C. R. stén., 22 juillet 1861 (Giskra
2, Hasner, Denkiwoürdigkeilen, 117.
victimes. « C’est ainsi seulement que l’on peut s'expliquer comment l'irritation des nationalités étonne grandement les Allemands d'Autriche, et l'étonnement des Allemands irrite grandement les nationalités ; comment les Allemands ne peuvent pas comprendre qu'on déclare la liberté insupportable, ni les nationalités qu'on décore l'insupportable du nom de liberté ‘. »
Il y a ainsi en présence, dans la question des nationalités. deux points de vue diamétralement opposés : celui des Allemands et celui des Slaves. Pour les Allemands, l'Etat, rationnellement, préexiste à la nationalité ; c'est l'État qui doit d'abord s'organiser de la façon qui lui est nécessaire pour vivre et remplir sa mission ; dans le cadre qu'il se sera ainsi tracé. la nationalité trouvera place parmi les droits individuels des citoyens. Ce principe que la nationalité est un droil individuel résulte de toute une conception, dont Eütvôs, dans l'ouvrage où il résume vingt ans de réflexions et de travaux sur ce sujet, a donné la meilleure formule en disant que, comme les questions religieuses, auxquelles elles sont tellement semblables, les questions nationales ne peuvent être résolues que par la plus large liberté individuelle ?. La nationalité n’a pas à influer plus que la confession sur les rapports du citoyen avec l'État. Par suite, en pratique, l'État a sa langue. dans laquelle s’accomplit d’abord tout le service intérieur de l'administration, ensuite le service extérieur, les rapports avec le public, tant que des considérations de fait, par exemple l'ignorance où certaines classes se trouvent de la langue de l'Etat, n'exigent pas que les fonctionnaires emploient dans leurs rapports avec les parties les langues vulgaires. Il y a donc là une simple question de fait et d'opportunité, et c'est ainsi qu’elle avait toujours été envisagée jusque-là par l'administration autrichienne *. — Le point de vue des Slaves est tout différent. Pour eux, l'État est une abstraction fondée sur la réalité des nationalités. Celles-ci sont ses facteurs primordiaux et essentiels : l'État n’a pas à connaître uniquement des citoyens de telle ou telle nationalité, mais des nationalités comme corps, comme êtres réels et vivants. et à ce titre sujets de droits. L'égalité des langues ne signifie pas que l’une est employée en règle générale et les autres subsidiairement