‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 350 sur 369 · Allamisdg, Staatllichkeit · texte numérisé non relu

Allamisdg, Staatllichkeit

communs sont, en droit, des membres du ministère hongrois, dont le chef est le président du conseil hongrois ‘. Encore ont-ils dans ce ministère une situation spéciale, c’est-à-dire inférieure : comme ministres hongrois, ils sont unis par les liens de la solidarité au cabinet de Pest, et obligés ainsi de se conformer dans leur action à sa direction générale ; mais, comme ministres communs, — et par suite autrichiens — il leur est rigoureusement interdit de prétendre exercer aucune influence sur la politique hongroise. De sorte que, en fin de compte, ils sont des ministres de second rang; au lieu de pouvoir défendre eflicacement l'intérêt de l’ensemble qu'ils représentent, ils doivent, même en théorie, se résigner à exécuter une volonté particulière. Il n’est pas douteux que cette conception n’est pas celle qu'on se faisait en 1867, même en Hongrie, du rôle du ministère commun. Il est certain que théoriquement elle est absurde : une union des deux États où l'intérêt commun doit être en tout subordonné aux intérêts particuliers est un nonsens. Mais il est incontestable que cette absurdité est dans la logique des principes admis en 1867. En déniant à la monarchie tout autre caractère que celui d’une raison sociale des deux États, le Compromis devait aboutir nécessairement à réduire l’ancienne unité des affaires communes de toute la monarchie à une simple communauté de manipulation administrative.

Les Délégations souffrent du même vice que le ministère -commun : elles doivent assurer une unité qui n'existe pas, et qui même ne doit pas exister. Elles sont des organes d'entente ; mais toute leur organisation aboutit, dans les cas où il y a désaccord entre les . deux pays, à rendre l'entente plus diflicile, et, quand elle s’est produite enfin, à laisser dans l’un au moins des deux États des sentiments d'amertume et de rancune. Chaque Délégation représente un des deux Parlements; elle exprime par conséquent les opipions qui y dominent; tout au plus, à raison du nombre plus faible de ses membres, de la filtration que leur a fait subir l’élection par le Parlement lui-même, de la présence d’un tiers de membres de la Chambre haute, qui exercent naturellement sur les dispositions et le ton des députés une influence adoucissante, exprime-t-elle d'une manière atténuée les idées de ses mandants. Si l'opinion des deux Parlements est d'accord au sujet d’une affaire commune, les Délégations sont inutiles pour établir l'unité. Si cette opinion diffère, les Délégations, avec leurs délibérations séparées et leur

1. Kmety, K0z70g, 361-2, 548. Andrässy, Ungarns Ausgleich mit Oesterreich, 194. Revue für ungar off. u. Privatrecht, I, 3226.

échange de messages, ne sont pas propres à établir l'unité. Tant qu'il y eut dans la Délégation autrichienne une majorité qui s’opposait, pour des raisons financières, aux demandes de'grands crédits militaires, jusque vers 1880, il fallut souvent recourir à la dernière ressource du dualisme : aux séances communes. Elles sont le dernier mot de l'unité — en théorie. — « La possibilité de la mise en minorité d'une des moitiés de la monarchie par l’autre est une indéniable victoire de l’idée de l'unité ‘. » Mais il y a des victoires qui font plus de mal au vainqueur que des défaites : c’est le cas ici pour la victoire de l'idée de l'unité.

Si les Délégations avaient vraiment dû servir à assurer l’unité, il est certain qu'on ne pouvait pas trouver d'institution moins appropriée à son but. « Ce projet », disait Berger dans la discussion du Compromis, «ne comporte qu'une amélioration : on devrait proposer comme amendement que l'assemblée siégera dans l’obscurité ; la chose pourrait se passer alors avec infiniment de calme et tout à fait en famille ?. » Brestel, au nom de la commission du Reichsrath, affirmait avec raison que la vraie parité aurait consisté à discuter en commun et à voter séparément *. De cette manière, au moins, les arguments de l’une des parties auraient pu porter sur l’autre, et, par le vote séparé, le principe de l’indépendance des deux États aurait été respecté. Du côté hongrois, on avait proposé diverses combinaisons plus ou moins semblables à celle qu'indiquait Brestel; Eôtvôs et Bartal voulaient que les commissions du budget des deux Délégations se réunissent, et que, si leurs propositions arrêtées en commun n'étaient pas acceptées par les deux Délégations siégeant séparément, celles-ci tinssent des séances communes pour les discuter *. Mais les souvenirs du Parlement de Schmerling rendaient les Hongrois rebelles à toute institution qui ressemblait, même de loin, à un Parlement commun ; et ils eraignaient aussi, en admettant l'idée d’un débat commun, que l'allemand n’y fût forcément la langue de la discussion, et qu'ainsi, pour faire carrière dans la politique hongroise, il ne devint indispensable de connaître cette langue étrangère, que la gentry, le cœur de la nationalité magyare, ne fût par là jetée en proie à la germanisation *. Andrässy s'opposait même à l'idée

Hugelmann, Die üst. Reichsvertrelung, 59.

Neue Geselzg., I, 572.

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Kônyi, Dedk, III, 340-1, 352-3.

. Beksics, Kemény Zs., 313-4.

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du vote en commun: il craignait la défection des Croates et des Saxons qui s’allieraient aux Allemands d'Autriche pour mettre en minorité les Magyars. Deäk exigea le vote en commun *, comme dernier moyen d'établir une entente sans recourir à l'absolutisme- Mais cette suprême ressource, «si des deux côtés on gardait une attitude correcte » (c’est-à-dire si tous les membres d’une Délégation restaient fidèles au vote de la majorité, considéré comme le vote de leur Délégation) «devait nécessairement rester inutile » ?.

En fait, pendant les dix premières années de fonctionnement du dualisme, le vote commun des Délégations a servi plus d'une fois à obtenir l’unité dans un vote de crédits sur lequel elles divergeaient. Mais cette unité mécanique était loin de strvir à consolider moralement la monarchie. L'essentiel de la tâche des Délégations, c’est le vote des crédits militaires. Les sommes votées par elles incombent, d’après la proportion des quotes, pour deux tiers à l'Autriche, pour un tiers à la Hongrie. Or la Hongrie, pendant cette première période d'application du dualisme, — jusqu'au renversement de la majorité allemande en Cisleithanie — se mettait d'accord avec la cour sur le chiffre de ces crédits ; les délégués libéraux allemands, qui réclamaient une politique bourgeoise de stricte économie, les réduisaient fortement ; et alors, dans une séance commune, les Hongrois, mis en majorité par l'appui des transfuges autrichiens, imposaient leur chiffre. La composition des deux Délégations explique ce résultat inévitable. La Délégation hongroise, bien qu’elle comprenne obligatoirement des Croates, est hongroise. Elle est élue au scrutin de liste dans les deux Chambres suivant la proportion des partis: elle compte toujours des membres de l'opposition, mais l'union nationale y est aussi complète que dans le Parlement: les délégués des magnats ne s’inspirent pas d’autres idées que ceux des députés; elle représente un Parlement, une majorité, Du côté autrichien, au contraire, l'élection par provinces fait une Délégation fractionnée et dispersée; les partis et les nationalités n'y sont pas représentés en proportion de leur force dans la Chambre: les questions nationales la divisent, et y dictent l'attitude des délégués. Il y a dans la Délégation des groupes qui d'avance, quelles que ‘soient les demandes de la cour, y ont consenti: les grands propriétaires et les délégués de la Chambre haute, par docilité traditionnelle et prétendu patriotisme autrichien, les Polonais par politique, pour

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