Kmety, Kôzjog
sonnel enseignant : la connaissance de la langue et de la littérature magyare devenait une condition préalable, et en fait la condiüon essentielle, pour l'obtention d'un diplôme de professeur ou d'un brevet d’instituteur ; le personnel des établissements confessionnels se trouvait ainsi entièrement dans la main des inspecteurs de l'État, de sorte que les Églises paient les frais de ces écoles et que l'État en recueille contre elles les fruits. En 1891, la loi sur les asiles qui crée, pour un grand nombre de parents, l'obligation d'envoyer leurs enfants à T asile, introduit la magyarisation jusque dans les crèches, où l’on doit chercher à apprendre aux petits enfants, € qui acquièrent facilement en jouant les langues étrangères », les éléments de la langue d’État.
D'autre part, malgré les promesses de la loi des nationalités, non seulement l'État n’entretient pas une école secondaire de langue autre que la magyare, mais il contrarie même, au nom de ses droits d'inspection et de contrôle, la fondation et l'entretien d'écoles libres par les sociétés nationales et surtout par les Églises. Sur le territoire de la langue slovaque, il y a cinquante re moyennes ou normales ; toutes sont magyares ; sur le territoire roumain, si des établissements avec langue d'instruction roumaine ont pu se maintenir, c’est au prix de grandes difficultés, et non sans avoir dû faire de nombreuses concessions à la langue d'État. Le personnel de toutes les écoles qui dépendent plus où moins directement du gouvernement est étroitement surveillé au point de vue de sa tenue nationale, jusque dans la vie privée. Il en est naturellement de même du personnel de toutes les administrations publiques ; c'est en magyarisant tout ce qui détient une part d'influence, politique ou sociale, qu'on pourra arriver à magyariser le peuple. Non seulemeñt il n'est pas question de faire, comme le promettait la loi des nationalités, aux diverses races du pays une place proportionnelle parmi les fonctionnaires, mais on s'efforce au contraire de magyariser jusqu'à l'apparence ceux dont le nom décelerait encore unc origine non magyare; des supérieurs zélés invitent leurs inférieurs à convertir leurs noms slaves ou allemands en noms magyars, et le succès, dans ces conditions, ne manque pas; en six mois seulement, de janvier à juin 1898, 2762 de ces changements ont eu lieu; plus de la moitié ont été demandés par des fonctionnaires, donc
4. XV : 18918 8. « Dans les asiles on devra, en mème temps qu’occuper les enfants. introduire ceux dont la langue maternelle n’est pas le hongrois dans l'étude du hongrois, à titre de langue d’État .»
sont le résultat de la pression ‘. Des circulaires ministérielles encouragent le mouvement *. Du reste, la magyarisation attache, en général, beaucoup d'importance à l'extérieur, à l'apparence. Donner l’idée que la Hongrie est toute magyare, c’est la faire déjà à demi toute magyare ; on magyarise les noms de lieux (décembre 1897) et, partout où on peut, les noms de baptême *. Partout, on voit l'effort pour faire pénétrer jusque dans les derniers recoins du pays l’idée de l'État unitaire, avec sa langue magyare, pour en faire sentir aux sujets non magyars la force, la toute-puissance et la toute-présence, pour les amener à comprendre combien il vaut mieux appartenir à la nationalité qui le domine *. Toutes les institutions publiques servent à la magyarisation : la poste, le télégraphe, les chemins de fer n'ont — même en Croatie — qu'une langue, la magyare. Dans toute protestation, les procureurs du roi et, trop souvent, les juges et les jurés, soigneusement triés ou délégués *, voient un attentat à la sûreté de l'État. On dirait qu'un immense complot la menace sans cesse. Ses sujets slaves, s'ils essaient de réclamer quelques droits pour leur langue nationale, sont «panslavistes »° ; Roumains, ils sont séparatistes ou Daco-Roumains ‘. Il n’est pas jusqu'aux enfants des crèches qui ne pwssent menacer la sécurité de l’État, et l'État unitaire hongrois prend ses précautions contre la conspiration des salles d'asile *. — L'armée,