‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 320 sur 369 · Schulthess, Europ. Geschichtiskalender · texte numérisé non relu

Schulthess, Europ. Geschichtiskalender

3. La crainte de la magyarisation était d’ailleurs une des causes qui provoquaient l’opposition des Serbes et des Roumains surtout à l’établissement de l'état civil. Mille, La question des nalonalités en Hongrie. Revue polit. et parlem., déc. 1895, 482-7. Horn, La question du mariage civil en Hongrie, Revue de Paris, 15 avr. 1894.

4. On songe involontairement aux principes de la politique de Louis XIV contre les protestants, ou, plus près de nous, à Bach.

5. Brote, Die rum. Frage, 90. Djuvara, Revue générale de droit international public, 4895; 32-3. 7

6. Pester Lloyd, cité par Brote, Die rum. Frage, 69. Kalal, art. cité, Osvèta, 1898, I, 207-18 [Ce mot de panslavisme, comme celui de pangermanisme, a l'avantage de faire de l'effet, et de paraitre gros d’un sens qui en réalité lui manque entièrement).

7. À moins que, par une hardiesse de raisonnement stupéfiante pour qui connait la situation respective de la Roumanie et de la Russie, on ne les accuse d'être corrompus par l'or russe, et, d’une oreille vraiment par trop fine, on n'entende « rouler le rouble » en Transylvanie (Comtesse Almassy, Revue de Paris, 1894, 1er août.

8. XV, 1891: & 28 « Au cas... où le gouvernement... apprendrait qu’il existe dans un asile des tendances hostiles à l’État. » Il s’agit d'enfants de 3 à 6 ans.

Jusqu'ici, — l'armée commune — échappait à ce système ; mais c'est précisément ce qui exaspérait les champions les plus résolus de L'État hongrois. La lutte qui vient de se livrer pour les réformes militaires do a donné déjà des satisfactions ; d’autres suivront, et les plus bruyantes ne seront pas les plus solides. En réclamant une armée hongroise de plus en plus distincte dans l’armée commune, jusqu'à ce qu’au gré des plus ardents elle s'en sépare entièrement ; en réclamant coup sur coup un corps d'ofliciers uniquement Done dans les régiments hongrois, des emblèmes hongrois, le commandement en hongrois, ce n’est pas seulement la manifestation extérieure de la parité qu'ils poursuivent ; mais cette armée hongroise doit devenir une école de magyarisme, comme l'armée prussienne est une école de germanisme pour les Alsaciens et les Lorrains, les Danois etles Polonais. Les dernières concessions faites à la Hongrie ont pour résultat de faire de l’armée commune, qui était jusqu'ici un Cobjet » de magyarisation, désormais un «instrument » de magyarisation ‘. Ainsi se complète la série des moyens d'action de la magyarisation; et, par un détour, l'État hongrois, qui avait abdiqué au profit de la communauté austrohongroise une partie de ses droits sur son armée, s'en rend maître de nouveau, et dispose désormais de sa puissance entière à ces fins. C’est l'achèvement, le couronnement de l’œuvre nationale qui se colore des prétextes de l'unité de l’État ?.

1. Zeil, 27 février 190%, matin, art. « K. uw. k. Magyarisalion ». — Le sujet de cet article est la plus importante, bien qu’elle ne soit ni la plus bruyante ni la plus éclatante, des dernières concessions militaires obtenues par la Hongrie. Pour l'instruction militaire, les hommes, dans chaque régiment, sont divisés en groupes suivant leur langue maternelle. Désormais — motion Ugron-Apponyi, adoptée en février 190% par la Délégation hongroise — on rangera dans le groupe magyar tous les hommes qui comprennent le magyar, et non pas seulement ceux dont il est la langue maternelle, L'avantage de cette mesure, au point de vue hongrois, est de multiplier, ne fût-ce qu'en apparence, le nombre des Magyars dans l’armée commune, et ensuite de perfectionner par le service militaire la magyarisation commencée par l’école. La langue magyare, jusqu'ici, n'avait aucun privilège sur les autres, elle était comme toutes les autres inférieures à l’allemand, langue du service et du commandement. Désormais il y a une hiérarchie : 40 l’allemand, 2° le magyar, langue d'État, 3° les autres langues.

2. Brote, Die run. Frage, 60, écrivait en 1895 : « Le manque d'une armée hongroise (dépendante ne permet pas de soutenir la magyarisation de ‘toute l’influence de la puissance publique. » — Une grande partie des renseignements donnés dans le texte sur la magyarisation sont puisés dans cet ouvrage ; mais, vu son caractère tendancieux, je les ai tous contrôlés par d'autres sources, et surtout je me suis borné aux faits, en les débarrassant des épithètes qui obscurcissent toutes ces questions. Brote lui-même d’ailleurs a pu plus d’une fois appuyer ses allégations de l'autorité d'hommes qui ne sont pas suspects d’hostilité envers les Magyars.

Cette politique a été consacrée par le succès. Il est possible qu'il ne soit qu'une apparence et que, plus tard, comme la chose s'est vue en Autriche, un grand nombre de magyarisés retournent à leur ancienne nationalité. Mais, pour l'instant, ils grossissent les rangs de la nation magyare, et celle-ci, sûre de sa haute aristocratie et de son haut clergé, maîtresse presque exclusive des classes moyennes, dispose de tout ce qui dans le pays représente une puissance sociale ou économique. |

Magnats et prélats ont toujours été dynastiques, mais Hongrois. Ils sont aujourd’hui les éléments le plus conservateurs et les plus dynastiques de la vie politique hongroise, mais des éléments aussi purement hongrois que tous les autres. Leur influence sociale est encore considérable ; il reste beaucoup de féodalisme dansla Hongrie moderne et modernisée. La haute noblesse hongroise compte, comme celle de Bohême, des familles qui possèdent des royaumes. Sa part est très considérable dans la grande propriété, qui s'étend sur deux cinquièmes de la surface du pays ; les latifundia, en particulier, qui en représentent les huit centièmes, sont presque tout entiers à son compte : il y a en Hongrie des domaines de plus de 200.000 hectares. Dans une proportion moindre qu'en Autriche, mais quin’est pas à négliger cependant, des entreprises industrielles commencent à s'associer à cette grande propriété terrienne. Les prélats de l’Église catholique, de leur côté, figurent avec honneur, à raison de leurs possessions, au milieu de cette noblesse ; le plus riche des évèques possède plus de 100.000 hectares, et la majorité des sièges est dotée de propriétés qui s'élèvent à plus de 15.000 hectares. Aux possessions des évêchés s'ajoutent celles des chapitres. Au total, l'Église catholique, même sans l'Église grecque unie, ‘possède plus de 3 1/2°/, de la surface du pays ‘. En Hongrie, ces grandes forces sociales, aristocratie et Église, sont mises au service de l'Etat hongrois unitaire et de la nation magyare. La tradition, qui a toujours maintenu en Hongrie une vie publique, distincte de la vie de la cour, a conservé à la nation sa haute aristocratie laïque et ecclésiastique. Le culte du droit historique, au contraire de ce qui se passe en Autriche, signifie en Hongrie la fidélité à la Constitution, elle-même si profondément historique.

La classe moyenne en Hongrie, aujourd'hui, n'est pas seulement une classe bourgeoise, au sens occidental du mot; elle

1. Matlekovits, Das Kôünigreich Ungarn, 1, 186-94, 56 et 85. L'État hongrois millénaire, 433, Uk.

tomprend au contraire, pour une très grande partie, des descendants de la moyenne et petite noblesse et des rejetons de l’ancienne bourgeoisie des villes, puis les vrais bourgeois que le premier essor du commerce el de l'industrie a fait apparaître en Hongrie, et enfin, en assez grand nombre, des Juifs, qui, en Hongrie comme en Galicie et dans tous ces pays à l'évolution sociale incomplète, suppléent pour une grande part au manque d'une bourgeoisie vraiment développée. Cette classe, de composition ainsi bigarrée, représente les professions libérales. le commerce et l'industrie, cest-à-dire les éléments sociaux les plus importants au point de vue de la vie intellectuelle et du développement national. Or elle est magyare, en très grande majorité. — Elle compte d'abord un élément magyar de naissance, qui est puissant et influent, puis, et c'est le trait le plus significatif, elle magyarise ceux de ses éléments qui sont d'une autre origine. Diverses raisons, d'ordre politique, géographique. ethnographique, expliquent ce phénomène, Capital dans l'histoire contemporaine de la Hongrie. C'est cette classe moyenne qui, par les dispositions de la loi électorale, forme aujourd'hui le pays légal, et le sentiment du privilège et de la solidarité constitutionnels peut agir sur elle, comme, au temps de la Constitution féodale, il agissait sur les nobles de diverse origine *.

classe urbaine, exception faite de l'élément de la noblesse moyenne agricole; or, les villes sont de puissants centres de magyarisation. Bien qu'un grand nombre d'elles soient d'origine germanique, elles ont pris, au cours du mouvement national depuis 1825 et surtout 1840, un aspect de plus en plus magyar et cette transformation s'est naturellement précipitée depuis 1867. Dans les villes de la Hongrie, entre 1888 et 1890, la proportion des Magyars s’est accrue de 3 à 4°}, tandis que celle de toutes les autres nationalités diminuait; s'ils sont la moitié seulement de la population du pays, ils sont les deux tiers au moins dans les villes. Ils ont fait des progrès considérables même dans les villes qui étaient autrefois purement allemandes, et qui sont situées en territoire allemand. Leur grand foyer d'action est Budapest, qui,

Elle est par la nature même de ses occupations une

4. Sayous, Les Magyars à la veille de leur millénaire, Ann. de Géog., V, 298-9. « L’explication de cet accroissement rapide » (des Magyars dans les dix dernières dizaines d'années) « est dans le grand nombre d’israélites, Allemands pour la plupart, d'Allemands chrétiens et de Slaves ou de Roumains qui se sont peu à peu groupés autour d’un noyau patriotique supérieur en libéralisme à tout ce qui existait dans le voisinage. Ils adoptent la langue, ou leurs fils l’adoptent. »

d'une ville en majorité allemande, est en voie de devenir une ville entièrement magyare ‘. Les éléments de bourgeoisie industrieuse et cultivée, qui, en Autriche, sont les vrais ferments de la division nationale, sont en Hongrie, au contraire, les facteurs les plus actifs d'unité. Dans l'État hongrois, de caractère magyar, les fonctionnaires sont naturellement magyÿars ou magyarisés; les avocats, par tradition nationale, sont des Magyars en grande majorité. Mais même la classe des commerçants, des industriels, des ingénieurs, des employés supérieurs, où se trouvaient autrefois beaucoup d’Allemands, s’est fortement magyarisée *. Les Allemands de la Hongrie (exception faite pour les Saxons de Transylvanie) ont toujours été accessibles facilement à cette influence de « l'air hongrois » *: l'enseignement, magyarisé dans tous les genres et à tous les degrés, exerce son action sur eux ‘; et enfin, ils s'adaptent à la société urbaine de plus en plus magyarisée où ils vivent. Beaucoup de ces Allemands étaient des Juifs, particulièrement accessibles à la magyarisation, parce que chez

4. Auerbach, Races el nationalités en Autriche-Hongrie ; 250-5. À Oedenburg {(Sopron), à la frontière d'Autriche, et en territoire allemand, Iles Allemands ont passé entre 1880 et 1890 de 16.000 à 17.000, les Magyars de 4.600 à 8.000. A Budapest, de 57 à 66 1/, pendant le mème temps. La magyarisation, dans la capitale, s’accomplit surtout sur les enfants: de 1880 à 1890, le nombre total des Magyars à Budapest a passé de 202.000 à 326.500 ; celui des Slovaques de 22,000 à 27.000 ; celui des Allemands de 122.000 à 115.500. L'augmentation absolue des Slovaques s'explique par l'immigration ; la diminution des Allemands par la magyarisation, l’accroissement des Magyars par la multiplication naturelle et l’assimilation des autres races. Proportionnellement. eux seuls ont gagné ; Slovaques et Allemands ont perdu. Auerbach, 0. c., 255

2. Les Magyars sont 58.6 °/, parmi les directeurs et propriétaires d'exploitations agricoles, 73.9 °/ dans les mêmes catégories du commerce et de l’industrie. La proportion dans les professions libérales est affectée à leur détriment par la part du clergé (48 ‘/. de non magyars) et de l’enseignement (36 ‘/, de non magyars), ce qui s'explique par le personnel ecclésiastique et enseignant dans les campagnes. Dans le reste des professions libérales, ils sont de 99 à 93 ?/, selon les branches. L'État hongrois millénaire, 408-9. Auerbach, 0. c., 251-2. :

3. On trouve une preuve de ce fait dans les chiffres suivants : sur 100 Magyars, 10 seulement parlent l'allemand outre leur propre langue ; sur 100 Allemands, 25 parlent aussi le magyar. L'Etat hongrois millénaire, 412-3.

4. Les trois quarts des élèves de l’enseignement secondaire sont inscrits comme étant de langue magyare. 143 établissements d'instruction secondaire donnent l’enseignement en magyar, 44 en une autre langue avec ou sans le magyar. Dans l'enseignement primaire, 56, 5 */, des écoles donnent l’enseignement en langue magyare, 10., 407, 326,335 (chiftres de 1890) ; il faut toujours se souvenir, pour apprécier ces chiffres, que les Magyars forment au plus 50 ‘/, de la population.

aucune nation de l'Europe orientale ou centrale ils n'ont trouvé un accueil aussi large et ouvert que chez les Magyars ‘.

Les nationalités, presque entièrement privées d'élite, n’ont donc pour force que leur nombre ; elles sont parquées dans les classes inférieures, petits artisans, petits propriétaires, paysans, journaliers agricoles ?, ouvriers d'industrie surtout parmi la population slovaque des Carpathes. Au point de vue social, des éléments qui ont si peu d'indépendance économique et intellectuelle ne représentent pas une grande force. Les conditions géographiques leur sont défavorables : les nationalités occupent la périphérie du pays, tandis que les Magyars sont au centre ; elles habitent des territoires en majeure partie montagneux, souvent des vallées difficiles d'accès et isolées, tandis que les Magyars détiennent la plaine, propice aux agglomérations d'hommes ; elles n’ont guère de villes à elles, tandis que les Magyars en ont beaucoup, et qui exercent leur domination naturelle sur les campagnes environnantes. L'influence de ces diverses causes économiques et géographiques, celle de la nouvelle organisation politique, qui donne aux Magyars une prépondérance marquée, l'effet d'une longue tradition d'obéissance à des propriétaires magyars, rendent ces masses populaires plus soumises à leur sort, moins actives au point de vue national que les populations de la même classe en Autriche, L'école et l'Église entretiennent vivante dans les campagnes la conscience de la nationalité ; des agitateurs, sortis du peuple, élevés par la culture intellectuelle et le travail, cherchent à concentrer leurs efforts nationaux, à organiser ces forces qui sommeillent ‘. Mais l'œuvre est diflicile contre tous les moyens dont dispose l'État, et quand l'appui qui, à divers moments de l'histoire de la Hongrie, a pu donner à ces éléments nationaux une valeur politique réelle, l'appui du monde ofliciel de Vienne, manque complètement, depuis que l'empereur a fait sa paix avec les Magyars et voit ses désirs

4. 64°/, des Juifs de Hongrie se comptent comme Magyars. L'État hongrois millénaire, «12. Les Juifs forment en Hongrie, (sans la Croatie) 4, 67 °/, de la population, en Croatie, 0,79 °/,. Matlekovits, Das Künigreich Ungarn, 1, 92-3. En France environ 0,18 °/0. 1b., I, 92.

2. Dont la proportion en Hongrie est très considérable, en moyenne 20 °/, dans la Hongrie propre (sans la Croatie, où des conditions économiques différentes produisent une tout autre proportion). L'État hongrois millénaire, 430-1.

3. Mème en ce qui concerne le nombre, ils subissent d’une façon très sensible le contrecoup de cette situation : c’est ainsi que la proportion des Slovaques diminue moins par la faiblesse de leur coeflicient d’accroissement que par l'émigration qui emporte beaucoup d’entre eux vers l'Amérique.

4. Cramaussel, En Transylvanie, Revue de Paris, 1898, 15 juillet.

satisfaits par la possession paisible de la couronne constitutionnelle de Hongrie.

En Croatie, la question nationale se pose d'une façon différente. L'élément slave du Sud a une formidable majorité, 86 ‘/ de la population ; les Magyars ne sont que 5, les Allemands 6°}. Mais les Slaves du Sud sont divisés, par la religion surtout, en Croates catholiques et Serbes orthodoxes, dans la proportion de trois quarts à un quart environ; la différence de confession, de traditions historiques, d’aspirations d'avenir, les séparait, jusqu'à ces derniers temps au moins, profondément. Il n’y a pas d’aristocratie nationale; les magnats croates, dont la plupart sont d’origine étrangère, membres de la Chambre haute de Pest, sont unis par la communauté de sentiments et d'intérêts à l'aristocratie hongroise. La classe moyenne, petite noblesse et bourgeoisie, est désunie par le conflit serbo-croate; les Serbes ont longtemps cherché dans l'appui du gouvernement de Pest, qu’ils payaient de leur concours, protection contre les menaces des Croates. La masse paysanne, peu cultivée, pauvre et misérable, vit dans le culte de l'idée nationale ; mais, contre la force du gouvernement et en face de la longue résistance des Serbes, elle est impuissante à assurer le triomphe d'une politique nationale. Une aristocratie étrangère, une classe moyenne divisée, une classe paysanne faible et divisée aussi, cela suilirait à expliquer la faiblesse de la situation de la Croatie en face de la Hongrie ‘.

Devant la politique de inagyarisation, l'attitude des diverses nationalités est diflérente. Les moins solides dans la résistance, les plus isolés sont les Slovaques et les Ruthènes. Ils sont les plus pauvres et ils n'ont point, hors de la Hougrie, de point d'appui et de foyer national; les Ruthènes de Galicie ne sont pas dans une situation à prêter à leurs frères de Hongrie un secours eflicace, et les Tchèques, au moment où ils pouvaient peut-être choisir, ont abandonné les Slovaques pour suivre la noblesse historique. Les familles influentes de la Slovaquie sont depuis longtemps magyares ou magyarisées ; Les avocats, Les professeurs, les prêtres — ceux-ci peu nombreux — qui travaillent à relever leur nationalité, sont accusés de panslavisme parce qu'ils sentent leur conscience slave, et s’usent à une lâche ingrate et pénible. C'est de 1880 à 1890 surtout que les Slovaques ont attiré l'attention peu bienveillante du gouvernement hongrois. Les Serbes l'avaient retenue avant eux, et Mile-

1. Loiseau, Le Ballkian slave el la crise autrichienne, chap. IH, IV. Hofica, Nynëjst poli. siltuace v Charvaisku, Osvèla, 1892, II, 768-373.

tië. l’ancien enthousiaste de la fraternité serbo-magyare, avait été l'une des premières victimes nationales du gouvernement de Tisza: mais ils sont en décadence rapide ‘, et ne semblent plus guère dangereux pourles Magyars. Parmi les Allemands, il v a deux groupes bien tranchés : les Souabes en Hongrie, et les Saxons en Transylvanie. Les premiers se magyarisent avec une grande facilité et sont des patriotes hongrois presque aussi énergiques que les Magvyars; des tentatives faites récemment pour galvaniser en eux le sentiment allemand ont misérablement échoué. Les Saxons de Transylvanie, au contraire, nation historique. soutenue par une longue tradition de privilège et d'autonomie, résistent mieux ; mais ils sont peu nombreux. leur nombre va même en diminuant *. et ils sont rapprochés des Magvyars par la crainte commune des Roumains. Aussi, malgré des brouilles parfois prolongées — sous Tisza, lorsau’il procéda brutalement contre leur Université, sous Bänffv, à propos de la magvarisation de leurs noms de villes — ils redeviennent toujours, en fin de compte. les alliés du gouvernement hongrois. A la dernière session des Délégations, un de leurs députés déclarait encore à l’empereur que les Saxons étaient de fidèles patriotes hongrois, et que leur sort était lié à celui de l'État *. L'élément le plus résistant à la magvarisation, le plus redouté par suite et le plus combattu des Magyars, c’est ainsi l'élément roumain. Il est le premier entre les nationalités, après les Magvars, par la cohésion géographique et le nombre, le plus politique, et aussi celui qui possède la meilleure direction. Non seulement il défend son territoire contre l’envahissement par les Magvars, mais même il s'étend au détriment des Allemands et surtout des Serbes. Il est conduit par une «intelligence » de professeurs, de prêtres, d’avocats, formée dans les Universités d'Enrope et, en partie aussi, à l'Université nationale de Bucarest. Cette «intelligence » diseipline les paysans. coordonne leurs efforts. nourrit en eux la conscience qu'ils appartiennent à une nation plus nombreuse, de haute origine, de grand passé. et, ils le croient fermement, de grand avenir. L'enthousiasme pour cette cause nationale obtient de ces paysans des sacrifices très lourds pour eux : il entretient, dans toutes les classes de la nation roumaine, un sentiment d’active solidarité !, La Hongrie officielle accuse les chefs au moins des

. Auerbach, Races et nalionalités, 312.

Auerbach, 0. c., 285.

. Zeit, 93 février 1904. p. 5.

. Cramaussel, L. c.

Roumains de nourrir des desseins séparatistes, et d’aspirer, tôt ou tard, à la réunion en un État des Roumains des deux côtés des Carpathes ; les Roumains nient énergiquement, et affirment qu'ils cherchent seulement à maintenir leur solidarité de langue et de civilisation, et à faire durer leur nationalité dans les pays hongrois ou transylvains ‘, Les deux parties ont déjà, plus d’une fois, porté la question devant l’Europe *. Pour les Magyars, champions et bénéficiaires de l’État hongrois unitaire, elle est capitale : que les Roumains soient franchement et ouvertement séparatistes, ou qu'au contraire ils se bornent à réclamer pour la Transylvanie, soit dans le cadre du dualisme son ancienne autonomie, soit dans l'État hongrois une situation semblable à celles des provinces autrichiennes avec, en plus, une administration nationale, l’union de la Hongrie et de la Transylvanie, cette base de l'État hongrois, serait aux yeux des Magyars également menacée * : la Hongrie une serait ruinée, réduite à un rôle de second ou de troisième rang. surtout si un jour, séparée de l’Autriche. elle devait se trouver avec ses seules forces en face des ambitions des peuples balkaniques. De là le caractère de particulière âpreté avec lequel l'État hongrois a mené la lutte pour la défense contre les Roumains, et. dont quarante-quatre procès politiques et de presse, intentés en moins de dix ans, et terminés pour la plupart par des condamnations sévères, rendent un suffisant témoignage *.

Dans sa lutte pour la magvyarisation, l'État hongrois a trouvé un concours précieux, même essentiel, et sans lequel il n'aurait jamais pu la mener si loin. le concours de la couronne. Ce concours, pour n'être que passif, pour consister non point en actes, mais en omissions et en tolérances, n’en a pas moins été décisif. Pour François- Joseph, il signifie uniquement l’observation de son devoir constitutionnel. Roi constitutionnel, il ne doit faire de politique en Hongrie que par ses ministres et avec le Parlement. Le Parlement vote des lois magyarisatrices, le ministère les applique : si des délégués des nationalités qui se prétendent lésées viennent lui porter leurs plaintes, le roi ne peut que les renvoyer à ses conseillers constitutionnels ; c’est an président du conseil qu'il appartient de présenter

1. De Bertha, Magyars et Roumains devant l’histoire, I. Brote, Die rum. Frane, 104.

2. Auerbach, Races et nationalités, 286-97. donne dans ses notes un cCatalo-

gue des plus importantes de ces publications. Il faut y ajouter celle de Bertha (Jancsé), citée plus haut,

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