Délégation autrichienne, 27 mai
à se poser comme un problème austro-hongrois ; mais il faut compter aussi que les termes en peuvent être. par un changement de souverain, très sensiblement modifiés. Il est dans la nature même de cette monarchie, instable et bigarrée, que le monarque y joue personnellement un très grand rôle ;: ses idées, son caractère, ses dispositions sont des facteurs importants de l'évolution politique. Il est facile de discerner, au moins dans l'ensemble, l'influence qu'a exercée sur le cours des événements en Autriche-Hongrie depuis un demi-sièele la personne de Francçois-Joseph. On connaît les traits dominants de son caractère. Sa volonté, autrefois trèsforte, s'aflaiblit et se déprima sous le poids de l’insuccès qui semblait s'attacher à toutes ses entreprises; son courage moral céda devant l'excès du malheur, et il songea parfois sérieusement à abdiquer, Au moment du Compromis, il traversait une de ces périodes, et cet état d'âme n'explique pas pour la moindre part la rapidité, la facilité et la plénitude du triomphe de la Hongrie. Il en traversa une nouvelle après 187r, lorsqu'il eut été forcé de renoncer au Compromis bohème, d'abandonner les Tchèques, avec lesquels il s'était personnellement engagé très loin ; il se sentait alors environné d'hostilité de toutes parts, en butte à Ia défiance des Allemands à peine remis de leur chaude alarme, à la rancune des Tchèques qui se jugeaient trahis. C’est à ce moment qu'Andrässy, comme ministre des affaires étrangères, prit sur lui, à la faveur de cette dépression, le plus grand empire. En menant à bonne fin l’entreprise de l'occupation, qui était son œuvre personnelle et celle du souverain, il rendit à François-Joseph confiance en lui-même, et en même temps il fonda définitivement, par le succès, la prépondérance de la Hongrie. Depuis ce moment, l'âge, la fatigue d’un long règne, le poids des infortunes domestiques, ont de nouveau détendu chez le monarque le ressort de la volonté ; il est capable d’une résistance brusque, parfois violente, aux demandes de ses sujets, mais il ne la pousse pas à bout : au moment décisif il hésite, par crainte sans doute de remettre en question, avec l'ordre intérieur, la situation extérieure de la monarchie, si péniblement relevée. C'est ainsi qu'après avoir autorisé la politique du comte Badeni, après avoir approuvé Les ordonnances sur les langues. après avoir consenti même aux mesures les plus rigoureuses pour meltre fin à l'obstruction des Allemands au Reichsrath, il abandonna soudainement son ministre lorsqu'un vent de révolte parut soufller sur Vienne ‘, C'est ainsi que,