste, sans voir que précisément elle ne peut se maintenir que sous l’absolutisme et par lui. De même que, sous Joseph IT et sous Bach, la bureaucratie était l'État, c'est eux maintenant qui se croient l'État; et toutes les attaques dont ils sont l’objet leur paraissent dirigées contre l’État. « Être en minorité n'étaitpas pour nous une question de force pour notre parti, mais une question d'existence pour l’État lui-même ?. » Cette erréur a causé la perte de l’ancien parti libéral allemand. C'est pour l'avoir commise que la bourgeoisie qui le formait s'est cantonnée dans ses intérêts de classe, a attaché plus d'importance à la possession des fonctions publiques qu'au développement des forces nationales et à l'union avec les couches profondes du peuple allemand, et s’est trouvée impuissante à se défendre par ses seules ressources le jour où elle a perdu l'appui du gouvernement. C’est cette erreur aussi qui a rendu l'opposition entre les Allemands et les autres nationalités si violente, d'autant plus violente que, des deux côtés, on ne se comprenait pas. Les Slaves tenaient les Allemands pour des oppresseurs volontaires et conscients, et les Allemands s’étonnaient et s’irritaient de se voir ainsi méconnus. Ils exerçaient cependant une tyrannie, et, comme le leur disait un des leurs, plus elairvoyant, la pire de toutes, celle dont les tyrans n’ont pas conscience et qui est d'autant plus insupportable aux

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