‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 347 sur 369 · Tezner, dans Deutsche Worte, XIX · texte numérisé non relu

Tezner, dans Deutsche Worte, XIX

rité des recettes douanières, — ce serait une première difficulté ‘. Ce que ne fournissent pas les recettes douanières est demandé aujourd'hui aux quotes-parts. L'existence même des quotes-parts et leur proportion sont liées à toute l’organisation du Compromis économique ; si l'Autriche a accepté en 1867 une quote-part plus de deux fois supérieure à celle de la Hongrie, c'est en considération des avantages matériels qu’elle trouvait dans l’union commerciale et douanière ; si elle perdait ces avantages, elle ne consentirait certes pas de son plein gré à conserver les charges qui ÿ correspondaient. L'armée commune est recrutée en Autriche et en Hongrie dans la proportion de la population des deux Etats, qui était, en 1900, 57,7 en Autriche contre 42,3 en Hongrie: elle est entretenue par le budget commun, qui, si l’on répartit les recettes des douanes suivant la proportion où elles sont perçues dans chaque pays, incombe à l'Autriche pour 90,7 et à la Hongrie pour 29,3 °/,, et, si l’on ne compte que les quotes, pour 66,6 contre 34,4 *. L'Autriche entretient donc environ 13 °/, des soldats hongrois de l’armée commune. Elle cesserait évidemment de le faire, si l’armée commune cessait de servir à une politique extérieure commune; la Hongrie, de son côté, n'aurait plus alors de raison de confondre son armée dans l’armée autrichienne. — Aïnsi, logiquement, c'est sur l'union économique que se fonde en dernière analyse l'unité diplomatique et militaire, objet des soins exclusifs de la cour, palladium de l'unité autrichienne, — et l'union économique est décennale.

Il n’est pas besoin d'aller jusqu'à l'hypothèse extrême de la séparation économique pour apercevoir combien sont forts, dans le dualisme, les éléments de diversité, de dualité, et combien faibles, au contraire, les éléments d'unité et de communauté. Il suflit d'examiner les institutions communes, de voir ce qu'elles étaient dans leur conception primitive, et de constater dans quel

4. D'après le projet de budget de 1905, présenté aux Délégations dans leur session de mai 190%, 86, 3 ‘ , des recettes des douanes sont perçus à la frontière autrichienne, 12,9 °/, à la frontière hongroise, 0,8 à la frontière de Bosnie- Herzégovine. C'est un rapport à peu près constant. On objecte, du côté hongrois, qu’il y a là une conséquence naturelle de la situation géographique des deux pays: il n'entre guère par la frontière hongroise, qui regarde l'Orient, que des matières premières et des produits agricoles exempts de droits : à la frontière autrichienne se présentent beaucoup plus de produits fabriquées (Horn, Revue polit et parl., nov. 1895, 349-50). Mais il y a certainement aussi encore une très grande différence de richesse et de développement économique entre les deux pays.

2. C'est la quote en vigueur, par décision impériale, pour 1908.

sens elles ont évolué, pour être édifié sur la valeur du Compromis au point de vue de l'unité. Ni dans le ministère commun, ni dans les Délégations, l'unité ne trouve de garanties suflisantes et efficaces.

Sur les trois ministres communs, il yen a un, le ministre des finances, qui ne gère pas vraiment d’affaires communes. Il était là, jusqu'à ce que l'occupation vint lui donner un rôle plus actif, simplement pour la symétrie et pour la parité; un conseil de deux ministres eût été un peu ridicule; et, le ministre de la guerre étant, par définition, neutre au point de vue politique et national, devant être uniquement un militaire, il fallait bien deux autres portefeuilles pour que les deux États associés fussent toujours représentés dans le ministère qui leur est commun. Le ministre des affaires étrangères et le ministre de la guerre sont, en réalité, les seuls vrais ministres communs à portefeuille; c’est eux qui représentent l'intérêt de la monarchie, de l'ensemble, en face des intérêts séparés et souvent opposés des deux parties ; eux qui représentent l'unité contre la diversité. Mais ils sont d'emblée dans une situation inférieure : en tout, ils dépendent des deux États, et ils n'ont aucune force, aucun point d'appui pour résister aux empiètements qui peuvent être sans cesse, à la faveur de l'imprécision des textes, commis sur la communauté ".

Si la cour et l'Autriche se sont imaginé, en 1867, comme il semble bien qu'elles l’aient fait, que les ministres communs occuperaient une position supérieure à celle des ministres d'État, qu’ils joueraient un rôle directeur et modérateur, c'est qu’elles se trompaient complètement sur les idées maîtresses du Compromis, qu'elles confondaient l'ancienne monarchie autrichienne unitaire et la nouvelle monarchie austro-hongroise dualiste. L'une était une réalité, l’autre n'est qu'une abstraction. L'une possédait un territoire, des sujets, un domaine; dans l’autre, territoire, sujets, domaine appartiennent exclusivement aux deux États. Dans l’ancienne monarchie, les ministres chargés des affaires centrales de l'Empire pouvaient exercer leur influence, au nom des intérêts généraux de l’Empire, sur l’administration de ses diverses parties * ; dans l'Autriche- Hongrie du Compromis, les ministres communs sont, par des textes formels, écartés de toute ingérence sur les affaires intérieures des deux États, et soumis au contraire à l'influence de leurs

4. 11 s’agit toujours ici de théorie. En pratique, la Hongrie seule compte comme État ; c’est ce qui a amené les conséquences que l’on verra tout à l’heure, 2, V. Chapitre préliminaire, section II.

deux ministères. C’est la différence entre l'unité et la communauté: autrefois, il y avait un gouvernement de l'Empire; aujourd'hui il n'y a plus qu’«un gouvernement de la Hongrie et de l'Autriche * ». Lorsque, en 1868, les ministres communs reçurent en allemand le titre de ministres d'Empire, l'opposition hongroise protesta aussitôt; Andrässy et Deâk répondirent qu'il ne pouvait s'agir que de l'Empire au sens de la Pragmatique-Sanction, des lois de 1848, de l’article XIT: 1865, c’est-à-dire l'ensemble des pays de la dynastie; et, quelques jours après, un rescrit impérial et royal établissait, pour la monarchie, en leur donnant le sens indiqué par les Hongrois, les titres alternatifs « Monarchie austro-hongroise » et «Empire hongrois » *. Ce n'est pas une pure querelle verbale ; c'est l'affirmation publique et explicite de la conception hongroise, qui borne l'unité de la monarchie à la communauté de certaines affaires entre les deux États, et, partant du principe de la souveraineté hongroise, s'attache à la laisser limiter le moins possible par la monarchie.

La situation que le Compromis fait aux ministres communs répond exactement à cette conception, et, par suite, elle ne présente guère de garanties pour l'unité de la monarchie. Le ministre de la guerre n'en ressent pas autant les inconvénients que son collègue des affaires étrangères, car il est surtout un agent de l’empereur, qui a conservé encore dans les choses de l’armée un pouvoir presque absolu; et les ministres de la défense nationale, auxquels il a affaire, sont ses collègues, généraux comme lui, imbus du même esprit de corps, préoccupés des mêmes intérêts, avec lesquels, par conséquent, l'entente est plus aisée *. Mais le ministre

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