‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 363 sur 369 · Andrässy, Ungarns Ausgleich mil Oeslerreich · texte numérisé non relu

Andrässy, Ungarns Ausgleich mil Oeslerreich

contre toute atteinte sa prépondérance politique, par l’idée de secouer le joug économique de l'Autriche, et sa prépondérance politique même lui fournissait les moyens de réussir dans cette entreprise. Soit que l’on considère, dans leur ensemble, les renouvellements successifs des conventions décennales financières et commerciales, depuis les lois de 1878 jusqu'aux projets qui, à partir de 1897, sont restés en souffrance par suite de l'obstruction qui régnaitau Reichsrath, et qui aujourd’hui, sous la forme nouvelle qu'ils ont reçue le 31 décembre 1902, sonten instance d’adoption ou de ratification devant les deux Parlements, soitque l’on suive depuis 1867 l’évolution de telle ou telle des institutions économiques que l’on peut appeler communes, la Banque par exemple, on constate également les progrès accomplis par la Hongrie aux dépens de l'Autriche, progrès qui s'expliquent sans doute en partie par son développement économique, mais qui ont été réalisés surtout grâce à l’usage qu’elle a fait de sa prédominance politique. — Le renouvellement de 1878 lui valut la parité de la Banque austro-hongroise, un nouveau mode de calcul des restitutions d'impôts sur l'alcool et le sucre exportés, plus favorable que l’ancien à ses intérêts, et des rehaussements de droits de douane qui lui profitèrent plus qu'à l'Autriche. Celui de 1887 laissa toutes choses à peu près en l’état. Par contre, tous les projets qui se sont succédé depuis 1897, et dont quelques-uns ont déjà été mis en vigueur comme lois en Hongrie, comme ordonnances-lois en Autriche, lui offrent la parité désormais absolue dans la Banque, la garantie de la reprise des paiements en espèces — à laquelle elle est plus intéressée que l'Autriche — et la généralisation d’un nouveau mode de décompte des impôts indirects, qui lui procure un gain financier sensible, mème si l’on tient compte de l'augmentation de 3 ‘/, qu’elle a consenti sur sa quotepart des dépenses communes ‘: — L'histoire de la Banque autri-

1. Les quotes-parts avaient été fixées en 1867 à 70 °/, pour l’Autriche, et 30 °/, pour la Hongrie. Elles ne furent modifiées, jusqu’en 1879, que par l'accord de 18704, qui imposa à la Hongrie un supplément de 2 c/, du total des sommes à couvrir par les quotes-parts, à titre de part de contribution afférant aux Confins militaires, désormais incorporés à la Hongrie. Ainsi les quotes-parts exactes ont été, de 1871 à 1899, 68.6 et 31.4 °/,. Depuis 1899, elles sont de 65. 6 et 34. 4: l'empereur et roi promulgue annuellement ces chiffres, sur lesquels les députations de 1899 se sont mises d'accord, et que celles de 1904 viennent d’accepter à nouveau, — Dans cette étude politique du Compromis, il n’y a pas lieu d’entrer dans de plus grands détails sur ces questions matérielles. Elles sont exposées au complet dans les deux ouvrages de Kaizl et de Fiedler sur le Compromis Voir surtout, pour les projets du quatrième renouvellement, Fiedler, Rak. uh. vyro-

chienne depuis le Compromis de 1867 montre de la façon la plus nette avec quelle clarté de vues, quelle tenacité dans l'exécution, quelle habileté de procédés, la politique hongroise a su employer la prépondérance politique du pays à son affranchissement et à son relèvement économiques, et faire servir les ressources de la communauté à préparer l'indépendance de la Hongrie. La Transleithanie avait au moins autant de raisons que l'Autriche de tenir à conserver l'unité de la Banque ; car celle-ci lui assurait un crédit infiniment supérieur à celui qu'elle eût trouvé si elle avait été seule, un crédit bien mieux établi, et surtout bien moins cher. Dans la Banque, comme dans les diverses institutions communes, la politique hongroise a travaillé et a réussi à maintenir l'unité là où elle était nécessaire aux intérêts du pays, à établir au contraire partout ailleurs la séparation la plus complète possible. Elle n'avait guère, comme moyen de pression sur l'Autriche, que des arguments de théorie : le principe de la parité, le droit incontestable de la Hongrie d'établir une Banque purement hongroise : si elle avait dû le faire, elle en eût été la première gênée. Néanmoins, elle arriva, en spéculant avec succès sur la faiblesse et la timidité des gouvernements et des Parlements autrichiens, à acquérir sur la Banque une influence égale, et, depuis la dernière convention, supérieure à celle de l'Autriche, à assurer à la Hongrie les avantages d'une Banque de premier rang, dont l'Autriche faisait les frais, et à réaliser, en affermissant le crédit de l’État et en préparant le rétablissement de la circulation métallique. les conditions préalables de l’indépendance économique du pays, qu'elle pourrait proclamer désormais le jour où elle le jugerait utile *. — Partout dans la monarchie l’industrie et le commerce autrichiens se heurtent désormais aux efforts de l'industrie et du commerce hongrois, énergiquement soutenus par un gouvernement national et parlementaire. Les Délégations hongroises réclament depuis longtemps, pour l’industrie hongroise, une part des fournitures militaires proportionnelle à la quote de la Hongrie dans les dépenses communes ; il semble qu'elles soient désormais sûres de l'obtenir, et mème d'obtenir plus — le ministre de la guerre s'entendant de nouveau avec elles sur le dos des Autrichiens incapables de résister eflica-

wndni por. 1878, 835 487. — Le bénéfice que le nouveau décompte des impôts indirects procure à la Hongrie élait, déduction faite de l'élévation de sa quote-part, de 644.000 couronnes en 1900, de 6.750.000 en 1901. Fiedler, 0 c. 463.

1. Sur la question de la Banque, v. Fiedler, 0. c., 99-117, 353-73, 458. F. Hertz, Die dst.-ung. Bank u. der Ausgleich, Zeit, XXXV (quatre articles).

cement'. En vain ceux-ci font valoir que, par la mise en commun des recettes de douanes, ils paient un supplément de quote dont il doit leur être tenu compte * ; en vain ils invoquent des arguments d'ordre commercial, remontrent que l’industrie hongroise produit plus cher que l’industrie autrichienne, et que c’est eux encore qui devront payer la plus grande partie des frais de cette différence. La parité légitime les demandes de la Hongrie, et la communauté oblige l'Autriche à en supporter les conséquences, à subventionner ainsi indirectement l’industrie hongroise, à aider son concurrent parce qu'il est son allié. Si les peuples autrichiens pouvaient encore accepter avec résignation l’infériorité politique à laquelle les réduisait le dualisme, il est naturel qu'ils se refusent à continuer de supporter des charges qui seront bientôt sans aucune compensation, et à sacrifier leurs intérêts les plus évidents et les plus immédiats à l'illusion d’une monarchie qui, après tout, n’est jamais assurée que pour dix ans au plus *.

C’est cette décennalité des conventions économiques qui a achevé de détraquer le dualisme. Il n'existe plus aujourd’hui que de nom, parce qu'une de ses conditions essentielles ne peut plus se réaliser : le Parlement autrichien ne fonctionne plus, il ne peut plus adopter constitutionnellement ni le traité sur les quotes-parts, ni l'union commerciale et douanière : la Constitution de 1867 est de fait suspendue. Elle méritait largement ce sort ; mais elle y aurait sans doute échappé plus longtemps, sans les nécessités nouvelles que le dualisme imposait à la politique autrichienne. L'idée directrice, le souci constant de tous les ministères autrichiens, depuis 1867, a toujours été d'assurer le renouvellement du Compromis économique : c'est sur leur succès dans cette affaire que l'empereur les juge. Le terme fatal fait, des années à l'avance, sentir son influence sur toute la vie du pays, et surtout sur la vie du Reichsrath. Il est impossible par définition qu'aucun projet de Compromis écono-

1. La dernière session des Délégations (juin 1904)a prouvé combien le ministère de la guerre s’est rapproché du point de vue hongrois. Les Autrichiens ont vigoureusement protesté; mais que pourra-t-il résulter de leur protestation ?

2. La dernière députation autrichienne (juin 1904) a résolu de demander le décompte des recettes des douanes entre les deux États suivant les perceptions réelles effectuées.

3. Je ne prends pas plus parti dans ces querelles économiques que dans les controverses d'ordre juridique ou politique. Les deux adversaires ont des arguments justes. L'intérêt du conflit, à notre point de vue, est seulement de démontrer, par un nouvel exemple, la complexité et la difficulté du problème que le Compromis a voulu résoudre, sans le pouvoir.

mique avec la Hongrie obtienne par ses mérites positifs l’approbation du Parlement autrichien ; car, s’il contenait pour l'Autriche des avantages précis et évidents, jamais la Hongrie ne l'aurait accepté. Les partis politiques cisleithans n'ont donc, en présence de ces projets, que deux questions à se poser : si l’on pouvait ou si l'on pourrait obtenir mieux, et si le prix dont le gouvernement paie la ratification par le Parlement de ses projets est assez élevé. Au premier renouvellement, en 1878, la majorité libérale allemande trouva les sacrifices nouveaux imposés à l'Autriche si grands qu'elle préféra rompre avec le ministère qui la représentait et laisser le Compromis passer avec l'appui de l’opposition ; ce fut l'une des causes déterminantes du revirement de 1879, qui supprima en Autriche les apparences du régime parlementaire ‘. Dans le nouveau régime inauguré par le comte Taaffe, régime des majorités de coalition et des ministères de la couronne, ce fut par des concessions aux diverses fractions de la majorité que le ministère paya le vote de ses projets, ou tout au moins une neutralité bienveillante à leur égard. Les plus connues de ces concessions sont celles qui furent faites aux Tchèques par des ordonnances sur les langues, en 1886, puis en 1897, ce furent ces dernières qui détraquèrent tout le système ; car l'obstruction allemande, qu'elles provoquèrent, puis l'obstruction tchèque qui la remplaça, arrêtent depuis lors le vote parlementaire du Compromis. À l'heure présente, l'une des causes qui contribuent à empêcher d'aboutir les divers essais de conciliation entre les Allemands et les Tchèques — l’une seulement, mais qui, pour n'être pas avouée, n'est pas la moins importante — l’une de ces causes est la nécessité où se trouverait le Parlement de voter un Compromis qu'aucun parti autrichien ne peut en conscience accepter. Les partis qui comptent et qui pourraient être appelés au pouvoir ne veulent se brouiller ni avec l’empereur en faisant échouer l’entente avec la Hongrie, ni avec leurs électeurs en souscrivant à des sacrifices écrasants et inutiles. Ainsi le dualisme, ce régime qui devait assurer définitivement le constitutionnalisme dans toute la monarchie, aboutit à cette situation paradoxale où, au fond du cœur, les députés souhaitent presque tous que le gouvernement, par une nouvelle usurpation inconstitutionnelle, les

1. Les divergences entre le ministère et la majorité sur les projets de Compromis amenèrent la première démission du cabinet Auersperg. Du reste, en Hongrie, le premier renouvellement du Compromis provoqua aussi une crise: Tisza donna sa démission, puis la reprit.

délivre de l'embarras où ils se trouvent placés en face d’un Compromis qu'ils ne peuvent etn ‘osent ni adopter ni repousser.

Le fonctionnement du dualisme est donc arrêté aujourd'hui, non pas parce que des événements nouveaux et qu il était impossible de prévoir sont venus troubler le jeu des institutions créées par le Compromis, mais au contraire parce que le régime établi en 1867 s'est développé suivant sa logique intérieure, et que les conséquences qu'il comportait sont apparues de plus en plus clairement. Et c’est précisément parce qu'il n’y a pas là un hasard malheureux, mais une nécessité historique et politique, qu'il est impossible de croire que cette crise puisse n’avoir été qu'un simple arrêt, une simple suspension, et que, si un arrangement de quelque durée pouvait mettre fin à la lutte violente des Tchèques et des Allemands et permettre au Reïchsrath de remplir de nouveau son office, le dualisme puisse recommencer à marcher comme il avait marché pendant les trente premières années de son existence. L'impuissance du Parlement autrichien, la domination en Cisleithanie d’un absolutisme masqué, qui emploie tout son pouvoir et toute son autorité à assurer la durée de la monarchie par la soumission de l’Autriche à la Hongrie, est la condition essentielle, quoique inavouée, du dualisme. Or, si la réconciliation nationale, si longtemps espérée en vain, se produisait en Cisleithanie, elle n'entraînerait pas un retour pur et simple à la situation d'avant la crise, mais elle créerait au contraire une situation toute nouvelle. Pour la première fois, les conditions seraient données où les deux nationalités intellectuellement et matériellement dirigeantes de l'Autriche cisleithane, les Allemands et les Tchèques, pourraient collaborer à une œuvre d'affranchissement politique, de progrès, de modernisation de l'État. L’absolutisme, la bureaucratie, l'aristocratie et l'Église, ne sont forts que de leur division. Rapprochées et réunies, elles pourraient établir en Autriche le gouvernement parlementaire, qui jusqu'ici n’y a jamais vraiment fonctionné. Le dualisme ne serait plus alors le côte à côte d'un État parlementaire et d'un État pseudo-constitutionnel, mais le corps à corps de deux États parlementaires. L’Autriche ne voudrait plus subir la loi de la Hongrie ; mais la Hongrie, fortifiée, enhardie, gàtée par une suite de succès ininterrompus, consentirait-elle à renoncer à sa position dominante, aux avantages qu'elle a conquis jusqu'ici, à aucun de ceux qu'elle peut encore attendre ? La crise cisleithane actuelle n’est susceptible, semble-t-il, que de deux solutions : le rétablissement en Autriche d'un absolutisme déclaré, ou la récon-

ciliation nationale. Le premier donnerait peut-être à la monarchie quelques années d'un apparent repos: mais combien de temps pourrait-il se maintenir? de quel prix la Hongrie se ferait-elle payer son consentement à cette violation des principes du Compromis”? et, quand ce prix serait payé, que resterait-il de la monarchie? L'autre rendrait la paix à la Cisleithanie, mais en portant la guerre dans la monarchie ; elle modifierait tout l’équilibre de forces sur lequel repose, depuis trente-sept ans, l’unité austro-hongroise ou ce qui en subsiste ; elle ne mettrait fin, peutêtre, à la crise cisleithane que pour ouvrir une crise transleithane aussi grave, sinon plus grave et plus grosse de dangers.

Un avenir prochain sans doute mettra fin — provisoirement — à ces incertitudes ; il décidera entre ces deux solutions également possibles et vraisemblables, ou peut-être il en fera apparaitre une nouvelle, celle à laquelle personne ne songeait, ne pouvait même songer ; il y a longtemps qu'on a nommé l'empire des Habsbourg le pays des invraisemblances. Quand il s’agit de choses d'Autriche, il faut chercher à prévoir, mais il faut surtout se garder de vouloir prédire ; l'événement a rarement justifié les prédictions. L'histoire nous le prouve. Elle ne nous découvre pas l’avenir de l'Autriche, mais elle nous montre quelles ont été, jusqu'ici, les conditions de son évolution politique, quelles influences se sont exercées sur elle, quelles causes permanentes et quels facteurs dominants y ont fait sentir leur action. Essayer de dégager, sur ce point, les leçons du passé, pour guider la pensée ou l'imagination qui cherchent à scruter l'avenir, c’est conclure, de la manière la plus modeste assurément, mais aussi la plus sûre, cette étude d'histoire politique de la monarchie austrohongroise.

Elle doit, avant tout, avoir dissipé une erreur fondamentale ; celle qui, ne voyant dans la monarchie autrichienne que le produit de combinaisons et d’ambitions dynastiques, en escompte la disparition à bref délai, Combien de fois n’a-t-on pas répété que seul le respect pour le vieil empereur François-Joseph, la pitié pour tous ses malheurs publics et privés, retient encore dans les liens d’une obéissance commune les peuples divers et ennemis qui sont groupés sous son sceptre ? qu'il sera le dernier empereur de la famille des Habsbourg, et qu'après lui la dissolution ou le partage guettent son empire ? Cette formidable naïveté constitue encore aujourd'hui l'opinion courante sur l'Autriche, surtout dans notre pays ; mais elle commence heureusement à ne plus rencontrer autant de

crédit qu'il y a quelques années. La politique n’est pas une idylle ; si les peuples de la monarchie voulaient vraiment se séparer les uns des autres et surtout s'ils le pouvaient, ce n’est pas la peur de « faire de la peine à l'empereur » qui les retiendrait, — Trois dangers, dit-on, menacent l'Autriche : le séparatisme hongrois, le panslavisme, etle pangermanisme. Maïs que se cache-t-il de réalité sous ces mots ? — 1849 a guéri les Magyars de leurs illusions : ils savent tous à quelle nécessité correspond pour eux l'union avec l'Autriche. L'union personnelle même ne serait pas la séparation, mais simplement une autre forme d'alliance, qui laisserait subsister les obligations de la défense commune et réciproque. Mais la majorité de la nation est pour le dualisme : le comte Apponyi, le comte Jules Andrässy, M. de Széll, le comte Tisza. ont plus d'une fois proclamé qu’il était dans l'intérêt de la Hongrie de le maintenir. La séparation, même si les Magyars la voulaient, sera d’ailleurs impossible tant que la dynastie conservera une ombre de pouvoir en Hongrie et en Autriche, et tant que les diverses nationalités hongroises, les Roumains, les Slovaques, les Croates, n'auront pas été magyarisées jusqu’au dernier homme : or,ilne semble pas, malgré tous les efforts de la magyarisation, que de longtemps au moins elles puissent l’être. — Le panslavisme serait menaçant pour l’Autriche, non pas sous sa forme sentimentale ou littéraire, mais uniquement sous sa forme politique, c'est-à-dire s'il impliquait la réunion de tous les Slaves dans un grand empire, qui serait nécessairement un empire russe. Qui donc croit encore à une pareille chimère ? et qui, surtout, croit que les Slaves autrichiens envisagent avec sympathie une semblable perspective ? Les Slaves opprimés, sans doute, ont toujours tourné leurs regards vers la Russie, d’où ils attendaient leur salut; mais, sitôt qu'ils se sont trouvés affranchis et libres de vivre leur vie nationale, ils n'ont plus jamais éprouvé aucune envie de la sacrifier au tsarisme. Les Slaves d'Autriche n'agissent ni ne pensent sur ce point, autrement que les Bulgares, par exemple. Les Tchèques sont restés fidèles à la doctrine de PalackŸ, qui se déclarait en 1848 adversaire de la monarchie universelle russe comme de toute autre monarchie universelle: ils ont toujours voulu etils veulent toujours, avant tout, uniquement. être Tchèques. Ils regardent et surtout ils affectent de regarder vers Saint-Pétersbourg lorsqu'ils veulent donner un avertissement à Vienne, lui faire sentir que contre une oppression trop forte ils sauraient où trouver un protecteur ; mais ils ne se font pas d’illusion sur la

valeur politique réelle des sympathies russes ; ils s’en servent comme d'un épouvantail ‘. — Il en est du pangermanisme, en cela, comme du panslavisme. Il faut distinguer le pangermanisme intérieur et le pangermanisme extérieur : l'aspiration des Allemands d'Autriche vers l'union avec l'Allemagne, et le désir de l'Allemagne d’annexer l'Autriche à l’Empire allemand. Le pangermanisme intérieur n'existe pas. La rupture des liens séculaires qui rattachaient l'Autriche à l'Allemagne, la perte de l’hégémonie traditionnelle des Allemands en Autriche, n’ont pas pu s’accomplir sans laisser en eux des regrets et de l’amertume. Bien que l’une apparût, depuis longtemps, comme la solution nécessaire d'un long conflit, que l’autre fût la conséquence inévitable d’une évolution politique et sociale que rien ne pouvait arrêter, il était impossible qu'ils ne se sentissent pas atteints dans leurs sentiments et dans leurs intérêts nationaux. Ils se crurent victimes d'une spoliation arbitraire et injuste. Leur orientation politique, dans une situation nouvelle, devait se modifier : ils ne pouvaient plus confondre leur cause avec celle de l’État autrichien, ils devaient devenir Allemands nationaux *. Mais allemand national ne signifie pas pangermaniste. S'ils insistent sur la solidarité intellectuelle et morale de tous les Allemands, ils ne font que suivre l’exemple des Slaves ; s'ils inscrivent dans leur programme la demande d'une alliance plus étroite entre l'Autriche et l'Allemagne, ce n’est nulle. ment d’une absorption qu'il s’agit, et c’est plutôt un désir pieux qu’un véritable espoir d'avenir qu'ils expriment ainsi. Leur politique, en tous cas, est pratique, elle compte avec les réalités, avec la durée de l'Autriche. Quelques centaines d’exaltés seulement, le parti de M. Schôünerer, sont vraiment des pangermanistes ; mais on ne peut guère les prendre au sérieux. Au fort de l'agitation nationale provoquée parmi les Allemands par les ordonnances sur les langues de 1897, ils ont obtenu, grâce à l'exaspération populaire, des succès électoraux, mais qui ont été plus bruyants que durables : on les avait nommés non pour leur programme, mais pour leur vocabulaire d’injures, non pour leurs cerveaux, mais pour leurs gosiers. Mais déjà la réaction contre cet «emballement » s’est fait sentir. Les Allemands d'Autriche, en réalité, louchent vers Berlin, comme les Slaves vers Pétersbourg, pour taquiner le gouvernement autrichien, ou pour l'avertir de ne pas aller trop

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