‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 303 sur 369 · Kmety, K0zj0g, 134, — V. plus haut, p · texte numérisé non relu

Kmety, K0zj0g, 134, — V. plus haut, p

Au contraire du territoire cisleithan, le territoire hongrois est doué d’une puissante unité géographique. Au nord, à l’est, au sud-est, il s'adosse solidement à la haute et épaisse muraille des Carpathes. Au sud, le large lit du Danube et de la Save le limite comme un fossé naturel; au nord-ouest, ce sont les flots de la Morava qui le séparent de l’Autriche ; à l’ouest, la Leitha marque un moment sa frontière. Ce cadre géographique donne une impression de solidité, de précision de contour, de plénitude, d'unité. Il fait comprendre comment cette région naturelle offrait un territoire tout prêt à un État un, et comment la plaine centrale, le Bas- Pays, était destiné à en devenir le centre de gravité politique. Aujourd’hui, après de longs combats, l’unité politique est entière dans ces régions. La Transylvanie, dont le cours de l’histoire avait fait pendant un siècle et demi un État indépendant, que les calculs de la politique dynastique avaient maintenue pendant une période égale au rang de province séparée, est rentrée depuis 1848, et définitivement depuis 1867. au giron de la patrie commune. Si la Croatie, mieux protégée par l’imposante barrière fluviale du Danube et de la Drave, plus isolée aussi par le caractère purement slave de sa population, jouit d’une autonomie qui est ou devrait être assez large, elle en jouit du moins dans le cadre de l'État unitaire hongrois : le Compromis hongrois-croate de 1868 n'a pas créé une fédération, il a réglé la décentralisation. La ville et le territoire de Fiume enfin, si leur situation est, au point de vue légal, en suspens depuis 1868, sont pratiquement sous la dépendance de l'Etat hongrois, et leur titre même de «corps séparé annexe de la sainte couronne du royaume » montre bien que l’État hongrois, tout en faisant des concessions en parole, ne se dessaisira pas de la puissance qu'il exerce sur elles et n’abdiquera rien de ses prétentions à l'unité politique tant qu'il aura la force de les soutenir ‘.

1. I pourrait sembler, d'après ces explications, que je veuille prendre parti dans la controverse hongro-croate, aussi bien au sujet de la nature de l’indépendance accordée à la Croatie par le Compromis de 1863 qu’au sujet de la question de Fiume. Je n'ai nullement une pareille prétention, Pour m'arroger ce rôle de juge, il me manque avant tout la compétence ; je n'ai pas fait de ces points une étude spéciale, et il ne m'a pas paru qu’elle füt nécessaire à mon dessein. La Croatie est-elle un État ? le Compromis de 1868 lui a-t-il reconnu des droits d'État, et n'en est-elle privée que par l'usurpation hongroise ? Fiume appartient-elle de

L'unité politique de la Hongrie trouve son expression dans la doctrine de la sainte couronne, qui est fondamentale pour l’intelligence du droit public hongrois. La sainte couronne — la couronne dont l'imposition solennelle confère seule vraiment au souverain appelé au trône la pleine dignité de roi de Hongrie — la sainte couronne est le symbole de l'unité &e l'État; elle l'exprime sous une forme qui, malgré son mysticisme du moyen-àge, s’est conservée dans ses traits essentiels jusqu’à nos jours. « La sainte couronne est le seul et vrai souverain, la plus haute incarnation de la personnalité de l'État hongrois ! ». C’est elle qui possède le sol, elle qui commande au peuple, elle qui est l’origine de toute puissance publique. Elle est la sainte couronne du royaume, non du roi *. L'État, ce sont les pays de la sainte couronne * ; la nation, ce sont les membres de la sainte couronne “; la nation et le roi couronné constituent ensemble la nation politique hongroise * ; ils forment « tout le corps de la sainte couronne » et possèdent ensemble tous ses droits ; ceux que le roi est appelé à exercer descendent en lui par l'acte solennel du couronnement. Cette doctrine mystique a une réalité politique profonde et puissante Puisque tous les citoyens sont membres de la couronne et que la couronne est une, il s'ensuit l'unité politique de la nation hon-

droit à la Croalie, et la main-mise de la Hongrie sur la ville n’est-elle qu’un acte de violence ? Ce sont des questions que je n’ai pas à trancher. J’essaie d'expliquer la réalité politique telle qu’elle existe en Autriche-Hongrie. Or, la réalité est que la Croatie est traitée par la Hongrie en province autonome, que Fiume est dans la main du gouvernement hongrois, et que c’est l'interprétation hongroise du Compromis hongro-croate qui prévaut, parce que la Hongrie a la force de la faire prévaloir. Dans ces conditions, pour répondre à mon dessein, c’est au point de vue hongrois que je dois me placer, Je le fais sans en apprécier la valeur théorique. Je préviens les reproches de partialité ou d'ignorance en exposant franchement quel est mon point de départ. et en indiquant que les questions de droit sont controversées. Dans quelques dizaines d'années peut-être, se'on que la Hongrie ou la Croatie aura triomphé, la question théorique sera résolue, comme l'ont toujours été les questions de droit constitutionnel, par le succès — par la force. — La Dalmatie, bien qu’elle soit en fait représentée au Reichsrath, appartient en droit à la couronne de Hongrie : la Croatie est Croatie-Slavonie-Dalmatie, et la Hongrie s’est toujours réservé son droit à en réclamer la réincorporation, bien qu’en l’état actuel des choses elle ne songe pas à le faire valoir. La question en ce qui concerne la Bosnie est à peu près la même. — Kmety, Kozjog, 116, 122-3.

Page 1