Andrässy, Üngarns Ausgleich mil Oest
qu'elle avait dicté. Elle l’a conquise en effet; et, par suite, si le Compromis n’a réussi à donner ni à la Cisleithanie une vie constitutionnelle normale, ni à la monarchie la stabilité et la sécurité du lendemain, on ne peut cependant point prétendre qu'il ait échoué, ni accuser ses auteurs de maladresse ou d'erreur, puisqu'il a rempli — encore que peut-être sous des formes autres que celles qu'ils avaient conçues — la seule fin qu'ils lui eussent vraiment assignée, puisqu'il a fondé dans la monarchie la suprématie de la Hongrie.
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Le Compromis de 1867 a conduit directement la monarchie austro-hongroise à la crise où elle se débat à l'heure présente. L'étonnant n'est pas que cette crise se soit produite, mais qu'elle ait mis trente ans à se produire, que pendant trente ans ait pu fonctionner ce régime tissu de contradictions, avec son unité qui est une dualité, sa parité qui signifie inégalité, son constitutionnalisme qui implique l’absolutisme. Il avait, dès l’origine, trois points faibles : l'organisation même de la monarchie sur le principe de la communauté, la nécessité de la prépondérance hongroise, l’obligation pour l'Autriche de conserver une Constitution hypocrite et mensongère, que rejetait la majorité de ses peuples. Le fonctionnement du régime n'a fait, sur ces trois points, qu'accuser sa faiblesse : la crise aiguë a seulement révélé, dans un brusque éclat, une décomposition qui était depuis longtemps accomplie.
L'idée de la communauté cachait, dès les débuts, une équivoque. Il régnait sur la nature et les principes directeurs du Compromis un complet malentendu entre les Autrichiens et les Magyars : ils se faisaient du nouveau régime deux conceptions tout opposées. Pour les Hongrois, l'accord de 1867 était simplement un traité d'alliance, que la Hongrie concluait avec l'Autriche pour satisfaire à ses obligations légales, dérivées de la Pragmatique-Sanction, et pour assurer à sa souveraineté et à son indépendance un appui dont elles ne pouvaient se passer. L’Autriche, au contraire, s’inspirait encore, pour l'interpréter, de l’ancienne idée d'un grand « État autrichien d'ensemble ». La monarchie austro-hongroise lui apparaissait comme la simple continuation, sous une forme nouvelle, mais dans l'esprit d'autrefois, de l'empire autrichien ; La Hongrie y prenait une importance qu'elle n'avait jamais eue jusque là, recevait des concessions qui faisaient d'elle un Etat ; mais elle n'en restait pas moins soumise à la monarchie, et limi-
tée par elle. Le texte même du Compromis contenait de quoi justifier chacune de ces deux opinions : la souveraineté de la Hongrie y était pleinement reconnue et largement assurée ; mais comment l'Autriche, de son côté, aurait-elle douté que la monarchie restât un État d'ensemble, alors qu'elle trouvait, dans sa quotepart des deux tiers, les meilleures raisons d’en être convaincue ? Ni d'un côté ni de l’autre, il n’y eut de mensonge, de tromperie volontaire : les Hongrois répétèrent plus d’une fois, au cours des deux années de la discussion du Compromis, qu’il n’y avait pour eux de monarchie qu'au sens de la Pragmatique-Sanction — c’està-dire qu'il n'y avait pas de monarchie une; et, en Autriche, on invoqua assez souvent et assez haut le dévouement à l'État d'en- . semble comme le seul motif qui pût justifier l'acceptation d’un accord aussi onéreux que le Compromis. Mais, entre les deux pays, il n’y eut jamais d'explication franche et nette sur cette question. Les ministres impériaux ne la soulevèrent pas dans leurs négociations avec la Hongrie, et l'Autriche cisleithane n'eut qu'à ratifier l'accord qu'ils avaient conclu. Aïnsi planait au-dessus du Compromis une équivoque qui, en permettant de l’interpréter de deux façons opposées, et d’en tirer des conséquences contradictoires, le menaçait des plus graves dangers.
Ces dangers n’apparurent pas immédiatement. Les hommes d'État hongrois qui avaient conclu le Compromis étaient, par tempérament et par calcul politique, partisans d’une méthode d'équité et de conciliation dans les rapports avec l'Autriche, et la Hongrie était encore trop faible, trop peu consolidée, elle avait encore trop à faire dans sa propre organisation intérieure, pour se susciter dès l’abord, par une attitude hostile à la communauté qu'elle venait d'accepter, l’inimitié de l'Autriche et surtout de la cour. Tant que l’arrangement de 1867 fut appliqué dans l'esprit de ses auteurs, elle ne sacrifia aucun des droits qu'il lui donnait, aucun des avantages qu'il lui assurait: mais elle respecta aussi ceux qu'il laissait à l'Autriche ; elle interpréta, dans une certaine mesure au moins, la communauté dans le sens de l'unité. Ce fut dans la période critique de 1875 à 1879 que s'accomplit le changement décisif. La crise extérieure de la guerre russo-turque, la crise économique du premier renouvellement du Compromis, les crises politiques intérieures de la fusion en Hongrie et du renversement de la majorité allemande en Autriche, se produisant à la fois, créèrent par leurs conséquences une situation nouvelle, dont la Hongrie eut tout le profit. Devenue ainsi plus forte, elle s'ap-
pliqua désormais systématiquement à relâcher les liens du dualisme, à réduire sans cesse davantage, dans les institutions communes, la part de l'unité, à y accuser au contraire la séparation des individualités politiques autrichienne et hongroise. L’'Autriche garda le seul droit de payer les deux tiers des charges de la monarchie, pendant que la monarchie perdait de plus en plus sa réalité, devenait un simple mot vide de sens. L'opinion autrichienne, qui s'était jusque là obstinée, contre l'évidence, dans son illusion d'unité, commença alors à apercevoir la vraie nature du dualisme ; elle arriva à se convaincre que tous les sacrifices qu’elle consentait en faveur de la communauté ne servaient, en réalité, qu’à développer les forces de la Hongrie, toutes consacrées à en préparer la suppression. Elle s’habitua à l’idée que la séparation des deux États était inévitable, que la Hongrie la voulait, que rien ne l’empêcherait de l'obtenir quand elle en jugerait le moment venu, et qu'elle le jugerait venu lorsqu'elle aurait, à la faveur du dualisme, sous l'égide de la monarchie, acquis assez de puissance et de ressources pour pouvoir se passer de l'appui qu'elle avait pris jusqu'alors sur l'Autriche. De plus en plus se répandit en Autriche la conviction que, puisque la séparation devenait inévitable, il valait mieux prendre les devants, brusquer un dénouement certain, et s'épargner au moins des sacrifices inutiles en faveur d’une communauté illusoire, mensongère, et qui tournait à l’absurde. Les exemples s'offrent en foule, dans l'histoire du fonctionnement du dualisme, qui montrent à quelles étranges conséquences aboutit la communauté ainsi entendue et pratiquée. En voici deux seulement, qui sont caractéristiques. — En 1898, le comte Goluchowski, ministre des affaires étrangères, développa, au nom du gouvernement commun, devant les Délégations, un programme de politique commerciale destiné à favoriser l'expansion économique de la monarchie. Ce programme impliquait une augmentation de la flotte austro-hongroise. La commission du budget de la Délégation hongroise déclara, dans son rapport, que l'intérêt de la Hongrie à l'exportation était trop faible pour que ces frais pussent lui paraître justifiés. «L’Autriche paie 70 °/, des dépenses de la marine ; mais c’est la Hongrie qui en détermine la force, d'après les besoins de la Hongrie, même contre l'Autriche, quand l'intérêt hongrois est contraire à l'autrichien... Si vraiment ce point de vue naïvement égoïste est décisif pour les Délégations, les affaires communes deviennent une pure absurdité . » Peut-être