mandats en tout étant vacants
3. Brote, Die rum. Frage, 77-8. Cet ouvrage, bien fait, intéressant, solidement documenté, est malheureusement gàté par la tendance à la dénonciation, qui est l'arme trop fréquente des polémiques nationales. Protesler contre le reproche de daco-roumanisme pour élever aussitôt contre les Magyars le reproche de séparatisme, c’est presque justifier l’emploi du premier. Les appels à l’empereur, à LHLOpES en faveur des Roumains contre les Magyars indiquent un état d'esprit qui n’a guère changé depuis 1848; les Magyars ont dù leur triomphe à eux-mêmes; les Roumains ont les mêmes armes. Tisza où Bänffy n’est pas pire que Bach. — Les Roumains, qui se plaignent d’être en Hongrie des opprimés, seraient en meilleure posture s'ils n'étaient pas en Roumanie oppresseurs. Brote, à chaque instant, attaque les Juifs comme alliés et excitateurs des Magyars contre les Roumains : en comparant le sort qui leur est fait en Hongrie et en Roumanie, on comprend sans peine que les Juifs préfèrent les Hongrois aux Roumains. Cela, d’ailleurs, sans vouloir prendre la défense de la magyarisation ni de toute la politique hongroise,
intérêts les plus évidents ‘. Le vote des villes, au contraire, indique bien — si grande qu'on veuille faire la part de l'influence du gouvernement — que les éléments les plus cultivés ne sont pas séparalistes. Peut-être une réforme électorale, surtout si elle coïncidait avec l'abandon de la magyarisation violente, et un retour aux idées de Deäk, feraient-ils réapparaître au Parlement un parti où les représentants modérés de toutes les nationalités, la magyare COmMprise, se grouperaient sur un programme de sincère application des lois de 1865 et de 1868. IL faut considérer, en effet, qu'il n’y a de revendications nationales extrêmes que chez les Roumains. Les Allemands sont fidèles à l'État hongrois, et les Slovaques, sans appui du côté des Tchèques, n'ont de ressource que de s’entendre avec les Magyars. Le parti libéral et le parti catholique populaire seraient seuls à pouvoir aceueiilir les élus des nationalités, le second d'autant plus que la réforme électorale se rapprocherait davantage du suflrage universel. Mais, comme il est probable que de longtemps on ne la verra pas si profonde, il ne semble pas que la domination du parti libéral soit sérieusement menacée, et, sans méconnaitre ce qu'un régime électoral artificiel ajoute à sa force dans le Parlement, c’est une exagération énorme, pour ne pas dire plus, que de prétendre que le gouvernement hongrois n'existe que par les mandats volés aux nationalités * . D'ailleurs, les partis magyars, qui se sont très sensiblement rapprochés les uns des autres depuis 1867, se fondraient peut-être tout à fait devant un péril national qui les menacerait tous. De l’union personnelle au dualisme d'aujourd'hui, il y a moins loin que du séparatisme kossuthiste à l'union personnelle ; et pourtant l'opposition extrême a mis à peine dix ans pour franchir ce pas. Il n'y a rien d'invraisemblable à ce que, dans un avenir peut-être prochain, une nouvelle fusion avec l’ancienne gauche, moins éloignée aujourd'hui du parti libéral que le centre gauche n'était avant 1875 des deäkistes, vienne couronner la série de celles par lesquelles le parti de Deäk s’est transformé, rajeuni, fortifié, et s’est mis à même de supporter, pendant bientôt quarante ans, à lui seul la charge du gouvernement.
Ces fusions ont, dans l'histoire parlementaire de I Hongrie depuis 1867, remplacé l'alternance des partis du parlementarisme
1. L'union douanière entre l'Autriche et la Hongrie est favorable à l’agriculture hongroise, défavorable à l’industrie ; cependant ces circonscriptions agricoles votent pour le parti qui en réclame la rupture. — Zeit, XXXI, 194.