Andrassy, Ungarns Ausgleich mit Oest
2. «... Pour désigner l’ensemble des royaumes et pays constitutionnellement réunis sous mon sceptre, on emploiera alternativement les expressions « Monarchie austro-hongroise » et « Empire austro-hongrois » (Rescrit du 14 nov. 1868). — Cf. Kônyi, Dedk, VI, 62-79.
3. L’èré des ministres civils de la défense nationale n’a duré que quatre ans en Autriche ; elle a continué en Hongrie une quinzaine d'années, car, dans ce pays, l’hostilité qu’avaient provoquée contre l’armée impériale les expériences de 1848 à 1865 rendait diflicile la présence au ministère d’un officier de cette armée. Mais, à mesure que les armées territoriales se sont développées et rapprochées, comme organisation et importance, de l’armée commune, il a paru à Vienne plus nécessaire d’avoir des ministres militaires de la défense nationale. Ces ministres sont, souvent, les hommes de confiance du souverain dans le cabinet. Le ministre autrichien occupe son poste depuis vingt-cinq ans; le général de Fejérväry, en Hongrie, a occupé le sien vingt ans; il a été, dans des moments de crise, l'intermédiaire entre le roi el ses ministres; il a joué en particulier un rôle important à ce point de vue dans la campagne politico-religieuse de 1893-5.
des aftaires étrangères est placé dans une situation bien plus diflicile. Il doit faire une politique une, en s'inspirant de conseils et de désirs divers, en subissant des influences souvent opposées. La logique, le bon sens voudraient que, ministre commun, il pût faire ressortir l'influence de certaines mesures de politique intérieure sur les relations extérieures dont il a la charge; mais ce serait l'ingérence que lui interdit strictement la loi. Cependant, comment peut-on séparer entièrement la politique extérieure de l’intérieure? Partout, mais surtout dans la monarchie des Habsbourg, elles sont dans les rapports les plus étroits. Le ministre des affaires étrangères de Vienne est obligé, théoriquement, de faire une politique extérieure qui concorde avec deux politiques intérieures indépendantes ; comment pourrait-il s'en tirer sans embarras, sans conflits°? L'exemple le plus typique des complications qui résultent de ces contradictions du dualisme est celui de la politique religieuse et des relations avec le Vatican. La politique religieuse est évidemment une affaire intérieure de chaque État; mais, non moins évidemment, elle peut affecter très profondément la politique extérieure de la monarchie, non seulement à l'égard du Vatican, mais même à l'égard d'autres puissances. Sile ministre des affaires étrangères veut, de ce point de vue, élever une objection contre certaines mesures de politique religieuse, il commettra — à interpréter les textes à la rigueur — un de ces actes d’immixtion qui lui sont interdits. S'il se borne à être un simple intermédiaire, à transmettre sans observation des documents entre le Vatican et un des deux États de la monarchie, il négligera sa mission, qui est de veiller aux intérêts extérieurs de la monarchie entière, et il pourra faire tort à l’autre État qu’il représente ; car le même ambassadeur représente les deux États à Rome, le même nonce représente le pape auprès de l'empereur et roi, un refroidissement ou une rupture diplomatiques affectent également Les deux Etats. Lorsque, en 1895, la politique religieuse du gouvernement hongrois provoqua avec le Vatican un conflit qui aboutit à une mise en congé de l'ambassadeur austro-hongrois, l'Autriche cisleithane subit, dans cette interruption des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, les conséquences d'une politique intérieure hongroise qu'elle désapprouvait, mais qu'elle était impuissante à empêcher. De même, le comte Kälnoky, ministre des affaires étrangères, blâmait, au point de vue de l'intérêt général extérieur de la monarchie, l’action du gouvernement hongrois, mais il ne pouvait pas l'arrêter. La même difficulté peut se présenter sous d’autres formes, par exemple en
matière de politique vis-à-vis des nationalités. Le comte Kälnoky n'approuvait pas la politique intérieure du comte Taaffe, qu'il jugeail en contradiction avec les intérêts de la situation internationale de la monarchie. Comme il s'agissait de l'Autriche, il l'emporta ; il fut un des auteurs de la chute du comte Taaile, par l'opposition qu'il fit à ses projets de réforme électorale. Mais, en Hongrie, la situation est différente. Lorsqu'il voulut, avec beaucoup plus de formes et de modération, intervenir dans la politique religieuse du gouvernement hongrois, il se heurta derrière le ministère Bänffy à un vrai Parlement et à un vrai État, et le conflit se termina par sa défaite ‘. Il n'avait jamais cessé, durant tout son ministère, d’aspirer à la transformation du ministère commun des affaires étrangères en une chancellerie d'État, qui, sans menacer l'indépendance des deux États, aurait représenté plus dignement et plus énergiquement l'intérêt de leur union, aurait pu faire une politique extérieure plus une et plus conséquente ?. Mais c'était vouloir revenir en arrière au-delà de 1867, et toute la conception comme tout le développement du dualisme devait au contraire logiquement aboutir à une distinction de plus er: plus marquée des personnalités des deux États dans la monarchie, à plus de dualité au lieu de plus d'unité.
On peut suivre, depuis 1867, dans la pratique et dans la théorie l’évolution qui a de plus en plus, dans l'institution du ministère commun, fait disparaitre les éléments d'unité au profit des éléments de dualité. Il n’y a pas, assurément, de question plus internationale, et par conséquent dans laquelle, au sens du Compromis, il fût plus nécessaire d'assurer une stricte unité de direction, que la question des alliances. Dès les débuts du dualisme, Beust, ministre commun, se heurte dans sa politique à Andrässy, qui ne se borne pas à exercer sur lui l'influence que lui reconnaît la loi, mais intervient directement dans son ressort pour contrecarrer son action. Beust et l'ambassadeur de France, le duc de Gramont, combinaient des plans d'entente contre la Prusse: Andrässy, en ayant eu vent, saisit la première occasion qui se présenta d’avertir l'ambassadeur : la France ferait bien de ne pas se faire d'illusions sur ce point ; si Beust avait donné des promesses, il valait mieux n'y pas compter, car elles ne seraient pas tenues *. En même temps,
1. Voir Friedjung, Graf Kälnoky, dans Biographisches Jahrbuch u. deutscher Nekrolog, hsggb. von A. Bettelheim, II.