‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 326 sur 369 · A mag. nemz. tort., X · texte numérisé non relu

A mag. nemz. tort., X

2. Tisza fut premier ministre de 1875 à 1890, le baron Bänfly de janvier 1895 à février 1899.

3. La première tentative de créer en Hongrie un parti catholique, en 1872, est d’ailleurs d’un conservateur, G. Apponyi, l’ancien chancelier.

4. Les patriotes hongrois les plus éclairés rèvaient autrefois d’un gouvernement qui réunirait le savoir du comte Tisza et l’éloquence et les idées nationales du comte Apponyi.

5. Sur l’histoire des partis en Hongrie, À mag. nmemz. tort, X.671-4, 699- 701, 705, 711-6, 7141-27, 731-3, 756-8, 773. Horn, La question du mariage civil en Hongrie, Revue de Paris, 15 avril 1894.

Le fait saillant de cette histoire, c’est la prédominance dans la politique hongroise des mobiles d'ordre constitutionnel. Depuis 1867, un grand nombre de politiques ont passé, certains plusieurs fois, d'un parti à l’autre, — le parti de l'indépendance excepté, — sans changer de programme autrement que sur des questions constitutionnelles. Le radicalisme dans celles-ci s'allie sans peine à l'esprit conservateur, parfois réactionnaire, dans les autres; les groupes Ugron et Apponyi en fournissent la preuve. Les influences personnelles des chefs sont un facteur essentiel de cette évolution. Deäk, Tisza, Kossuth agissaient moins par leur programme que par leur individualité. Sennyey et Apponyi, avec des idées fondamentales assez semblables, orientèrent le parti qu'ils conduisirent successivement dans des directions diamétralement opposées. Tisza garda toujours dans le parti libéral une coterie personnelle ; d'autres se formèrent contre elle par réaction. Sous le ministère Széll, on comptait dans la majorité libérale une jusqu'à six de ces groupes. — L'unité sociale et nationale du personnel politique en Hongrie explique ce trait curieux ; lui-même permet de comprendre l’évolution du parti libéral, qui, depuis 1867, a sans interruption exercé le pouvoir en Hongrie‘.

Cette domination ininterrompue d’un parti semble à première vue en contradiction avec la théorie du système parlementaire, la doctrine classique de l'alternance nécessaire de deux grands partis. Cependant le parlementarisme hongrois est une réalité, si l’on entend sous ce nom l'influence prédominante de la représentation nationale * sur le gouvernement. Cette contradiction apparente s'explique par les conditions concrètes, réelles, de la politique hongroise. Les partis hongrois ont des programmes, non point politiques ou économiques, mais constitutionnels. Dans ces conditions, un seul est capable d'exercer le pouvoir : c'est le parti libéral, le parti du dualisme. Pour la couronne, l'organisation dualiste, qui à satisfait la Hongrie sans trop affaiblir la monarchie, est intangible. Les partis d’extrème gauche sont donc impossibles. Il n'y à plus de conservateurs. Au parti catholique populaire manque, pour être appelé au pouvoir,le nombre, l'unité intérieure, la cohésion. Les sympathies qu’il inspire dès aujourd’hui en haut lieu sont combattues par la prudence et la réflexion: à l'appeler

1. Le comte Apponyi insistait récemment au Parlement hongrois sur l’importance des personnes dans la vie politique du pays. Ch. des Députés, 12 mars 4904.

2. En laissant de côté la question de savoir jusqu'à quel point celle-ci est l’expression réelle de la situation et de la volonté du pays.

au pouvoir, on risquerait de rejeter à gauche, vers l'opposition anti-dualiste, de radicaliser le parti libéral actuel. En somme, il faudrait un changement complet de toute la politique intérieure en Hongrie, presque une renonciation au dualisme, pour que l’on pût concevoir la possibilité d'un gouvernement qui ne serait pas aux mains du parti libéral.

Les majorités du parti ont toujours été très grandes, surtout depuis que l'action de Tisza eut commencé à se faire sentir dans la politique électorale. M. de Széll, après la fusion avec le parti national, avait dans le Parlement élu en 1896 une majorité des trois quarts, et dans celui qui fut élu en 1901 le chiffre n’en diminua que d'une façon insensible. Il est probable qu'une réforme. de la loi électorale et surtout des procédés électoraux abaïisserait ces chiffres. La majorité comprend, à l’état permanent, trois groupes: les Croates, les Saxons et les libéraux purs. Les &o Croates sont élus par la Diète d’Agram. Or, dans celle-ci, les magnats et les préfets, membres de droit, peuvent former le tiers de l'assemblée ; ils votent toujours pour le gouvernement, par intérêt ou par obéissance. Les deux autres tiers sont élus par un suffrage censitaire et capacitaire, mais où le cens est aussi haut ‘que la capacité est basse ; aussi, sur 62.000 électeurs, 40.000 sont des fonctionnaires ou dépendent étroitement de fonctionnaires. La technique du vote est la même qu’en Hongrie, et les procédés de pression sont encore plus violents. Les représentants à Pest de cette Diète sur laquelle le ban, agent du gouvernement hongrois, a une si grande influence, sont nécessairement gouvernementaux; d’ailleurs, ignorant le magyar pour la plupart, incapables de suivre les débats, ils ne se dérangent que dans les occasions graves, quand on a besoin d'eux ‘. Les Saxons figurent dans la majorité en plus ou moins grand nombre, selon que la politique de magyarisation se fait plus ou moins violemment sentir, et que l'agitation radicale est plus ou moins puissante dans leur jeunesse ; mais ils finissent toujours par y rentrer, car ils ont avec les Hongrois le même adversaire, les Roumains. Le gros de la majorité est formé par les députés libéraux magyars. élus par les circonscriptions hongroises et transylvaines, mais en très grand nombre dans les régions non magyares. Si l’on considère une carte électorale de la Hongrie divisée aussi en territoires linguistiques nationaux, on aperçoit du premier coup d'œil que la périphérie non magyare est, à d'imperceptibles exceptions près, toute gouvernementale, tandis

1. Sur les élections croates. Loiseau, Le Balkan slave, 170, 177; Zeit, XXXIII,14,

qu’au centre magyar dominent de beaucoup les hachures de l'opposition ‘. Une statistique, malheureusement un peu ancienne, montre qu’en 1894 le territoire magyar nommait 67 députés libéraux, 3o nationaux, 8 de l'extrême gauche; par contre, pour le terri- Loire slave, les CRU étaient 95, 16 et 8; et, pour le territoire roumain, 84. 16 et 9 *. Ce sont des chiffres que les adversaires des Magyars ne manquent pas d'exploiter pour dénoncer leurs aspirations séparatistes et montrer que tout le système actuel en Hongrie repose sur l'oppression des nationalités, la confiscation de leurs droits « légitimes » ‘. Pour le séparatisme, l'accusation n'est pas fondée. Au lieu de compter sur le territoire magyar 112 séparatistes contre 67 dualistes, il faut compter, puisque les apponyistes sont des dualistes, 97 dualistes plus ou moins nationaux, contre 82 partisans de l’union personnelle, car l'extrême gauche ne réclame plus la séparation, mais l'union personnelle. Les dualistes viennent surtout des circonscriptions urbaines, les opposants des circonscriptions rurales magyares. Or, dans celles-ci, la plupart des électeurs n’ont certainement pas des idées très précises ni sur la situation internationale de la monarchie ni sur les rapports de la Hongrie avec l'Autriche; mais Kossuth, grandi encore par la légende, est pour eux la plus haute personnification de l'idée nationale; ils ne connaissent que deux partis, celui qui veut livrer le pays à l'Autriche et celui qui veut l'indépendance de la Hongrie. Hongrois, comment voteraient-ils pour le premier ? L’attachement au parti de Kossuth est chez eux tellement affaire de sentiment qu'il les détermine à voter contre leurs

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