‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 361 sur 369 · Neue Freie Presse, 19 mai 1898, matin · texte numérisé non relu

Neue Freie Presse, 19 mai 1898, matin

n’avaient-elles pas attendu trente ans pour le devenir. — L'autre exemple, plus démonstratif encore, est celui de la Bosnie-Herzégovine. Ici aussi l’Autriche paie 70 °/, aussi bien des frais de l'occupation militaire que de l'excédent des dépenses administratives sur les ressources propres du pays ; et c’est la Hongrie qui exerce dans les deux provinces l'influence dominante, même exclusive. Depuis l’occupation, le ministère des finances, qui est le ministère des provinces occupées, a toujours été dirigé par un Hongrois, M. de Källay après M. de Szlävy, M. de Burian depuis la mort de M. de Källay. C’est une garantie supplémentaire pour les intérêts hongrois ; mais ils sont déjà défendus avec assez d'énergie et de vigueur par le gouvernement de Budapest. L’histoire du réseau ferré bosniaque le démontre avec évidence. Dès qu’il commença à être question de l'occupation, l'Autriche réclama une ligne qui devait lui donner, à travers la Croatie, c’est-àdire à travers le territoire hongroïs, une communication directe avec les provinces occupées, et, par ses prolongements, d’une part avec Salonique, de l’autre avec les ports dalmates, auxquels elle ne peut pas se relier par terre d'une autre façon. La Hongrie s’est systématiquement refusée, depuis plus de vingtcinq ans, à consentir à ce tracé, même quand les lignes qu’ellemême avait voulues dans son intérêt eurent été exécutées : elle a résisté même aux influences militaires, devant lesquelles l'Autriche cisleithane a toujours dû plier. Les lignes qui ont été construites parce qu'elle les exigeait font de Budapest un lieu de passage forcé entre Vienne et les provinces occupées : elles assurent ainsi à l'État hongrois, maître absolu de ses tarifs de transport, une influence politique et économique prépondérante en Bosnie et en Herzégovine ; et, par une convention qui date de quelques mois, il a été stipulé que les nouvelles voies ferrées demandées par la Hongrie seraient construites avant celles que l'Autriche attend depuis plus d'un quart de siècle, pour se procurer une route directe, non plus vers Salonique — car celle-ci existe désormais par Budapest — mais vers la Dalmatie!.

La monarchie entretient une armée commune, une marine commune, et, dans les provinces occupées, une colonie commune. Partout, au nom de la communauté, l'Autriche est invitée et astreinte à payer les deux tiers des frais; et partout la Hongrie, dans le cadre de la communauté, aflirme sans cesse plus énergiquement son droit particulier, poursuit chaque jour plus visiblement

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